Photographie du paysage

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IV. Développement et interdépendance des paramètres
……..Le choc des événements 

A – Calendrier d’une naissance et formation de la Franc-Maçonnerie ……anglaise

1.  Période séculaire 1624–1716 : Le terrain

D’insurrections en putschs, de guerres civiles en révolutions, pendant près d’un siècle Angleterre, Ecosse et Irlande ne connaissent pas la paix.

  • La religion est au cœur de la vie sociale comme de la vie privée, que ce soit dans les deux parlements (Lords ou Communes) ou à la Cour, la religion tient plus de place que toutes autres matières. Le puritanisme calviniste s’oppose à l’anglicanisme, par diatribes ou à coups de canons…. L’Anglicanisme, lui-même, met dans les fers les catholiques papistes et négocie avec les protestants modérés.
  • L’Ecosse es-qualité, Etat à part entière, tient tête à l’Angleterre, qui elle-même colonise purement et simplement l’Irlande au moyen de toutes alliances, y compris ruptures et modifications de toutes précédentes alliances nationales ou étrangères.
  • Les Chambres limitent de plus en plus les pouvoirs du roi. Royalistes et républicains s’écharpent pendant que leurs factions internes les imitent et que TORIES et WHIGS se déchirent systématiquement.
  • Enfin, les dynasties STUART et HANOVRE se combattent en permanence.

….

C'est durant ce siècle terrible que sont nés :

le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande,

et de fait avec lui

la Franc-Maçonnerie anglaise

 

Pour le cherchant Franc-Maçon d’aujourd’hui, celui-ci doit connaître les très grandes lignes de l’arbre des origines et/ou des causes, schématiquement dressé ci-après :

 

Interdépendance des paramètres

interdependance

Un bref calendrier met en exergue les années suivantes :

  • 1603 marque le début des hostilités, avec l’installation sur le Trône d’Angleterre du roi d’Ecosse JACQUES VI STUART, sous le nom de JACQUES I (STUART).
    Pour mémoire, l’Ecosse reste le terreau toujours catholique depuis JOHN-KNOX (1505-1572) calviniste.
    Le roi JACQUES I STUART, calviniste très modéré qualifié également de presbytérien, laisse en paix les évêques anglicans depuis HENRI VIII (1531).
  • 1624 voit, avec l’avènement de son fils CHARLES I (STUART), un changement de situation politique. Son épouse, fille de HENRI IV et sœur de LOUIS XIII, HENRIETTE (la reine enfant) de France est catholique. Elle se heurte aux puritains (les presbytériens ultras), pendant que CHARLES I veut imposer le rituel anglican en Ecosse et libère les papistes !
    CHARLES I gouverne avec Buckingham et l’évêque LAUD et il oblige les Ecossais à utiliser un nouveau livre de prières.
  • 1629 – dissolution du Parlement, CHARLES I gouverne seul.
  • 1637 – émeutes à Edimbourg.
  • 1639l’évêque LAUD anglican fait publier 17 canons de discipline.
  • 1640 – début de la grande rébellion, guerre avec l’Ecosse et guerre civile avec les parlementaires.
  • 1641 – insurrection des catholiques irlandais régulièrement massacrés.
  • 1645 – abolition du livre des prières par le Parlement reconstitué qui dispose de milices et d’armées.

          . Le Parlement instaure le système presbytérien puritain.

  • 1646 – fuite du roi en Ecosse mais livré en 1647 au Parlement.
                En novembre, il parvient à s’enfuir dans l’ile de Wight, d’où il sera enlevé par Cobbett en 1648.
  • 1648 – seconde séquence violente de la « grande rébellion » et défaite des armées de Charles I .
  • 1649 – la cour fuit en France à Saint-Germain avec des écossais.
                Cromwell dictateur puritain fera exécuter Laud.
                Exécution de Charles I (Stuart) le 30 janvier.
                Abolition de la monarchie en février.

GB

 

  • 1649–1653 : république, mais c’est CROMWELL qui dirige.
  • 1649 : Drogheda, massacre des irlandais catholiques par Cromwell.
  • 1650 : débarquement du fils de CHARLES I, CHARLES II STUART en Ecosse (échec).
  • 1651 : exil à St Germain.
  • 1658 : mort de CROMWELL.
               Son fils Richard proclamé « protecteur » démissionne en 1659.
  • 1660 : le général MONK prépare le retour de CHARLES II STUART après l’avoir combattu.
               L’église anglicane est restaurée, tolérance des catholiques.
  • 1662 : retour à Westminster pour CHARLES II STUART couronné, loi de pardon et d’oubli.
  • 1678/79 : complot papiste, arrestations multiples.
  • 1685 : .février, mort de CHARLES II STUART, son frère JACQUES II lui succède.

   .  Il est catholique, méprisant et s’oppose immédiatement au Parlement.

.     Les Whigs appellent le gendre de Jacques II, Guillaume d’ORANGE qui débarque en 1688. 

.     Nouvelle fuite de Jacques II à Saint-Germain.

  • 1688 : .à nouveau la guerre plutôt putsch appelée la glorieuse révolution

  ..  Guillaume d’ORANGE devient roi par la convention ! sans faire appel au droit divin.

  • 1689 : .mariage de Guillaume d’Orange avec MARIE II STUART, fille de Jacques II.
  • 1694 : .MARIE II meurt et en 1702 GUILLAUME III meurt à son tour.

Anne STUART lui succède (autre fille de Jacques II).

  • 1714 : George I de Hanovre succède à ANNE par le jeu de la « loi de succession ».

Il s’agit de GEORGE de BRUNSWICKMais depuis 1710, agitation politique et complots permanents.

  • 1715 : .dernière révolution écossaise et tentative de reprendre le pouvoir.

En septembre, le catholique JACQUES III STUART en exil à Saint-Germain est proclamé roi d’Aberdeen.

