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Succès et brouilles avec l’Eglise

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Les dossiers de l’histoire mystérieuse N° 6

La Franc-Maçonnerie – 1ère partie

 Edition

F. Carbonnel Editeur-Imprimeur SA, Paris 10e

Dr de Publication : Gérard Bourgue

 Extraits

…..La Franc-Maçonnerie d’où vient-elle ?

…..Histoire et évolution (page 51)

succes1La date de parution de cette revue, les Auteurs et/ou les rédacteurs des différents chapitres ne sont pas précisés.

 

Chapitre – Le rapide succès (page 56)

 La codification des règles maçonniques accomplie par Anderson et Desaguliers, la personnalité des premiers Grands Maîtres de la Grande Loge de Londres où de grands aristocrates succédèrent très vite aux premiers pasteurs, le prosélytisme des nouveaux francs-maçons dont certains, comme Desaguliers, appartenaient à l’influente Royal Society qu’inspirait Newton, assurèrent un rapide succès à la nouvelle maçonnerie. Dès 1730, la Grande Loge de Londres devenait la Grande Loge Unie d’Angleterre.

En même temps, un certain nombre de loges ‘‘anciennes’’, qui n’avaient pas suivi la démarche des quatre fondatrices de 1717, reprenaient néanmoins de l’activité. Elles entraient certes en conflit avec les nouvelles loges mais ce ‘‘bouillonnement’’ s’avérait dans les faits favorable au développement de  la Franc-Maçonnerie dans son ensemble en Angleterre. En Ecosse voisine et en Irlande, d’autres loges fort anciennes, comme la loge Canongate Kilwinning qui prétendait être la plus ancienne du monde ou la loge Mary’s Chapel, reprenaient également de la vigueur. S’il fallut attendre 1813 pour assister à un accord entre les différentes loges anglaises, ‘‘anciennes’’ et ‘‘modernes’’, qui donna naissance à la Grande Loge Unie d’Angleterre, la division ne porta aucun préjudice à la Franc-Maçonnerie britannique. L’Ecosse toutefois et l’Irlande se dotèrent à cette occasion d’obédiences spécifiques, antérieures à la création de la Grande Loge Unie d’Angleterre et échappant donc à l’autorité de cette dernière. Parallèlement à ses progrès en Grande-Bretagne, la Franc-Maçonnerie fut exportée sur le continent, notamment en Allemagne et en France. Le monde germanique était préparé à recevoir la Franc-Maçonnerie car les confréries de bâtisseurs n’y avaient point disparu. En France en revanche, l’élimination des Templiers par Philippe le Bel avait créé un autre contexte. Dans les deux cas toutefois, le lien entre la Franc-Maçonnerie ‘‘opérative’’ des bâtisseurs de cathédrales et la nouvelle Franc-Maçonnerie ‘‘spéculative’’ des ‘‘inventeurs’’ britanniques ne fut pas mise en avant immédiatement.

Le succès de la Franc-Maçonnerie en France fut sans doute dû essentiellement à l’ ‘‘anglomanie’’ qui existait alors. Sous l’impulsion de Montesquieu, les idées anglaises étaient devenues à la mode et la Grande-Bretagne était présentée comme un pays de référence, une terre de liberté et de tolérance, vertus encore largement inconnues des pays latins. Montesquieu, lui-même initié à la Franc-Maçonnerie dès 1730, joua un rôle direct et certainement très important dans cette propagation, bien que ces écrits littéraires et philosophiques n’en soufflent mot. Par ailleurs, la France offrait un terrain favorable dans la mesure où elle était depuis 1688 le pays d’accueil de la famille royale détrônée et exilée des Stuarts et de leurs partisans. Ces catholiques, parmi lesquels un certain nombre d’Ecossais, comptaient en leur sein des Francs-Maçons. Il est possible, sinon vraisemblable, qu’ils aient fondé au moins une loge dès leur arrivée en France. Celle-ci, composée de militaires, aurait eu son siège à Saint-Germain-en-Laye.

