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Flora MacDonald

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Flora MacDonald (1722 – 1790)flora                      Auteur : Simon J. Appleton

Flora MacDonald est née en 1722 à Milton dans le sud de l’île d’Uist, une île de l’archipel des Hébrides situé au nord-ouest de l’Ecosse. Elle est née de l’union de Ranald et Marion MacDonald. Son père est métayer sur l’île.

Elle fait une partie de sa scolarité à Édinbourg (en gaélique écossais : Dun Eideann), la capitale du pays sur la Firth of Forth (littéralement fleuve noir), et restera membre de l’église Presbytérienne toute sa vie.

Elle entre dans l’histoire de l’Ecosse un jour de l’an 1746. A cette date elle se rend dans le sud de l’île d’Uist pour une visite à son frère. C’est là, à Benbecula, au sud-ouest de l’île, que s’est réfugié incognito le Prince Charles Edward Stuart, après la défaite des Jacobites à Culloden le 16 avril 1746. Ce revers met fin au soulèvement de 1745 et aux espoirs de celui nommé affectueusement Bonnie (beau) Prince Charles ou encore the Young Prétendant (en opposition à son père dénommé the Old Pretender).

Ce serait un capitaine de l’armée jacobite, compagnon du Prince, répondant au nom irlandais d’O’Neill, qui réussit à persuader Flora de venir en aide à Bonnie. En effet il est dit que notre héroïne trouva le projet qui lui était soumis fort audacieux, voire fantaisiste. Est-ce sa foi dans la cause jacobite ou le charme du jeune prince qui vint à bout de sa réticence ? Il faut savoir que notre Jeune Prétendant déguisé en femme revêtue d’une robe se fait passer pour une servante irlandaise ; il voyagera sous l’identité de Betty Burke. C’est le commandant de la milice locale qui délivra un laissez-passer au groupe pour autoriser Flora et sa servante, ainsi que six hommes d’équipage à effectuer la traversée jusqu’à l’ile de Skye, située sur la côte ouest de l’Ecosse et peuplée de plus de 11.000 personnes en 1755. Le commandant qui délivre le sauf-conduit n’est autre qu’ Hugh MacDonald, le beau-père de Flora. Cela explique peut être pourquoi elle a été approchée pour venir au secours du Prince en fuite.

Les protagonistes embarquent le 27 juin 1746 en direction de Skye. N’ayant pu débarquer à Waternish au nord-ouest de l’île, ils vont mettent pied à terre à Kileride ; après une nuit passée dans un cottage, ils marcheront les jours suivants jusqu’à Portree, la plus importante localité de l’île, située sur la côte est. Au cours de ce périple il s’en faut de peu qu’il ne soient découverts par des Redcoats (troupes gouvernementales aux ordres de la dynastie d’origine allemande, dite hanovrienne, qui a succédé à celle des Stuarts). Il faut savoir que Bonnie est activement recherché à travers tout le pays et qu’en conséquence des patrouilles sillonnent les campagnes et les villes pour sa capture. Alors que l’île de Skye placée sous la domination des clans MacDonald et MacLeod, dévoués à la cause stuartiste, après la défaite de Culloden et la répression hanovrienne qui s’ensuivit, les Jacobites doivent adopter un profil bas, si bien que Bonnie doit rester très prudent, même s’il bénéficie encore du soutien de ses partisans parmi la population.

A Portree le groupe va se séparer : Bonnie et son compagnon doivent se rendre sur la petite île de Raasay, à l’ouest de Skye, où les attend un navire qui emmènera le Prince défait en France, terre d’asile où il sera en sécurité. Lorsque Bonnie Prince Charles, avant de prendre place dans l’embarcation qui doit l’emmener vers Raasay, fait ses adieux à Flora, il lui remettra un médaillon en lui disant : « J’espère, Madame, que nous nous rencontrerons de nouveau, à Saint James ». Le Palais de Saint James est une demeure royale au centre de la City de Westminster, qui abrite aujourd’hui entre autre la Chancellerie des Ordres de Chevalerie du Royaume.

Le Prince nourrit-il encore l’espoir d’un possible retour, d’un nouveau soulèvement en faveur des Stuarts ?  Flora ne le reverra jamais. Il ne montera jamais sur le trône et la dynastie s’éteindra avec lui.

Une légende laisse supposer une aventure amoureuse entre Flora et Bonnie, lors de la première soirée passée dans le cottage sur l’île de Skye.

L’Ecosse est terre propice aux légendes lorsque la brume se repose à la surface d’un loch, s’attarde dans un glen où murmure doucement un burn ou qu’un dram ambré réchauffe une âme gaëlique… Alors ? Qui sait ?

Flora MacDonald sera arrêtée et emprisonnée au château de Dunstaffnage dans la localité d’Oban en Ecosse continentale. Un lieu où se concocte un (fameux) single malt  du même nom, au sud de Fort William. Il semblerait que les six hommes d’équipage aient trouvé le comportement de ‘‘nos deux passagères’’ inhabituel et en auraient parlé à leur retour sur Uist.  Flora, reconnue et facilement identifiée en tant que native de l’île, sera transférée par mer en Angleterre. Elle remontera la Tamise pour être incarcérée dans la célèbre Tour de Londres, où elle ne séjournera pas bien longtemps. En effet, elle sera autorisée à occuper une habitation en dehors de l’enceinte de la Tour. Cette mesure de clémence serait due à sa plaisante personnalité ! La voilà donc en résidence surveillée qu’elle quittera en 1747 lors de l’amnistie générale.