Situation de guerre : les troupes Jacobites occupent Perth et Preston, bataille rangée de Sheriffmuir sans vainqueur. 

En décembre, Jacques III débarque près d’Aberdeen, mais trop tard.

  • 1716 : .révolte écossaise matée.

   ..Départ pour un exil définitif à Saint-Germain de Jacques III Stuart, fils de Jacques II.

….

Tous les acteurs de la genèse (formation et création) de la Franc-Maçonnerie moderne anglaise sont également acteurs dans ces évènements, sans oublier les « jeux » extérieurs.

  • 1624        guerre anglo-espagnole
  • 1625        Buckingham échoue devant Cadix catholique
  • 1627        Buckingham échoue devant l’ile de Ré .
  • 1628        échec d’une expédition sur la Rochelle protestante
  • 1648        fin de la guerre de 30 ans
  • 1652-54 . guerre anglo-hollandaise
  • 1655        guerre de l’Espagne très catholique

Siècle de toutes les horreurs, tous horizons, tous pays.
Ces événements conduisent les anglais à mettre en place

une nouvelle organisation déiste et humaniste
avec le concours de lettrés, philosophes et scientifiques.

….

2.   Période suivante : Le Substratum Fondateur

est celle de tous les régimes, de la démocratie à la Cromwell jusqu’aux dynasties stuartistes et hanovriennes

Pendant que progressent les tueries avec ferveur, au nom du Dieu Bon, le substratum fondateur principal de la Franc-Maçonnerie moderne anglaise se met en place. Il s’agit de la «R.S.» (Royal Society).

Deux étapes majeures seront déterminantes dans la suite des opérations.

a)  1648 – Oxford, l’Invisible Collège

En pleine guerre, à Oxford (100 km de Londres NE) est créée une société d’intellectuels et de scientifiques qui travaillent dans le plus grand secret. Il s’agit de la philosophical society of Oxford, destinée à égaler l’Invisible Collège (Wadham College).
Cette société entend intervenir :

  • sur le plan politique, plutôt Tory (conservateur)
  • sur le plan dynastique, plutôt jacobite
  • sur le plan religieux, plutôt « ordre des druides » ou déiste
  • sur le plan philosophique, tous les membres sont Rose-croix (au plan éthique, sans organisation).

Attardons-nous sur son éthique. Quelle est-elle ?
Elle ressort des 3 livres (textes, manifeste ou fable) de John Valentin Andreae (cf. arbre des origines ci-avant, 1586–1654)

  • 1614   les échos de la fraternité fable (14 pages)
  • 1615   la confession manifeste (46 pages)
  • 1616   les noces chymiques (146 pages)

dont les textes anonymes sont vraisemblablement le travail d’un groupe.

Les thèmes :

  • Les échos de la fraternité et confession traitent des sujets suivants :

analyse de l’état du monde
urgence d’une réforme universelle
limitation du nombre de véritables livres sacrés
confrérie secrète
objectifs politico sociaux et fonds monétaires !
éducation des princes
réalisation de l’unité de la connaissance
conciliation de la totalité avec la totalité de la foi !

  • Les noces chymiques relèvent de thèmes fantastiques, templiers et alchimiques (multiplicité de thèmes à la 1ère personne sur sept journées).

Appartiennent à cet invisible collège

  • Robert MORAY, druide et son frère J. MORAY
  • Elias ASHMOLE, alchimiste, physicien et druide
  • Christopher WREN, architecte et astronome

Tous sont ou seront Francs-Maçons (cf. volet Boulevard des Jacobites).

 

b)  1660 – LONDRES, ROYAL SOCIETY

Le 28 novembre 1660,  l’invisible collège s’installe à Londres (Graham College), la Société Royale est créée,  « royal society of London for improving naturae knowledge » (RS).

Les théories de la société secrète précédente sont mises structurellement en application, à partir de science et vertu autour de trois concepts :

  • d’une philosophie naturelle
  • d’une philosophie expérimentale
  • de l’amélioration et du regroupement savoir et connaissance

Ci-après les propos de son premier historien, Thomas PRATT, évêque anglican qui, dès 1667, décrit cette association comme suit :
…..« Histoire de la RS. En ce qui concerne les membres eux-mêmes, qui sont appelés à constituer la société, il est à noter qu’ils ont librement admis des hommes de religion, de pays et de professions différentes. Ils avouent en effet ouvertement ne point poser les fondations d’une philosophie anglaise, écossaise, irlandaise, papiste ou protestante, mais bien une philosophie pour le genre humain ».

=> voilà pourquoi Anderson écrira dans ses Constitutions,
…..« Un maçon est obligé, par son engagement, d’obéir à la loi morale… […] aujourd’hui, il a été considéré plus convenable de les astreindre (les maçons) seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord […] ».

Les trois quarts des membres de cette organisation formeront le terreau de la Franc-Maçonnerie (pour plus de détails sur certains d’entre eux, se reporter au Boulevard des Jacobites) :

  • Robert MORAY
    1er président (6 mars 1661), général d’armée royale écossaise
  • Elias ASHMOLE (1661)
    officier d’ordonnance de Charles Ier, alchimiste
  • John AUBRAY, archéologue
  • Christopher WREN (1680), architecte qui reconstruit Londres
  • NEWTON (1703 – 1727)
    ennobli en 1705, antitrinitaire, anti révélation, mystique, physicien, mathématicien et alchimiste
  • Martin FOLKES (1714)
    président de 1741 jusqu’en 1752, grand druide
  • Jean-Théophile DESAGULIERS
    1710, diacre de l’église anglicane, 1717 prêtre

    1714, médecin archéologue
    1716, nommé chapelain du duc de Chandos
    1718, docteur en droit et travaux scientifiques
    1719, Grand maître de la Grande Loge de Londres
  • John de MONTAGU (homme le plus riche d’Angleterre)
    1718, duc. Médecin, 1er connétable du roi George Ier de Hanovre