Si l’on excepte cette loge ‘‘stuartiste’’, antérieure à 1717, la première loge maçonnique française aurait été fondée en 1721 à Dunkerque sous le nom de ‘‘L’Amitié et Fraternité’’. Cette date reste encore aujourd’hui controversée mais on peut tenir pour certaine la création d’une loge à Paris en 1725 ou 1726 du nom de ‘‘Saint-Thomas’’, en souvenir de Thomas Beckett qui, fuyant les persécutions, avait trouvé refuge en France. Cette loge fut fondée par des écossais catholiques fidèles aux Stuarts, parmi lesquels Charles Radclyffe, comte de Derwentwater en 1731, qui deviendra Grand Maître de la Franc-Maçonnerie française quelques années plus tard. Elle se réunit chez un traiteur anglais à l’enseigne ‘‘Au Louis d’Argent’’. Une nouvelle loge sera créée portant ce dernier nom en 1732 grâce à une patente reçue de Londres.

A cette même date est créée à Bordeaux, fief de la famille Montesquieu, une loge directement rattachée à la Grande Loge d’Angleterre et qui porte le n° 204 au tableau de celle-ci. C’est la célèbre ‘‘Loge anglaise de Bordeaux’’ qui adopte immédiatement les armes de la Compagnie des Maçons de Londres qui étaient déjà devenues celle de la Grande Loge d’Angleterre. Entre temps, plusieurs loges avaient été créées à Paris en 1729. La loge ‘‘La Parfaite Union’’ est fondée à Valenciennes en 1733 et ‘‘l’Ancienne’’ à Metz en 1735. Une autre loge est à signaler : celle constituée entre 1730 et 1734 par le duc de Richmond à Paris en l’hôtel de sa grand-mère, la duchesse de Portsmouth, née Louise de Kéroualle, et transférée en 1735 dans le Berry au Château d’Aubigny-sur-Nère qui devint ainsi un foyer maçonnique important. Cette nouvelle installation fut honorée de la venue de Lord Weymouth, Grand Maître de la Grande Loge de Londres dont le duc de Richmond avait été un des prédécesseurs. La loge d’Aubigny, fait intéressant, accueillit malgré son caractère stuartiste des ‘‘hanovriens’’, c’est-à-dire des personnes de tendance politique opposée puisque partisans du roi d’Angleterre en place. On peut y voir un premier exemple de la tolérance et de l’universalité maçonnique, un autre étant, à la même époque, l’admission des juifs dans les loges de Grande-Bretagne. Jusqu’en 1738, la Franc-Maçonnerie en France reste donc un phénomène fondamentalement britannique même si le recrutement des ‘‘Frères’’ touche un nombre croissant de français. Les premières loges sont fondées soit par des stuartistes exilés, soit par des personnalités anglaises représentant une certaine origine française, soit des négociants anglais installés en France. Montesquieu, on l’a vu, en est le propagandiste ardent. Aussi n’est-il pas étonnant que lorsque les premières loges commencent à s’organiser et à éprouver le besoin de se doter d’une structure de coordination elles choisissent pour Grand Maître, d’abord le duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres qui était resté fidèle aux Stuarts, puis le chevalier baronet écossais MacLean, enfin en 1736 lord Derwentwater lui-même. Ce dernier, rentré en Grande-Bretagne, fut condamné à mort et décapité le 9 décembre 1746 après la défaite militaire de Culloden où le prétendant Stuart vit s’évanouir ses dernières chances de retrouver son trône occupé par le roi hanovrien George II.

Le 24 juin 1738, c’est-à-dire à la saint Jean d’été, une assemblée générale des loges existantes alors en France élit pour Grand Maître Louis de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin, pair de France. C’est un très grand seigneur qui devient ainsi, par consentement des loges, le chef de la Maçonnerie française. Ce fait consacre une double évolution.