En 1750, Flora MacDonald épouse Allan MacDonald, originaire de Kingsburgh, localité de la région nord de Skye. Elle a 28 ans et son époux, parent du même clan, est capitaine dans l’armée. Ils vont s’installer dans un cottage à Flodigarry, au nord-est de l’île, à environ 35 kilomètres au nord de Portree. Ils auront sept enfants : cinq fils et deux filles.

En 1774 la famille MacDonald, endettée par des loyers agricoles trop élevés, confrontée à des récoltes soumises à un climat trop rude, se trouve en état de faillite. Comme de nombreuses familles compatriotes, elle n’a d’autre issue que celle de l’immigration. Le couple choisit un état du sud de la colonie américaine, l’Etat de Caroline du Nord. Ils débarquent à Wilmington, une ville portuaire dans le Comté de New Hanover, où la proportion d’écossais y est si florissante que Flora pourra découvrir que ses aventures sont connues des écossais exilés. Elle est même considérée comme une héroïne, symbole de la lutte historique jacobite !

Son mari s’installe d’abord comme fermier avant de reprendre le métier des armes en rejoignant le régiment du Royal Highland Emigrants. C’est un régiment hanovrien qui va prendre part à la guerre d’indépendance américaine, côté britannique donc. On peut se poser la question : comment un écossais, époux d’une héroïne jacobite a-t-il pris la décision de s’enrôler chez l’ennemi hanovrien d’hier ? Et de surcroit prendre les armes contre des hommes qui luttent pour arracher leur indépendance au gouvernement de Londres ? Je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante à cette interrogation.

Allan MacDonald est fait prisonnier lors de la bataille de Moore Creek et emmené en captivité. Un de ses fils subira le même sort.

Flora et ses autres enfants, restés en Caroline du Nord, devront subir l’ire des patriotes américains qui vont leur mener la vie dure et finir par piller leur plantation. Aussi lorsqu’Allan est expulsé vers la Nouvelle Ecosse (province canadienne sur la côte atlantique), sa famille le rejoint. L’épisode américain se termine là pour Flora MacDonald et sa famille.

La décision est en effet prise de retourner en Ecosse. Ils vont s’installer sur l’île de Skye. A partir de là, il semble que Flora ait connu une vie paisible puisqu’aucun événement marquant n’est signalé dans les documents que j’ai pu consulter.

On note toutefois, qu’au cours de cette période, elle fait la connaissance de Samuel Johnson et de James Boswell qui accompagne ce premier lors d’un périple en Ecosse.

Samuel Johnson (1709–1784) est un homme de lettres qui par ses multiples talents tient une place importante dans la littérature anglaise. L’écossais James Boswell (1740-1795) est avocat et également écrivain. On lui doit une monumentale biographie de Samuel Johnson. Ce dernier a décrit Flora comme suit : « Une femme de stature moyenne, aux traits délicats, aux manières élégantes et d’une agréable prestance ». Il est aussi l’auteur d’une citation devenue célèbre la concernant : « Son nom sera mentionné dans l’histoire, et si le courage et la fidélité sont ses vertus, il faut y rajouter l’honneur ».

Flora MacDonald décède le 4 mars 1790 à Kingsburg (la date du 5 mars est parfois indiquée). Sa tombe se trouve dans le cimetière du petit village de Kilmuir situé sur la péninsule de Trotternish dans le nord de Skye.

Une plaque commémorative reprend la citation de Samuel Johnson reproduite plus haut.

Ici aussi la légende s’empare du personnage : on dit qu’elle serait morte dans le lit même dans lequel avait dormi le Prince Charles Edward en 1746 et Samuel Boswell lors de son tour d’Ecosse…

On peut voir une statue de Flora MacDonald accompagnée de son chien dans la cour du château d’Inverness, la capitale des Highlands. La statue a été dévoilée en 1899.

Pour preuve que sa légende résiste aux siècles et demeure chère au cœur des écossois, nous pouvons citer différentes biographies qui lui sont consacrées :

- Alexander MacGregor : Life of Flora MacDonald datant de 1882, ouvrage qui fera l’objet de plusieurs éditions.

- Hugh Douglas : Flora MacDonald, the most loyal rebel.

- Deanna Kerrigan (une nord-américaine) : Flora MacDonald, the bright and particular star, une publication assez récente.

Cette énumération de trois ouvrages édités en langue anglaise n’a pas la prétention d’être exhaustive.

Comment terminer ce résumé de la vie de notre héroïne sinon qu’en citant le premier couplet d’une chanson fort ancienne dont se sont accaparés les Jacobites en particulier et les écossais en général ?

Nous proposons quelques vers de ladite chanson « My Bonnie lies over the ocean », dont l’auteur est inconnu.

Une chanson, souvent incluse dans le répertoire scout, qui appelle au retour de Bonnie sur ses terres ancestrales ! Sinon, Bonnie pouvant être considéré au féminin par le retour d’une bien-aimée ?  J’opte personnellement pour la première hypothèse.

My Bonnie lies over the ocean

My Bonnie lies over the seas

My Bonnie lies over the ocean

Oh bring back my Bonnie to me !

Cette chanson a été moult fois reprise et notamment par un dénommé Tony Sheridan en 1961. Pourquoi n’ai-je pu résister à la tentation de mentionner cette reprise ? C’est précisément parce que Tony Sheridan était accompagné vocalement par un groupe très peu écouté à l’époque, The Beat Brothers, qui a connu quelques années plus tard une célébrité internationale sous le nom : « The Beatles » !

Sources internet :

biographybase.com - wikipedia.org - rampantscotland.com - britannica.com - undiscoveredscotland.co.uk

 

 (Document déposé sur le site du REP en décembre 2013)

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