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Histoire FM, FTB Clavel

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 Ouvrage

Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie 

et des Sociétés secrètes anciennes et modernes

 Auteur F.-T. B. Clavel (ouvrage aujourd’hui épuisé)
 Edition …..Editions ARTEFACT – 3e édition, mars 1987
 Extraits …..Chapitres (première partie) énoncés ci-après

Histoire FM1Chap. I – Les origines de la Franc-Maçonnerie (page 93)

[…] La confraternité des maçons était organisée en Ecosse de la même manière qu’en Allemagne et en Angleterre. On la voit, dès 1150, former un établissement dans le village de Kilwinning, et, peu après, sur divers autres points du pays. La loge la Chapelle de Marie, à Edimbourg, possède un vieux registre où sont relatés, à partir de 1398, les élections de ses maîtres, de ses surveillants et de ses autres officiers. Dans les premières années du XVe siècle, les frères avaient le droit d’élire leur grand-maître, à la charge néanmoins de le choisir parmi les nobles ou les prêtres, et de soumettre cette élection à la sanction royale. Le grand-maître élu était autorisé à lever un impôt de quatre livres, monnaie d’Ecosse, sur chaque maçon, et à percevoir un droit pour la réception des nouveaux membres. Le grand maître avait une juridiction qui s’étendait sur tous les frères : il nommait, dans les comtés, des substituts, qui jugeaient en son nom les causes de peu d’importance. En 1437, Jacques II retira aux maçons l’élection du grand maître. Il conféra cette charge à William Saint-Clair, baron de Rosslyn, et à ses héritiers en ligne directe. Vers 1650, les maçons d’Ecosse confirmèrent l’hérédité de la grande maîtrise dans la famille des Rosslyn, par deux actes successifs, rapportés dans le manuscrit de Hay, qui se trouve dans la bibliothèque des avocats, à Edimbourg. En Ecosse, la confrérie ne brilla pas d’un éclat aussi vif qu’en Angleterre ; mais elle y éleva un grand nombre d’églises et de monastères, dont les ruines, encore debout, témoignent de sa haute habileté en architecture. Au commencement du XVIIe siècle, on retrouve, dans la Grande-Bretagne, la société maçonnique avec son caractère et son objet primitifs. Elle se composait, alors comme antérieurement, d’ouvriers constructeurs, liés entre eux par un mystère, et entreprenant en commun l’érection des édifices publics. Ses membres avaient un pouvoir discrétionnaire pour se former en loges dans le voisinage de tout édifice en voie de construction, avec l’approbation du maître de l’œuvre, pour travailler à quelque degré et en quelque nombre que ce fût, et aussi souvent qu’ils le jugeaient convenable. On n’avait pas encore eu l’idée d’investir des vénérables et des surveillants de loges, assemblés en grande loge, et le grand maître lui-même, du droit de délivrer des patentes constitutionnelles à des agrégations spéciales de frères, qui les autorisassent à se réunir en certains lieux et à des conditions déterminées ; aucune autre restriction ne gênait la liberté de la confrérie. Les frères n’étaient soumis individuellement qu’à l’exécution de règlements délibérés, sur des objets d’intérêt commun ou de discipline intérieure, par la confraternité réunie en assemblée générale, une ou deux fois par an, et l’autorité du grand-maître ne s’étendait jamais au delà des portes de la salle d’assemblée. Chaque loge était sous la direction d’un maitre, ou vénérable, choisi pour la circonstance, et dont le pouvoir cessait avec la séance dans laquelle on le lui avait conféré.