    1721, Grand Maître de la Grande Loge
    1725, chevalier de l’ordre de la jarretière, grand maître de l’ordre du bain (ressuscité par George Ier)
  • William STUKELEY
    1710, intègre à 22 ans la « Gentlemen’s society de spalding » club intellectuel de Londres (sous-groupe de la RS)

    1717, participe à la double naissance de la Franc-Maçonnerie et du « Druid Order »
    1718, médecin, archéologue
    1722, archi druide
    1726, Société des antiquaires
    1729, prêtre anglican, celui-là est résolument chrétien et traite ses collègues de la RS de mécréants.
  • Charles LENNOX, 2ème duc de Richmond, grand maître de la Grande Loge de Londres .
  • Hans SLOANE (médecin), Président de 1727 à 1741

Enfin, John CLARK, Francis DALKEIT et le baron de COLERAINE

ROYAL SOCIETY OF LONDON ou fondation de la Franc-Maçonnerie moderne schématisée comme suit :

  • sans les hommes de cette organisation, jamais la Franc-Maçonnerie moderne n’eut vu le jour,
  • combat contre tous les obscurantismes et tolérance,
  • amélioration du monde par la diffusion des sciences,
  • néo-celtisme scientifique et panthéisme spinozien,
  • connaissance et savoir,

le tout dans le creuset sanguinolent des guerres intérieures.

….

3.  Période concomitante

Après une ambiance guerre civile et guerre tout court généralisée qui prévalait en Angleterre dans le siècle précédant la naissance de la Franc-Maçonnerie moderne, suivie du rôle déterminant et principal joué par la Royal Society, société savante et substratum de la future Franc-Maçonnerie, deux événements majeurs seront déterminants.
Nous ferons abstraction des conséquences de la peste foudroyante de 1665 qui tuera un londonien sur cinq à Londres.

….

Ainsi deux aléas, si historiques totalement fondamentaux pour la suite, vont toucher successivement la face de Londres et celle de la France :

a)  L'incendie de Londres

Le 2 septembre 1666, à une heure du matin, l’arrière boutique de Faryner, boulanger du roi s’embrase et l’échoppe part en fumée sans raison connue. Londres, ville du Moyen-âge où le bois est présent dans toutes les constructions et les édifices, est sous l’emprise du feu dès l’aube. L’incendie, totalement impossible à maîtriser, sera de fait la catastrophe la plus considérable de l’histoire des villes européennes. Même les bombardements de 1944/45 des anglo-américains, sur les villes allemandes, ne donneront pas un résultat aussi désastreux.
Pendant quatre jours, seront détruites 13.000 maisons auxquelles s’ajoutent 89 églises. Parmi elles figure la cathédrale St Paul dont le toit est emporté par les flammes et le cœur effondré.
Sans adduction d’eau et faute de pompiers, 50.000 personnes sur une population de 300.000 habitants se trouveront sans abri.

Cette catastrophe aura pour conséquence un afflux extraordinaire de « gars du bâtiment ». Les artisans, les ouvriers spécialisés, les manœuvres et les architectes arrivent par milliers. Une ambitieuse opération d’urbanisme encadre la reconstruction de la ville. L’architecte Christopher WREN contrôle une cinquantaine de bâtiments publics, religieux et privés.
La première pierre de la reconstruction de la cathédrale St Paul à quelques dizaines de mètres de la taverne « à l’oie et au grill », face à l’évêché est posée le 26 juin 1675 et la dernière en 1710, alors qu’Anderson arrive à Londres en 1709.
Pendant 30 ans, le spectacle de la reconstruction de la cathédrale attire les foules. Durant 10 ans, elle est restée le centre d’une distraction à la mode, toute la noblesse et la haute bourgeoisie se donnent rendez-vous pour se promener à l’entour du site et par la suite dans la nef. Le public fréquente les mêmes clubs et tavernes, tous approchent les « mêmes gars du bâtiment ».

Nonobstant :

  • le contenu du Manuscrit d’Edimbourg (1696),
  • l’exception écossaise due à W Schaw,
  • quelques « réduits » en Angleterre ou en Irlande,
  • les Newcastle …. Warrington …. Aberdeen …. Edimbourg York où survivent des opératifs avec (il est vrai) quelques invités qu’on appellera des « acceptés » ……… dans la totalité de l’Europe (France comprise ),

il n’y a quasiment plus d’ « opératifs » –es qualité maçon franc–, ni de loges !  Constat est donc à faire d’une organisation en voie d’extinction.

Cette situation est la nouvelle configuration des trente années de reconstruction de la capitale anglaise qui donnera aux fondateurs de la Franc-Maçonnerie moderne :

  • l’idée de couvrir leur jeune organisation du « blanc manteau des cathédrales »
  • de l’appellation historique « free masons »
  • du même coup, la Franc-Maçonnerie de la Grande Loge de Londres devenait une très vieille et très honorable vieille dame !

b)  Révocation de l'Edit de Nantes

Sous la pression du pape et de la duchesse de Maintenon, à Fontainebleau le 17 octobre 1685, folie d’état : Louis XIV révoque l’édit de Nantes, que son grand-père Henri IV avait paraphé 87 ans plus tôt à Nantes.

