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Une origine anglaise

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Actualité de l’HISTOIRE

Editions Darnétalaises, n° 24 – mars 2009

 Dossier La Franc-Maçonnerie secrète ou discrète ?
 Extrait

La naissance de la Franc-maçonnerie française par Philippe Valode, p. 42..

origine1Si la franc-maçonnerie plonge ses racines en des temps très anciens, les premières loges purement françaises n’apparaissent qu’au tout début du XVIIIe siècle. En butte au pouvoir royal, ostracisées par l’Eglise, elles parvinrent pourtant à se développer en séduisant les élites.

 

Une origine anglaise

Certains prétendent que la première loge française est née au XVIIe siècle, au sein du régiment Royal Irlandais, parvenu en France à la suite de l’exil de Jacques II Stuart au milieu du règne de Louis XIV (1688). Sous le nom de la Parfaite Egalité, une appellation typiquement anglo-saxonne, elle se serait réunie à Saint-Germain-en-Laye. Par contre, et la chose est parfaitement avérée, une loge est bien fondée à Paris sous le règne de Louis XV, sans doute vers 1725, par des Irlandais et des Anglais partisans de la dynastie Stuart. Ses tenues se déroulent rue des Boucheries. Quelques années plus tard, en 1735, elle reçoit ses lettres patentes de la Grande Loge de Londres au nom de Saint-Thomas. Un évêque very british, puisqu’il s’agit de celui de Becket ! Il faut attendre 1728 pour qu’une franc-maçonnerie proprement française apparaisse, placée toutefois sous l’autorité d’un grand maître britannique, Philipp, duc de Wharton, un personnage rocambolesque. Ruiné en 1725, il quitte l’Angleterre, après avoir fréquenté George Ier le Hanovrien, et avant que de soutenir les prétendants Stuarts et de combattre dans les troupes jacobites au sein de l’armée espagnole. C’est à cette époque que ses déplacements à Paris et à Lyon le placent au cœur de l’éclosion d’une franc-maçonnerie française indépendante. Ses successeurs, James Hector MacLean, puis Charles Radcliffe, comte de Derwentwater, soit comme lui jacobites, c’est à dire des partisans de Jacques II Stuart.

 

La noblesse de sang s’engage en Franc-Maçonnerie

En 1738, une réunion a, peut-être, rassemblé l’ensemble des loges anglaises et écossaises de France, en une Grande Loge de France, placée sous l’autorité d’un grand maître français ‘‘général et perpétuel’’, Louis de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin, le fils légitime de Mme de Montespan, devenu directeur des Bâtiments du roi et comme tel proche du roi, en raison des importants travaux en cours à Versailles. D’abord regardée avec suspicion par l’implacable pouvoir royal, la franc-maçonnerie n’est inquiétée que durant une dizaine d’années. Nombre de grands seigneurs y ont, en effet, adhéré.

Le pape Clément XII se révèle infiniment moins tolérant, fulminant une bulle, In eminenti apostolatus specula, qui n’eut guère d’effet, le parlement se refusant absolument à l’enregistrer. D’ailleurs, très nombreux sont les ecclésiastiques, du haut en bas de la hiérarchie, à se faire initier dans les loges. On voit même des femmes de la haute noblesse s’engager dans un mouvement que le chevalier Ramsay, par son discours a orienté vers une inspiration chevaleresque, qui se traduit dans la création de hauts grades très inspirés de l’histoire moyenâgeuse.

Après la mort du duc d’Antin, Louis de Bourbon Condé, comte de Clermont, lui succède. Cette autre grande figure de la noblesse française est prince de sang, abbé de Saint-Germain-des-Prés, piètre militaire vaincu à Krefeld, ami de Mme de Pompadour, homme d’une vaste culture animant un cénacle au Petit-Luxembourg. Il n’hésite pas à défrayer la chronique en vivant maritalement avec une danseuse de l’Opéra, la Leduc. Il en eut deux enfants, dont l’un devint abbé. Un véritable personnage ! Pendant 28 ans, l’homme demeurera à la tête des loges régulières, en assurant leur développement. A son arrivée comme Grand Maître, on compte une quarantaine de loges réparties à égalité entre Paris et la province. L’essaimage s’effectue, en particulier, grâce aux militaires. Chaque changement de garnison est l’occasion de créations nouvelles. Aussi, le vocabulaire maçonnique est-il, dès l’origine, fortement marqué par cette origine guerrière : on y boit dans un canon de la poudre, comprendre dans un verre de vin. A sa mort, le nombre des loges est de plusieurs centaines…

L’engagement de la plus haute noblesse en maçonnerie démontre que, contrairement à ce qui est souvent écrit, nombreux sont ceux, en son sein, qui sont gagnés aux idées nouvelles, à la monarchie constitutionnelle à l’anglaise, au pouvoir parlementaire, à l’investissement financier et bancaire, voire à l’initiative industrielle.

 

Irrésistible ascension

C’est en 1771, que Louis Philippe d’Orléans, duc de Chartres, devient Grand Maître de la maçonnerie française. La Grande Loge de France devient alors le Grand Orient de France dès 1773. Quelques vénérables des loges parisiennes refusent cette réforme, attachés à leur présidence à vie, et constituent une Grande Loge de Clermont qui disparaîtra à la fin du siècle. Adhérents des Lumières, dirigés par l’un des tout premiers princes de sang du royaume, les francs-maçons croient en l’esprit de tolérance, d’égalité, de liberté. Ils ont la volonté de construire un monde meilleur, mais ils sont peu attentifs au monde de la pauvreté. Robespierre constitue, ne l’oublions pas, avec sa préoccupation sociale, une exception parmi la bourgeoisie révolutionnaire. D’ailleurs, il n’a jamais été franc-maçon, se contentant de fréquenter à Arras la société des Rosati, au caractère littéraire et culturel prononcé ! Il existe, à la veille de la Révolution, selon les auteurs, entre 800 et 1000 loges, regroupant de 33 à 35000 personnes, nobles, prêtres et bourgeois pour l’essentiel. Ce que l’on désignerait aujourd’hui sous le vocable d’élite ou que l’on qualifierait de personnes d’influence. Naturellement, ils vont peser sur les événements, mais rien n’est plus faux que de prétendre, comme le jésuite Barruel dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, que les francs-maçons sont à l’origine de la Révolution française.

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