… Bien que tous les membres de l’association fussent maçons de pratique (operative masons), ils initiaient pourtant à leurs mystères des hommes de diverses professions, dont la communauté pouvait attendre quelque utilité ou quelque relief. C’est ainsi qu’en 1641, la Chapelle de Marie, d’Edimbourg, initia Robert Moray, quartier-maître général de l’armée d’Ecosse, et que le savant antiquaire Elie Ashmole et le colonel Mainwaring, de Kerthingham, furent admis dans la société, en 1646, à Warrington, dans le comté de Lancastre. C’est ainsi encore que, le 11 mars 1682, le chevalier William Wilson et d’autres personnes de distinction furent reçus à Londres par la Compagnie des maçons…

Les troubles qui désolèrent l’Angleterre à la fin du règne de Charles Ier et pendant les temps qui suivirent firent un tort considérable à la confraternité. Les accepted masons qui appartenaient au parti royaliste essayèrent de pousser la confrérie à se mêler d’intrigues politiques et à contribuer à la restauration de la monarchie des Stuarts. Mais bien que Charles II, qui avait été reçu maçon dans son exil, ait, en remontant sur le trône, accordé une protection spéciale à la société, rien ne prouve cependant qu’il en eût reçu une aide bien efficace pour ressaisir le pouvoir souverain. Il est plutôt probable que les menées de ses partisans éloignèrent des assemblées les maçons paisibles et sensés ; car, à partir de ce moment et malgré le zèle que déploya le grand-maître Christopher Wren pendant de longues années, le nombre des loges alla toujours en diminuant, et le peu qui restèrent étaient presque désertes en 1705. En cette année, la loge de Saint-Paul, à Londres prit une décision qui changea entièrement la face de la confrérie ; elle arrêta : ‘‘Les privilèges de la maçonnerie ne seront plus désormais le partage exclusif des maçons constructeurs ; des hommes de différentes professions seront appelés à en jouir, pourvu qu’ils soient régulièrement approuvés et initiés dans l’ordre.’’ Cette innovation, qui peut-être n’avait pour but que d’augmenter le nombre toujours décroissant des membres de la confraternité, pour aider plus tard à lui rendre son importance et son activité premières, eut des conséquences que ses auteurs étaient loin de prévoir. Il y avait dans les doctrines de la maçonnerie un principe civilisateur qui ne demandait qu’à se développer… C’est donc de cette décision de la loge de Saint-Paul qu’il faut dater l’ère de la franc-maçonnerie moderne, ou plutôt de la phase actuelle de la franc-maçonnerie ; car nous croyons avoir prouvé que cette société remonte aux premiers âges du monde ; qu’elle est aujourd’hui ce qu’elle était autrefois, et qu’elle n’a fait que renoncer à l’objet matériel de son institution : la construction des édifices religieux et d’utilité générale.

Chap. II – Réorganisation de la F-M dans les trois royaumes (page 96)

Les discussions politiques et les querelles religieuses qui troublèrent la fin du règne de la reine Anne, l’accession de Georges de Brunswick, électeur de Hanovre, au trône d’Angleterre, et les révoltes qui éclatèrent bientôt après en faveur de François-Edouard Stuart, connu sous le nom du Prétendant, ne permirent pas que la décision de la loge de Saint-Paul eût d’abord les résultats qu’on s’était promis. […]

Quatre loges… s’assemblèrent à la taverne du Pommier au mois de février 1717. Leur premier soin fut de se constituer Grande Loge pro tempore… et elles s’ajournèrent au 24 juin suivant pour élire un grand maître et pour continuer les opérations commencées.

[…] L’expérience fit voir combien étaient sages les dispositions arrêtées dans cette réunion. Quoiqu’il en soit, la société ne fit que peu de progrès sous l’administration du frère Sayer : les loges existantes ne s’accrurent que d’un petit nombre de membres, et deux nouvelles loges seulement furent constituées. Le frère George Payne, qui succéda en 1718 à ce grand maître, déploya beaucoup de zèle et d’activité. C’est à ses soins que la confrérie dut la découverte et la mise en ordre d’un grand nombre de manuscrits, la plupart anglo-saxons, relatifs au gouvernement, à l’histoire et aux anciens usages de la maçonnerie. Un français, le docteur Desaguliers, fut élu grand maître en 1719. L’année suivante, le frère Payne fut réélu, et, sous son habile direction, les affaires de la société prospérèrent au-delà de toute espérance. Cependant, en cette année 1720, on fit une perte irréparable : la plupart des manuscrits recueillis par le grand maître deux ans auparavant furent livrés aux flammes ‘‘par quelques frères scrupuleux, alarmés, dit Preston, de la publicité qu’il était question de donner à ces documents.’’ […]