Conséquences incalculables pour la France :

  • un million de français calvinistes sont interdits de culte, sommés d’abjurer et de faire le choix entre la conversion au catholicisme ou les galères. C’est l’alignement, les dragonnades, la mise à mort de la RPR – religion prétendument réformée.
  • Les pasteurs protestants doivent quitter le royaume dans les quinze jours.
  • 300.000 Français partent en exil : évidemment les plus fortunés, donc la fine fleur des lettrés, les marchands dynamiques, les artisans habiles, les financiers.
  • Pays ciblés : Allemagne, Provinces Unies et Angleterre.
    Londres accueille les hommes et les concepts, parmi lesquels nous citons Pierre DESMAISEAUX, Jean Théophile DESAGULIERS père, Faget de MALISMES, PREVOST, ST EVREMOND.
  • La diaspora française de Londres est aussi nombreuse qu’elle peut être influente et appréciée.
    Lorsque BOLINGBROKE (premier ministre Tory 1714–1715) part en exil, c’est en France qu’il se réfugiera (1715-1723) où il rencontrera VOLTAIRE en 1722 ; il est un Franc-Maçon moderne.
    Il avait fondé en 1711 un salon loge banquet dans une taverne de Londres « the brother’s club ». Lorsque Voltaire à son tour partira en exil à Londres, il deviendra son protecteur et l’introduira dans la Franc-Maçonnerie dite moderne.

….

Sans l’activisme de DESAGULIERS,

médecin, homme de sciences,
prêtre anglican,
chapelain du comte de Carnavon, puis du duc de Chandos,
membre de la Royal Society,
Grand Maître de la Grande Loge de Londres en 1719,

la Franc-Maçonnerie dite moderne des Anglais n’aurait pas été ce qu’elle fut … ou n’aurait pas été du tout.

4.  La pensée Bayle (1695-1697)

et son édition de trois ouvrages parfaitement révolutionnaires pour l’époque, lus et discutés par les lettrés de Londres, grâce aux clubs tavernes.

Pierre BAYLE, français réfugié à Amsterdam, issu d’une famille calviniste fera circuler sa pensée de Londres à Paris, à travers un autre acteur de la formation de la Franc-Maçonnerie moderne. Il s’agit du français Pierre DESMAISEAUX que nous avons cité quelques lignes plus haut. Fils d’un pasteur protestant, il se convertit au catholicisme pour revenir ensuite au protestantisme. C’est un sceptique, un militant doté d’une érudition gigantesque.

Avec ses Commentaires philosophiques sur les paroles de l’Evangile, BAYLE sort de son intellectualisme passif (1690) pour passer à l’attaque sémantique. Il démontre, il développe, il souligne l’intolérance commune aux catholiques et protestants. Il convient de rappeler que son père, pasteur, l’avait mis chez les jésuites de Toulouse pour suivre ses études.
Le mot TOLERANCE est ainsi présenté à tous et les Francs-Maçons, sous toutes les latitudes, en feront leur marque à jamais.
Avec deux volumes (1696/1697), Bayle donne à un large public son Dictionnaire historique et critique. Son ancien protecteur, Jurieu, le fait condamner par Rome et son consistoire, pour des raisons qui relèvent de la future Franc-Maçonnerie moderne, et plus précisément :

1)   obscénité de certains articles
2)   l’article David est une diatribe antireligieuse
3)   existence d’un manichéisme gnostique éloigné de la révélation
4)  l’article concernant Pyrrhon est une apologie de l’épicurisme et du stoïcisme (effectivement définition …..du.pyrrhonisme)
5)   trop de louanges faites aux panthéistes et aux épicuriens.

Pour résumer,

Bayle, panthéiste, sceptique et épicurien est attaqué par tous les croyants du milieu protestant, après l’avoir été par les catholiques.
Conséquence, il procède à une 2ème édition de son dictionnaire, dans laquelle il soutient que les chrétiens sont des idolâtres.

Le « druid order » à la Taverne du Pommier post 1717, fera de Pierre Bayle un de ses (posthumes) pères fondateurs.

5.  Impact des découvertes archéologiques et du Néo-celtisme

Fin XVIIème siècle, début XVIIIème, une nouvelle mode fait son apparition, relayée par les clubs-tavernes de Londres, qui se traduira par la création d’associations spécialisées :

  • le bosquet druidique d’Oxford
  • la société des antiquaires
  • En 1717, même époque et même lieu que la Grande Loge de Londres …….., le « Druid-Order »

Le phénomène STONEHENGE est loin d’être en marge. On n’est pas seulement dans l’archéologie, encore moins dans le tourisme, on se trouve en pleine politique et ce thème passionne les élites.

 

Quid de l’Angleterre avant Rome ?

Inigo-Jones puis Elliot Smith en sont les premiers commentateurs et propagandistes, suivis rapidement par la grosse cavalerie scientifique, les hommes de la RS. On fouille à Avebury, Stonehenge, Caste-Rigg, Gallanish …, les grands cercles de pierre passionnent.

Le NEO-CELTISME scientifique est né.
Quels que soient les Religieux, le problème est posé d’un retour à la religion de la nature, et donc à une position philosophique qui s’oppose avec violence (verbale) à tous les dogmes pré-établis.

  • A Stonehenge, Aubray découvrira les 56 petites fosses, qui encerclent le site (proche des talus) avec les 4 piliers dits, station stones.
  • Quant à Stukeley, il produira en 1740, un livre remarqué dans lequel il observe l’axe du monument orienté en direction du soleil levant au solstice d’été.
  • Tous les deux, Aubray et Stukeley sont membres de RS et donc sont ou seront Francs-Maçons.

…….

B – Création de la Grande Loge de Londres

 .1709 à 1717 – 1721 – 1723

Entre la dissolution du parlement anglais par le roi Charles I en 1629 et l’arrivée à Londres de James ANDERSON en 1709, la partition a été écrite le plus souvent d’ailleurs en lettres de sang.

Reste à jouer la pièce, et pour ce faire il faut un théâtre, des acteurs, un décor. Il faut également une dernière mise au clair concernant les opératifs. Nous dirions aujourd’hui une ‘‘mise au net’’ ou un ‘‘Bon à tirer’’ avant édition.