Tout d’abord dans le recrutement. Dans les années 1730, plusieurs grands seigneurs reçoivent l’initiation maçonnique. […] Le choix du duc d’Antin, succédant à des aristocrates anglais ou écossais, est naturel. Ensuite dans la recherche d’une protection politique. On oublie trop, de nos jours, que le droit d’association n’existait pas dans l’ancienne France et que tout groupement de personnes était dès lors tenu pour suspect par la police qui n’hésitait pas à intervenir et à réprimer sans préavis. De surcroît, les Francs-Maçons ‘‘spéculatifs’’ du XVIIIe siècle avaient conservé de leurs ancêtres ‘‘opératifs’’ du Moyen-âge le caractère secret de leurs travaux, sanctionné par un serment. Si ces deux aspects n’ont jamais éveillé la méfiance des autorités publiques de l’Ancien Régime tant qu’ils s’exprimaient à l’intérieur des corps de métier et des corporations, institutions professionnelles qui veillaient jalousement à la préservation de leur spécificité, il n’en était plus du tout de même dès lors que les assemblées réunissaient des gens de toutes professions, de toutes conditions et de toutes religions. Le premier ministre de l’époque, le cardinal Fleury était fort méfiant.

 

La grande fête maladroite qui suivit l’élection de lord Derwentwater attira son attention.

En 1737, le lieutenant de police de Paris intervient : il interdit la Franc-Maçonnerie et envoie ses agents disperser les maçons assemblés en loge. Mais seuls les roturiers sont poursuivis. La présence d’un pair de France à la tête de la Franc-Maçonnerie française en juin 1739 ne peut dès lors qu’assurer à celle-ci la protection nécessaire.

Celle-ci devenait d’autant plus urgente que le pape Clément XII venait de fulminer le 24 avril 1738 la Bulle In Eminenti qui condamnait la Franc-Maçonnerie et prononçait l’excommunication des Francs-Maçons.

 

Chapitre – La première brouille avec l’Eglise catholique (page 59)

On ignore encore aujourd’hui les vrais motifs de cette première condamnation pontificale. Certes, le secret et le serment maçonnique sont visés par ce vieux pontife alors âgé de 86 ans mais c’est l’existence de la phrase curieuse par laquelle le pape évoque d’autres ‘‘justes motifs connus de lui seul’’ qui a intrigué tous les historiens depuis cette date. S’agit-il d’une d’une simple clause de style ? Signifie-t-elle au contraire que le pape était réellement en possession de griefs réels à l’encontre de la Franc-Maçonnerie et qu’il ne pouvait les révéler ? Ou encore que ces motifs n’avaient pas de rapport avec la religion ce qui explique que le pape les ait cachés. Cette dernière hypothèse est la plus plausible. Il a été en effet établi que le pape fut l’objet de fortes pressions politiques de la part du prétendant Stuart, alors à Rome, qui s’inquiétait du succès de la Franc-Maçonnerie venue de Londres, c’est-à-dire d’origine anglaise et protestante, au détriment de l’ancienne Franc-Maçonnerie stuartiste, écossaise et catholique. La tolérance pratiquée par les loges qui acceptaient aussi bien des catholiques que des protestants était considérée comme dangereuse. Enfin, une loge mixte de ce type venait de montrer à Rome un mauvais exemple à travers le comportement critiquable de certains de ses membres et cet égarement proche a pu influencer le jugement du Prétendant et du pape.

Quoiqu’il en soit, la décision pontificale n’eut à l’époque plein effet que dans certains pays. Les états latins (Italie, Espagne et Portugal) ainsi que la Pologne l’appliquèrent immédiatement avec rigueur. Dans la péninsule ibérique où sévissait l’Inquisition, les châtiments furent redoutables : tortures, condamnations aux galères, exécutions. Coustos, l’initiateur à Paris du duc de Villeroy à la loge ‘‘Les Arts de Sainte-Marguerite’’, en fut une des victimes à Lisbonne en 1744.

En Grande-Bretagne, où l’anglicanisme était la religion dominante, la bulle pontificale ne fut naturellement pas reçue. Le cas de la France est différent. Pays catholique, la France était en principe soumise aux décisions du pape. Mais les règles spécifiques du gallicanisme, liées à la théorie de la monarchie absolue de droit divin, obligeaient toute décision du Pontife à recevoir l’aval préalable du Parlement de Paris pour être applicable en France. Le Parlement n’ayant pas été saisi, la Bulle ne fut pas enregistrée et resta de ce fait nulle et non avenue pour la France. Aussi les loges maçonniques françaises de l’Ancien Régime furent-elles composées presque exclusivement de catholiques dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les membres du clergé y étaient nombreux et il n’était pas rare de rencontrer des Francs-Maçons, revêtus de leurs décors, à certaines processions religieuses.

[…]

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