Le frère Payne proposa pour son successeur le duc de Montagu…  Le 24 juin suivant, le duc de Montagu fut solennellement installé par son prédécesseur et l’assemblée entendit la lecture du projet d’histoire et de statuts de la société, que le frère Payne avait rédigés sur les anciens manuscrits recueillis en 1718. Postérieurement, ce projet fut soumis à l’examen de deux commissions successives. Sur le rapport de la dernière, le ministre anglican James Anderson et le docteur Desaguliers furent chargés de réviser et de refondre entièrement l’œuvre du grand maître Payne et d’en présenter une nouvelle rédaction…, sous le titre de Constitutions de l’ancienne et honorable confraternité des maçons libres et acceptés. A partir de ce moment, l’organisation de la maçonnerie fut assise sur des bases solides, et sa prospérité alla toujours en augmentant. […]

En 1722, la Grande Loge de Londres maintint le duc de Montagu dans la grande maîtrise. Cette nomination fut vue avec déplaisir par le duc de Wharton …, dont les partisans attaquèrent vivement la réélection du duc de Montagu, qu’ils signalèrent comme un acte impolitique, de nature à décourager des frères dont le zèle et le crédit pouvaient être employés à l’avantage de la maçonnerie. […] Ces procédés ayant été déclarés irréguliers et inconstitutionnels par la Grande Loge, il se forma dès lors deux partis fort animés l’un contre l’autre…  Le duc de Montagu… convoqua la grande loge, exagérant à dessein les forces de l’opposition,… supplia les frères de permettre que, pour rétablir la bonne harmonie si malheureusement troublée, il se démit de ses fonctions en faveur de son concurrent qui lui paraissait réunir la majorité des suffrages. Le duc de Wharton éprouva quelque confusion de ce procédé si plein de noblesse et de véritable esprit maçonnique. Il confessa spontanément ses torts, renonça au titre qui lui avait été indûment décerné, et n’accepta finalement la grande maîtrise, sur les instances réitérées du duc de Montagu, qu’en protestant qu’il en remplirait les devoirs avec assez de zèle et de dévouement pour qu’on pût oublier plus tard par quelle voie il y était parvenu. En effet, son administration eut les résultats les plus avantageux pour la société. Le nombre de loges s’accrut considérablement à Londres, dans les comtés et au dehors, et la Grande Loge se vit obligée de créer l’office de grand secrétaire. […]

L’activité déployée par les loges anglaises et l’éclat qui entourait leurs travaux stimulèrent le zèle des maçons d’Irlande et d’Ecosse, qui ne s’assemblaient auparavant qu’à des époques irrégulières et éloignées. Les temples se rouvrirent de toutes parts dans ces deux royaumes, et les réceptions de nouveaux membres se multiplièrent à l’infini. En 1729, les loges de Dublin tinrent une grande assemblée dans laquelle elles fondèrent une grande loge indépendante pour l’Irlande, et appelèrent à la grande maîtrise le lord vicomte de Kingston. La Grande Loge d’Ecosse se forma en 1736. On sait que dans ce pays, la grande maîtrise de l’ordre était héréditaire dans la famille des Saint-Clair de Rosslyn depuis 1437…  William Saint-Clair de Rosslyn qui n’avait point d’héritier direct… manifesta… l’intention bien arrêtée où il était de résigner la grande maîtrise entre les mains de la confrérie qui pourvoirait à son remplacement suivant le mode adopté par les maçons d’Angleterre et d’Irlande, c’est-à-dire par voie d’élection… la Grande Loge d’Ecosse fut d’abord établie, constituée et proclamée dans la forme ordinaire. […]