Le théâtre

Concrètement, il s’agit du cadre qui abrite les rencontres dans une taverne où le banquet socratique est remis au goût du jour.
Le coffee-house est né. En cette fin du XVIIe et début XVIIIe siècle, ces réunions accueillent des groupes spécialisés sur un sujet particulier animé par un ou plusieurs universitaires.
Ce tissu associatif, facteur d’éveil, se répand comme une tache d’huile, depuis Oxford et Londres jusque dans toute l’Angleterre. Progressivement à partir des années, 1717, 1721 et 1723, ce mouvement se voit transporté dans les salons-loges-banquet …… puis en loge tout court.

Les acteurs

Ils se distinguent en trois groupes d’individus :

  • (a) les hommes qui décident : les politiques
  • (b) les hommes qui occupent le terrain et qui obéissent
  • (c) les hommes dont on utilise la réputation et la notoriété

Nous dirions aujourd’hui les décideurs et donneurs d’ordre, les exécutants, enfin les piliers intermédiaires qui ont vocation à intervenir dans la promotion du projet, ils jouent les relations extérieures dans les réseaux d’influence.

Le décor

Le décor est celui du blanc manteau des cathédrales, celui des véritables opératifs, celui des authentiques Anciens Devoirs. Le tout est récupéré sans complexe par l’appropriation de leur matière historique et ancestrale, leur renommée, leur symbolisme.

….

1.  Mode d’emploi des Opératifs

Les opératifs arrêteront de véhiculer notre mensonge historique privilégié :  «  la Grande Loge de Londres 1717 n’est en aucune manière le résultat d’un processus de recrutement progressif des spéculatifs par les opératifs qui les accepteraient »,

  • même si le père de James Anderson était vénérable d’une loge à Aberdeen, vénérable d’une loge maçonnique en qualité de verrier
  • même si des loges fonctionnaient à Kilwinning, Stirling, Edimbourg, York et ailleurs en Ecosse
  • même si la reconstruction de Londres (1670–1710) après l’incendie de 1666 avait ressuscité des loges aux pieds des grands bâtiments, et notamment  dans la cour Saint Paul
  • même si, à l’évidence, « les gens du bâtiment » n’avaient pas disparu, toujours encadrés par des guildes de métiers.

La vérité est que cette société, en Europe donc en Angleterre, avait cessé d’exister ou était moribonde ; plus de cathédrale, plus de palais à construire, plus de loges, plus d’opératifs …….

Une exception écossaise que tout le monde connaît. Elle est portée par William SCHAW, qui en 1598, sur ordre de son roi Jacques VI d’Ecosse, promulgue ses « statuts et ordonnances » que doivent observer tous les maîtres maçons du royaume.

Ailleurs, des souvenirs et des débris qui confirment que plus rien n’est structuré et respecté. Quant aux spéculatifs qui fréquentent ces loges, on ne les trouve qu’en nombre relatif en Ecosse, très peu en Angleterre et voire aucun en Irlande.

Les Acceptés en loge sont les suivants :

  • l’architecte en relation avec le travail en cours,
  • le médecin qui sert de chirurgien en cas d’accident,
  • le chapelain, le plus souvent catholique même si l’habit est anglican ou calviniste,
  • ceux dont on parle tant afin de prouver la présence généralisée des spéculatifs : les Ashmole, Moray, Aubrey ……. ne sont en loge que pour une raison, celle de faire main basse sur de « grands secrets » en passant par les secrets des métiers.

Seconde exception écossaise :

Dans la loge de Anderson père, le « Mark-book » recense plus de 50 personnes, dont la moitié sont des affiliés, c’est-à-dire des Maçons acceptés. Cette exception écossaise n’interfère en rien dans le processus de fondation de la Grande Loge d’Angleterre.

2.  Quid du théâtre

A la fin du XVIIe et début du XVIIIe, ce sont les salons qui font office de creuset. Ils seront le lieu de promotion de la Franc-Maçonnerie à Londres.
En 1612, de huit tavernes sur le sol anglais, ce nombre atteindra 632 en 1732. Oxford ouvre son premier coffee-house en 1650.
En quelque sorte, un millier d’établissements pour refaire le monde et d’où sera façonnée la Franc-Maçonnerie dite moderne !

On a déjà évoqué la Royal Society, dont les membres sont recrutés parmi les scientifiques mais également auprès de tous les curieux des mystères de la nature. Protégée par les Stuarts dès 1660, cette société de savants donnera l’exemple de la recherche à tous les clubs et c’est elle qui essaimera au sein de presque toutes ces associations que sont ces clubs.

Pour illustrer notre propos, nous nous référons à l’ouvrage « les collèges d’Oxford au XVIIe siècle – tome 2, collection les jardins du dragons éditions du Prieuré », dont citation suivante :

« Nous sommes devant une pluralité d’expressions d’un même phénomène d’émancipation de la pensée… Les élites intellectuelles de l’époque ont des interrogations essentiellement scientifiques, laissant entrevoir un idéal initiatique de type philosophique et libérateur des dogmes établis, qu’ils soient politiques ou religieux ».

En 1700, si la majorité des leaders des sociétés savantes appartiennent à la Royal Society, ces mêmes hommes appartiennent parallèlement à la Franc-Maçonnerie de la Grande Loge de Londres. Quant aux opératifs de l’époque, ils ne sont plus que des « gens du bâtiment » et ne sont en rien concernés ou associés à ces mutations et surtout pas invités à y adhérer.

….

Evoquons les mutations les plus connues pour en comprendre l’impact :

  1. une filiale pure et simple de RS – gentlemen’s society of spalding
    objet : perfectionnement dans les sciences et bienfaisance mutuelle.
    Newton RS, H SLOANE RS et FM, DESAGULIERS RS et FM, FILKES RS et FM, STUKELEY RS et FM, baron de COLERAINE RS et FM.
  2. société des antiquaires (1707)
    STUKELEY RS et FM, FOLKES RS et FM, duc de MONTAGU RS et FM, duc de RICHMOND RS et FM.
  3. le Druid Order (1717)
    qui ne fait que succéder au « bosquet druidique » d’Oxford avec DEMAISEAUX, qui reprend les œuvres de BAYLE et de ST EVREMOND Banquets socratiques et panthéistes avec STUKELEY et J. TOLAND. A signaler que ce club se réunit « au pommier » en septembre 1717 (!).
  4. et tous les autres
    la chevalerie romaine – l’ordre du bain – le Martinus Scriblérus club – le Hell Fire club – l’ordre des Gorgomons – le Brother’s club – l'honorable board of loyal Brotherhood – le Cocoa Tree – the october club ………

Exclure ce phénomène, dit de clubability par rapport à la genèse de la Franc-Maçonnerie anglaise,

fausse irrémédiablement toute compréhension.

….

3.  Les acteurs fondateurs de la Grande Loge de Londres

Si nous les qualifions d’acteurs, nous définirons lesdits fondateurs par rapport à leur fonction dans la genèse de la Franc-Maçonnerie dite moderne incarnée par la Grande Loge au sein de laquelle ils ont œuvré.
Etant entendu qu’il ne s’agit pas de poursuivre les activités d’une organisation qui n’existe plus depuis fort longtemps, et qui regroupait des …. opératifs, mais bel et bien de développer une nouvelle organisation appartenant au siècle, dans un projet de nouvel homme, projet axé sur les sciences et les vertus.

Nous retrouvons ces acteurs, qui excellent chacun dans leur domaine, répartis en trois classes :

a)  Les POLITIQUES – les têtes pensantes

Deux hommes sont aux commandes :

  • John, second duc de MONTAGU     (1690-1749)
  • Jean-Théophile DESAGULIERS     (1683–1743), prêtre anglican

Ils sont accompagnés de personnalités qui, si elles partagent leurs objectifs de nouvelle société, n’épousent pas forcément leur éthique.

Il s’agit de :

  • William STUKELEY, prêtre croyant
  • Martin FOLKES, savant, incroyant excentrique
  • Philipp, duc de WHARTON, très grand original typique de l’époque, futur Grand Maître (1722), tour à tour catholique ou anglican, et hanovrien ou jacobite (Stuart)
  • Charles LENNOX, duc de RICHMOND, futur Grand Maître (1724)
  • Comte Francis DALKEITH, futur Grand Maître (1723)
  • Comte Jacques PAISLEY
  • Comte INCHIQUIN, futur Grand Maître (1726-27)
  • Baron Henri Hare COLERAINE, futur Grand Maître (1727)

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b)  Les EXECUTANTS – les petites mains
Trois hommes particulièrement utiles obéissent :

  • Antony SAYER, roturier
  • George PAYNE, roturier
  • James ANDERSON, roturier et pasteur

c)  Les PILIERS à la notoriété immense largement éprouvée

  • Isaac NEWTON (1642-1727), savant
  • Christopher WREN père (1632-1723), architecte

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Et plus détaillées, les implications de ces acteurs répartis dans ces trois classes (a, b et c) sont reprises ci-après :

A.  Deux têtes pensantes

 Le premier, MONTAGU

Homme le plus riche d’Angleterre, médecin, il appartient à la Royal Society et à l’Ordre du Bain. En 1714, il est le premier connétable au couronnement de GEORGE I (Hanovre) de même qu’à celui de GEORGE II. Son ami intime est STUKELEY, médecin, qui appartient à la Royal Society, à la Société des chevaliers romains, à la société des antiquaires, à la gentlemen’society of spalding et au Druid Order, dont il sera l’archi-druide de 1722 à 1765. Enfin, il créera « the order of the book en 1722 ».
Ne pas oublier que c’est ce club des druides qui diffusera la pensée de John TOLAND, DESMAISEAUX, BAYLE, ST EVREMOND, autrement dit un panthéisme pur et dur, qui dans les Constitutions de 1723, deviendra DEISME complètement expurgé de christianisme. Montagu dans les salons véhiculera lui même ces positions non trinitaires.

Le second, Jean-Théophile DESAGULIERS

Il est la cheville ouvrière qui fait la charnière entre la grande noblesse et les autres : les savants, les scientifiques, les religieux. C’est lui qui fera écrire à Anderson les Constitutions, sans trop s’engager et qui pilotera « la roture » SAYER et PAYNE.

SAYER sera prié de conserver de bonnes relations avec les « gens du bâtiment » ceux qui ont reconstruit Londres, en cela il œuvrera aux côtés d’Anderson.
PAYNE fera le tri dans les textes anciens, conservant ceux jugés utilisables, détruisant ou oubliant les autres.
Désaguliers, prêtre anglican et membre de la Royal Society est docteur en droit. Il est connu pour ses écrits scientifiques. Il est l’ami de Newton. Il appartient à la « gentlemens’society of spalding ». Il est également le chapelain du duc de Chandos et ensuite du Prince de Galles.  Fondamentalement, il est un politique.

Nos pauvres opératifs, en voie de disparition, n’ont décidément aucune place dans les instances de la Franc-Maçonnerie dite moderne.

B.  Trois petites mains
     . déterminantes pour la réussite du projet :
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Le premier, James ANDERSON

On le connaît déjà par quelques citations d’historiens de la Franc-Maçonnerie, auxquelles nous ajouterons une connotation sur sa force principale au plan politique et religieux : notre pasteur est un véritable voilier.

1690 – Il arrive à Londres avec une licence de l’église presbytérienne d’Ecosse, où il n’a jamais été pasteur (!).
Il fait ce qu’il sait faire. Il connaissait les frères opératifs de son père Vénérable à Aberdeen, avec qui il noue des relations ainsi qu’avec les restes des opératifs et les gens du bâtiment qui ont reconstruit Londres. Il devient pasteur d’une église écossaise à Smallow-street.