La Grande Loge décida qu’à partir de ce moment, toutes les loges du royaume devaient se pourvoir, sous peine d’irrégularité, de lettres de constitution délivrées par elle et revêtues du sceau de l’ordre… Il n’y eut guère que la Mère-Loge de Kilwinning  qui voulut conserver sa suprématie et son indépendance. Cette rivalité donna lieu à de vives disputes, … qui ne cessèrent qu’en 1807. Elle fut placée, sans numéro, en tête de la liste des loges de l’Ecosse, et son vénérable fut institué grand maître provincial de l’Ayrshire. L’établissement de la Grande Loge d’Ecosse imprima un nouvel élan à la société dans ce royaume. Le nombre de loges s’accrut considérablement. En 1739, toutes furent divisées en districts, et des grands maîtres provinciaux furent nommés. […]

Chap. III – Propagation de la Maçonnerie hors des iles britanniques (page 107)

A en croire quelques historiens anglais et allemands, la franc-maçonnerie aurait été introduite en France par les Irlandais de la suite du roi Jacques, après la révolution d’Angleterre de 1688 ; la première loge aurait été établie au château de Saint-Germain ; et, de là, l’association maçonnique se serait propagée dans le reste du royaume, en Allemagne et en Italie. Nous ne savons pas de quels documents s’étaie l’opinion de ces écrivains ; cependant elle ne nous paraît pas dénuée de vraisemblance. On a vu que, dès 1648, le parti royaliste, en Angleterre, avait essayé de se servir du mystère qui entourait les assemblées des maçons pour se réunir avec sécurité et pour se concerter sur les moyens de soutenir et, plus tard, de restaurer la monarchie des Stuarts. Rien n’empêcherait donc que, réfugiés en France les adhérents de cette famille y eussent, dans le même but, établi des loges, et qu’ils eussent entretenu, sous le voile de la maçonnerie, des relations politiques avec ceux de leurs amis restés en Angleterre.

Quoi qu’il en soit, il est certain que les partisans de François-Edouard Stuart, fils de Jacques II, prirent une part très active à l’organisation de la maçonnerie en France, espérant en tirer parti pour la réussite de leurs desseins. Un des agents les plus ardents de cette pensée était lord Derwent-Water, qui fut grand maître des loges françaises, et qui, depuis, en 1746, périt à Londres sur l’échafaud, victime de son attachement au prétendant. Toutefois il est à remarquer que les menées contre-révolutionnaires des réfugiés anglais n’obtinrent que des résultats insignifiants dans nos loges. La composition de l’association maçonnique… était peu propre à aider les entreprises d’un parti. Les réfugiés ne tardèrent pas à le reconnaître ; et dès lors, ils s’attachèrent à modifier la constitution de la société. C’est ainsi que, sous prétexte de l’épurer, mais en réalité pour y recruter des adhérents, et pour d’autres motifs encore, ils y introduisirent les hauts grades. La première loge dont l’établissement en France soit historiquement prouvé est celle que la Grande Loge de Londres institua à Dunkerque en 1721, sous le titre de l’Amitié et la Fraternité. La deuxième fut fondée à Paris en 1725 par lord Dervent-Water, le chevalier Maskeline, le frère d’Héguerty et quelques autres personnes de la suite du Prétendant : elle se réunissait chez Hure, traiteur anglais, rue des Boucheries, faubourg Saint-Germain… Il s’y en établit une troisième en 1726 sous le nom de Saint-Thomas.

[…] Six loges existaient à Paris en 1735 ; elles se réunissaient dans divers locaux situés rue de Bussy, rue des Deux-Ecus et à la Râpée. Quoique la maçonnerie n’eût point de centre d’administration fixe et régulier à cette époque, et qu’on n’eût pas encore, comme en Angleterre, procédé à l’élection d’un grand maître, cependant cette qualité était tacitement accordée à lord Dervent-Water, que l’on doit considérer comme le premier grand maître de la maçonnerie en France, et qui effectivement en remplissait les fonctions. En cette année, ce seigneur retourna en Angleterre, où il devait périr si malheureusement. Les loges de Paris s’assemblèrent en 1736, et élurent en sa place lord d’Harnouester. Le chevalier Ramsay, particulièrement fameux par ses innovations maçonniques, remplissait dans cette assemblée, les fonctions d’orateur. […] Louis XV, mécontent des intrigues que les réfugiés anglais ourdissaient dans les loges, … le 24 juin 1738 le duc d’Antin fut nommé grand maître. A son décès arrivé en 1743, les loges se réunirent pour le remplacer. Le comte de Clermont, prince de sang, obtint la majorité des suffrages… C’est de cette époque que date l’établissement légal du corps administratif de la maçonnerie française. Dès 1735, une députation des loges de Paris, dont faisait partie lord Dervent-Water, avait demandé à la Grande Loge d’Angleterre l’autorisation de se former en grande loge provinciale ; et ce n’est qu’en 1743 que cette autorisation avait été accordée. La tendance politique qu’on s’efforçait de donner aux loges en France avait été, sinon le motif réel, du moins le prétexte avoué de ce retard. […]

Chap. V – Innovations (page 164)

… On a vu que les réfugiés de la suite du roi Jacques et les partisans de son fils, François-Edouard Stuart, avaient tenté de se servir de la franc-maçonnerie dans un but politique. Le premier moyen qu’ils employèrent fut d’attribuer aux symboles et aux allégories des trois grades un sens approprié à leur vue. C’est ainsi qu’ils prétendirent que l’association maçonnique n’était pas une continuation des confréries d’ouvriers constructeurs, mais qu’elle constituait une agrégation nouvelle, une véritable conjuration destinée à faciliter le rétablissement de la maison Stuart sur le trône d’Angleterre. Suivant cette doctrine, le meurtre d’Hiram-Abi faisait allusion à la mort tragique de Charles Ier, et les mauvais compagnons représentaient Cromwell et les autres chefs des parlementaires. Cette interprétation fut propagée en Angleterre par les adhérents secrets du parti des Stuarts ; elle y devint le thème d’une seconde initiation, à laquelle étaient admis les maçons qu’on jugeait disposés à entrer dans la conspiration. En France, on la donna à quelques personnes haut placées qu’on avait gagnées à la cause et dont on voulait utiliser le crédit pour déterminer le gouvernement de Louis XIV à intervenir à main armée en faveur de la dynastie déchue. Le caractère aventureux de ces seigneurs leur fit accueillir avec ardeur ces révélations prétendues…  Ce fut un trait de lumière pour les réfugiés. Ils composèrent dès lors plusieurs grades, tels que le maître irlandais, le parfait maître irlandais, le puissant maître irlandais, et d’autres.