1710 – Il fait connaissance de DESAGULIERS. Il succède à l’évêque Compton (Tory) en tant que chapelain de la vieille loge de St Paul qui se réunit à « l’oie et au grill » près de la cathédrale. Ce même évêque, qui avait ordonné en 1692 Désaguliers père et qui ordonnera le fils en 1710 diacre. La jonction est faite.

1714 – Le projet d’OPA sur les opératifs anglais prend forme, c’est l’année où Désaguliers, ami de Newton, entre à la Royal Society. Il peut à présent sensibiliser la totalité des élites et scientifiques de Londres appartenant à cette société savante.
Anderson tient chaque semaine des réunions dont on ne dispose pas de compte-rendu, mais dont on sait que les « gens du bâtiment » en sont exclus. Y participent trois membres de la Royal Society (Montagu, Stuart, Désaguliers), et Sayer, Payne, Anderson : en fait des Francs-Maçons non opératifs. Anderson milite pour la mise en place de la Franc-Maçonnerie moderne. Il noyaute.

1715 – Ceux qui restent de la Franc-Maçonnerie opérative de Londres, ayant reconstruit la cathédrale Saint Paul, ont vent de ce qui se trame. Ils interdisent à Anderson et ses amis de se présenter dans leur loge ou taverne. Ils ont compris qu’une nouvelle Franc-Maçonnerie est en voie de  fabrication sans faire appel à eux.

1720 – crise monétaire à Londres. C’est la faillite du « south sea scheme » projet des mers du sud – énorme scandale financier de l’époque. Anderson est ruiné et il est incapable de faire face à ses créanciers. Emprisonné, il est libéré grâce à ses amis Montagu et Désaguliers. Il est donc en état de subordination par rapport à Montagu et Désaguliers. C’est pour lui permettre de survivre au plan économique, que lui sera demandé la rédaction des « Constitutions de 1723 ».

Le deuxième, Antony SAYER

C’est un roturier et cette qualité n’est pas neutre. Il semble qu’il ait été libraire. Tout en travaillant avec l’architecte Christopher WREN père, il tisse une amitié avec Christopher WREN fils, rappelant ici que ce même Christopher est condisciple de Désaguliers à Oxford.

Dans son travail avec l’architecte Wren, Sayer est en mesure de côtoyer de près, donc à connaître et à étudier les opératifs survivants, qui ont construit la cathédrale Saint Paul.

1714 – Anderson fait Sayer maçon non opératif, sachant que le terme spéculatif n’étant pas encore créé et que celui d’accepté ne correspond pas à la réalité.

1716 – Réunion préparatoire de la St Jean d’été qui se tient au Pommier, à 100 mètres de chez Anderson.

1717 – Antony Sayer est élu le 24 juin « A l’oie et au grill », premier grand maître de la Grande Loge de Londres et de Westminster, par les hommes de quatre loges bien connues, ayant pris chacune le nom de la taverne où ils se réunissaient (savoir : A l’oie et au grill, Le grand verre et les raisons, A la couronne, et Au Pommier).

Le troisième, George PAYNE

C’est notre second roturier, et cette qualité n’est pas neutre évidemment. D’abord à l’office du cuir, puis haut fonctionnaire des Finances, enfin scribe érudit, il sait mettre en œuvre une stratégie : quels documents à utiliser, lesquels sont à conserver et lesquels sont à détruire. Grand Maître de la Grande Loge de Londres 1718 –1720 :

1718 – Elu Grand Maître au solstice d’été, il demande à son prédécesseur Sayer (qui côtoie Wren) de récupérer tous les éléments disponibles sur les vieilles Constitutions.

1719 – le 24 juin, lui succède à la Grande Maîtrise, J.T. Désaguliers

1720 – Réélu Grand Maître à l’Assemblée Générale, et avant l’installation en juin 1721 du duc de Montagu (élu en Tenue de GL le 25 mars 1721), il présente à Désaguliers de nouveaux règlements construits à partir des seules pièces suivantes extraites d’une centaine de documents, soit :

  • « Ancien Devoir » et « Old charge » à savoir le COOK,
  • british museum cote MS 23198, le seul à ne mentionner aucune prière et aucune invocation à la trinité, au Christ et à l’Eglise.

Si nous pouvons observer dans d’autres documents, tels que le REGIUS « Vierge MarieChrist mort sur la croixPater…. Ave ….. Evangile …… Ange Gabrielmesse quotidienne … Prière à Jésus », nous remarquons que la nouvelle organisation n’a que faire de l’église catholique anglicane ou réformée, parce qu’elle est déiste.

Pour étayer notre propos, nous citons :

  • René Guénon qui confirme le vandalisme comme suit : ‘‘Payne, après avoir collationné, détruit, … autodafé.
  • John Hamill ancien vénérable de Quatuor Coronati, en son ouvrage The craft a history of english freemasonry – 1986 : « de nombreux documents manuscrits ont été délibérément brûlés ».
  • Bernard Jones, en son ouvrage Freemason guide and compendium – 1952 : « il est certain que de valables manuscrits ont été perdus ou détruits »

Bien d’autres auteurs et historiens en leurs ouvrages maçonniques abondent dans ce sens pour rejoindre cette assertion.

C.  Deux piliers de notoriété

Largement impliqués dans la fondation de la Grande Loge de Londres, consciemment pour le premier, non intentionnellement pour le second.

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Le premier, Isaac NEWTON (1643-1727)

Immense savant (théorie de la gravitation universelle, 1687), aura puissante, c’est l’Einstein de l’époque philosophe : mathématicien, physicien et astronome. Egalement reconnu après sa mort en tant qu’alchimiste notoire.

Clé de voûte de la Royal Society, il préside l’Institution de 1703 à 1727.
Autrement dit, il côtoie, il parraine, il travaille avec tous les membres.