Bientôt parut le chevalier Ramsay. C’était un homme doué d’une imagination ardente, de beaucoup de savoir, d’esprit et d’urbanité… Elevé dans le presbytérianisme, il avait tout à tour embrassé la religion anglicane et la doctrine des quakers. Plus tard, réfugié en France, il s’était établi à Cambrai et lié d’amitié avec Fénelon, qui l’avait converti au catholicisme. Il s’attacha au parti des Stuarts, et le servit avec le plus entier dévouement. A cet effet, il se jeta dans la franc-maçonnerie, qu’il jugeait propre à aider au succès de sa cause. […] Ramsay étaya son système de quelques faits historiques, notamment de la participation des chevaliers du Temple aux travaux des sociétés maçonniques du moyen-âge, et de la construction du collège des templiers à Londres, exécuté au XIIe siècle par une confrérie de maçons venus de la Terre-Sainte. Par ces suppositions, le chevalier tendait à ramener en Angleterre l’exercice du catholicisme et à frayer ainsi les voies au retour du prétendant. En 1728, il essaya de jeter à Londres les fondements d’une réforme maçonnique conçue dans cet esprit ; il s’aboucha en conséquence avec les membres de la Grande Loge, et leur proposa de substituer aux trois grades alors pratiqués ceux d’écossais, de novice et de chevalier du temple qu’il prétendait être les seuls véritables, les seuls anciens, et ayant, de temps immémorial, leur centre administratif dans la loge de Saint-André à Edimbourg. Le Grade écossais de Saint-André est le premier grade de la réforme de Ramsay. Econduit par la Grande Loge d’Angleterre, Ramsay porta ses innovations à Paris, où elles obtinrent un succès prodigieux. Elles furent ajoutées comme hauts grades à la maçonnerie ordinaire, et firent abandonner en partie les degrés irlandais, qu’on avait suivis jusque-là. Telle est l’origine de ces grades écossais, dont les imitations se multiplièrent depuis à l’infini, et qui furent les précurseurs d’une foule d’autres systèmes dans lesquels se reflétèrent successivement toutes les opinions professées en France ouvertement ou dans le secret. […] Cette multitude de grades, dont on ne peut lire les rituels sans dégoût, se groupèrent de diverses façons, furent systématisés ; et dès lors naquirent les séries d’initiations graduées auxquelles on donna le nom de rites. Ces rites étaient divisés par catégorie de grades, et chaque catégorie était gouvernée par un corps distinct, appelé chapitre, collège, conseil ou consistoire. Le premier centre d’administration des hauts grades fut établi à Arras en 1747, par Charles-Edouard Stuart lui-même, qui donna aux avocats Lagneau, Robespierre, et à d’autres frères, la bulle d’institution d’un chapitre écossais jacobite, ‘‘en reconnaissance des bienfaits qu’il avait reçus d’eux’’. Le second chapitre fut érigé à Marseille en 1751, par un voyageur écossais. En 1754, … le chapitre de Clermont, où le système qu’on y pratiquait dérivait de la réforme de Ramsay. […] Longtemps la maçonnerie d’Ecosse se composa exclusivement des trois grades symboliques. Mais, à une époque qui n’est pas bien connue, il s’institua à Edimbourg une autorité maçonnique sous le titre de Grande Loge de l’ordre royal de Hérédom de Kilwinning… Les grades chevaleresques de l’Angleterre firent également invasion en Ecosse en 1798, mais ils y firent peu de prosélytes, et ceux-là mêmes qui les avaient accueillis y renoncèrent bientôt après. Il résulte de ce que nous venons de dire que les grades et les rites qui prennent la qualification d’écossais ne proviennent pas de l’Ecosse, où ils sont absolument inconnus et n’ont jamais été pratiqués. Dans plusieurs occasions, la Grande Loge d’Ecosse a désavoué solennellement des patentes de ce genre, qu’on disait émanées de son autorité ; et, pour prémunir les maçons étrangers contre toute assertion qui la présenterait comme professant ou autorisant de prétendus hauts grades écossais, elle a inséré dans ses règlements, publiés en 1836, un article ainsi conçu : « La Grande Loge d’Ecosse ne pratique aucun autre degré de franc-maçonnerie que ceux d’apprenti, de compagnon et de maître, dénommés maçonnerie de Saint-Jean. » Cependant on avait fini par comprendre sur le continent combien tous ces hauts grades, dans lesquels on avait introduit les rêveries templières, les spéculations mystiques, les déceptions de l’alchimie,… avaient nui à l’action de la maçonnerie, avaient fait perdre de vue le but qu’elle se propose, l’avaient défigurée et ridiculisée, et avaient propagé dans son sein un esprit de rivalité qui avait brisé tout lien fraternel,… […]

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