  • Il a pleine autorité sur les Francs-Maçons suivants : Moray, Aubray, Ashmole, Wren, Folkes, Désaguliers, Stukeley, Montagu, Sloane, 2ème duc de Richmond, Dackeith, …
  • Il jouit d’une amitié auprès de Stukeley et de Désaguliers, qui popularisent ses théories scientifiques.
  • Anti trinitaire et anti catholique, il professe un pur déisme. Au même titre que les musulmans, il considère Jésus comme un prophète.

Sa pensée sera reprise par Anderson. Après 1715, il écrit :

« à l’origine, toutes les nations avaient la même religion …. La loi morale de toutes les nations »

Concernant la nature :

« la nature est une énigme, dont l’homme doit trouver la solution, en déchiffrant les clés mystérieuses, généreusement fournies par dieu à certains philosophes ésotériques ».

…………..

Le second, Christopher WREN (1632-1723)

Reconnu comme le plus grand architecte de son temps, issu d’une famille officiellement anglicane, mais de tendance très catholique, il s’opposera en permanence au chapelain de sa propre loge opérative, au pied de la cathédrale Saint Paul en construction. Etant rappelé que le susdit Chapelain n’est autre que l’évêque Copton, ayant ordonné les Désaguliers, père et ensuite fils.

Le père de Wren est clergymen, son oncle Matthew est le premier chanoine de Westminster doyen de Windsor  évêque de Herford.

Outre l’architecte, Wren est un scientifique aux implications multiples :

  • à la qualité de membre de l’Invisible College d’Oxford, s’ajoute celle de président de la Royal Society dès 1680
  • professeur d’astronomie, de mathématiques et surtout un des six membres de la commission chargée de la reconstruction de Londres
  • de constructeur de cathédrales, il devient un authentique vénérable d’une authentique loge abritant d’authentiques opératifs. Un des rares et des derniers.

Quand il aura compris quelle est la vraie nature de l’organisation par les agissements de ses partenaires de la Royal Society, il sera trop tard pour détourner l’opération : l’OPA sur les opératifs est terminée et réussie.

Aucun des événements ci-après ne changera le cours des choses et du projet :

  • L’expulsion d’Anderson et de ses confrères, en septembre 1715 du site de St Paul
  • La parution en toute hâte des Constitutions de Roberts parues dans « the postman de Londres » en 1722
  • L’élaboration du Manuscrit Graham de 1726, dernière cartouche et vrai faux « old charges ».

4.  Création de la nouvelle organisation

Désormais, le décor est planté. Tout est en place pour un fonctionnement dessiné par la nouvelle vague montante dans une organisation neuve et moderne.
Nous ne pouvons que le rappeler avec force et vigueur, c’est :

  • le blanc manteau des cathédrales,
  • ses opératifs de l’époque et ses authentiques Anciens Devoirs,
  • son historicité,
  • sa célébrité

le tout approprié pour être porté et soutenu d’un coup de Maître par la tout jeune organisation :

  • forte de ses intellectuels,
  • riche de ses scientifiques,
  • prometteuse de valeurs particulièrement progressistes et novatrices en ce début du XVIIIe siècle.

Cette organisation naissante donne un souffle nouveau de respectabilité et d’honorabilité traditionnellement dévolues à toute vieille dame de l’histoire.

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OPUS REUSSIE

De 1717 à 1721, le paysage est doté d’une précaution politique avec les trois premiers Grands Maîtres d’étiquette roturière : Sayer – Payne – Désaguliers. Alors que Désaguliers, prêtre, accepte de prendre ses responsabilités, curieusement Sayer et Payne semblent pré-positionnés ; a-t’on jamais vu un général ouvrir la marche en avant-garde !

En juin 1721, une mesure conservatrice de sécurité évidente est adoptée par les grands organisateurs de cette Franc-Maçonnerie nouvelle qui délègue ainsi la présidence à la grande noblesse anglaise, en commençant par un de ses géniteurs les plus éminents parce que homme le plus riche d’Angleterre : le duc de MONTAGU.

Aujourd’hui, il nous incombe et il nous appartient de démasquer cette organisation comme suit :

  • Il suffit de taire que cette société des opératifs n’est plus que l’ombre d’elle-même et retranchée dans une formation moribonde ;
  • Il suffit de taire que les anciens devoirs étaient catholiques romains et trinitaires ;
  • Il suffit de taire le fait qu’aucun des anciens opératifs ne peut prétendre appartenir à la nouvelle Franc-Maçonnerie dont les responsables ont verrouillé les portes ;
  • Il suffit de taire le tissu d’absurdités historiques rapportées par James Anderson dans la première partie de ses Constitutions ;
  • Il suffit de taire l’absence de Rituel d’Initiation pour les opératifs, qui prononçaient le Serment dans une solennité de ferveur religieuse vraie. De plus, Rituel et Serment recouvraient les règles de vie sociétale, les obligations et les secrets de métier, les mots et les signes de reconnaissance.

Il importe enfin de s’approprier le substratum symbolique et mystique des opératifs de jadis qui ne seront jamais que les Maçons de toujours.

3 comments

  1. Ponchon

    J'apprécie beaucoup la clareté de tous les articles parcourus jusqu'à présent.

  2. Lamouline

    Très bonne planche historique. Un problème: je ne comprend pas la fin. A qui s'adresse t-on dans la litanie "il suffit de taire.."? et "il nous appartient de démasquer cette organisation". Quelle organisation? Il manque à mon avis une petite explication. A part cela: excellent. Roger.

  3. Rethy

    Fabuleux travail, merci à l'auteur. C'est en cherchant les raisons de l'inimitié qui opposait John Toland à Georges Payne que je suis tombé sur cette page. Je n'ai pas ma réponse mais ce n'est pas grave je trouve de nouveaux sujets de recherche.

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