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La foi d’un franc-maçon

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   Kiosque littéraire Rite Ecossais Primitif   

Livres
 Ouvrage

La Foi d’un Franc-maçon

(ouvrage aujourd’hui épuisé)

 Auteur Richard Dupuy
 Edition …..PLON – octobre 1988
 Extraits …..Chap. IV – La franc-maçonnerie spéculative moderne

lafoi1Un peu d’histoire d’Angleterre (page 59)

La Réforme avait divisé la chrétienté, marqué profondément les mœurs, bouleversé les Etats. Introduite en Angleterre par Henri VIII, elle avait amené de nombreux protestants dans les Loges anglaises sans en altérer le moins du monde la cohésion. En effet, la méthode maçonnique d’introspection convenait parfaitement à ceux qui, dans leur église, pratiquaient le libre examen. La Loge était le point de convergence et le centre d’union où se retrouvaient, dans un cadre fraternel et tolérant, papistes et antipapistes. En 1603, Jacques Ier Stuart réunissait entre ses mains la couronne d’Ecosse et celle d’Angleterre. Templier et Franc-Maçon, en 1607 il se déclara officiellement protecteur de la Franc-Maçonnerie. Sous son impulsion, le rite écossais se répandit largement à travers les îles Britanniques parallèlement au vénérable rite d’York. Mais la Franc-Maçonnerie anglaise devait subir le contrecoup des événements politiques qui ensanglantèrent l’histoire de l’Angleterre et influèrent indirectement sur l’ensemble de la Confrérie dans le monde. En 1649, Charles Ier Stuart, fils de Jacques Ier, qui avait succédé à son père en 1625, devait mourir décapité, écrasé par la terrible révolution puritaine. Sa veuve, Henriette de France, s’enfuit avec ses deux fils vers son pays natal. Cromwell, le Protecteur, fut le maître de l’Angleterre jusqu’en 1658, date à laquelle il mourut à l’âge de cinquante-neuf ans. Son fils Richard lui succéda au pouvoir, mais son incapacité eut pour résultat dix-huit mois de sanglante anarchie, après quoi il disparut.

En 1660, le Parlement, réuni irrégulièrement à la diligence du général Monk, vota la restauration et installa Charles II, fils de Charles Ier et d’Henriette sur le trône d’Angleterre. De religion anglicane, il fut accepté par le peuple et gouverna avec prudence. A la veille de sa mort, il se convertit au catholicisme sous la pression de sa mère. A la mort de Charles II, son frère cadet, Jacques II, hérita de la couronne. Plus directement soumis à l’influence de sa mère, il était de religion catholique et ne dissimula point son intention d’opérer une réconciliation entre l’Eglise anglicane et l’Eglise romaine. L’impopularité que lui valut ce projet chez un peuple insulaire, jaloux de son indépendance et encore imprégné des idées propagées naguère par les têtes rondes, fut mise à profit par son gendre, Guillaume d’Orange. Ce bon jeune homme vit là l’occasion de traduire dans les actes la noble devise de sa famille : Il n’est point nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. […]

En 1689, la reine Mary va donc monter sur le trône arraché à son père, et son cher époux Guillaume va réussir à régner à ses côtés sous le nom de Guillaume III.  Adroitement, il cherche aussitôt à se concilier les bonnes grâces des Francs-Maçons du royaume qui sont nombreux et puissants. Initié en 1694, il occupe bientôt le poste de Grand Maître, et il entreprend une véritable colonisation des Loges anglaises que ses partisans investissent littéralement.

En 1702, la princesse Anne succède à Guillaume et elle mourra fille et sans héritier en 1714. Le Parlement, réuni en grande hâte, va examiner l’arbre généalogique des Stuarts pour tenter de doter l’Angleterre d’un roi légitime, mais qui ne soit pas catholique. On finit par découvrir le prétendant rêvé en la personne d’un hobereau prussien, petit-fils de Jacques Ier […]. Les Maçons anglais le voient arriver d’un mauvais œil. Sir Christopher Wren qui était Grand Maître de l’Ordre avant Guillaume d’Orange, et qui avait repris la charge après la mort de celui-ci, est âgé et fatigué. Il n’inspire guère confiance à ses frères.

[…] La constitution de la Grande Loge de Londres est l’événement qui va susciter les sarcasmes et la fureur de beaucoup de Francs-Maçons anglais, et la violente réaction des vieilles Loges mères de Londres, d’York et de Westminster qui n’ont pas l’intention de s’en laisser imposer par de jeunes blancs-becs. Le combat des Anciens et des Nouveaux est ouvert. La rivalité des deux clans incitera les Anciens à s’ériger eux-mêmes en Grande Loge en 1751, et il faudra près de cent ans pour que la Franc-Maçonnerie anglaise soit réunifiée par la constitution, le 27 décembre 1814, de la Grande Loge Unie d’Angleterre, sans que l’on sache très bien si ce sont les Nouveaux qui ont triomphé, ou les Anciens qui ont avalé les Nouveaux.

Mais revenons à notre jeune Grande Loge de Londres. Au bout d’un an, le Frère Anthony Sayer laissera la Grande Maîtrise au Frère George Payne, élu Grand Maître le 24 juin 1718. Le 24 juin 1719, c’est un personnage d’une dimension exceptionnelle qui va occuper cette charge pour deux ans, le Frère Jean Théophile Desaguliers.

[…] La Grande Loge et la plupart de ses Loges subordonnées vont adopter un rituel moderne : le Rite Emulation, dépouillé et débarrassé de l’action jugée trop théâtrale du Rite d’York et du Rite Ecossais. Les épreuves initiatiques, qui naguère revêtaient le caractère dramatique traditionnellement attaché aux initiations chevaleresques, vont désormais être remplacées par la récitation d’interminables monologues que le néophyte écoute les yeux bandés en attendant que la lumière lui soit donnée.

 

Le visage puritain (page 65)

Hélas ! la politique s’en mêle bientôt. Les orangistes qui sont nombreux et influents dans le sein de la Grande Loge, prennent l’offensive. Le Grand Maître qui avait visé ne varietur le texte de la Constitution est, quelques semaines plus tard, destitué comme jacobite, comploteur et libertin. Il ne doit son salut qu’à l’exil en France. On l’accuse en outre d’être de religion catholique, ce qui est faux puisqu’il ne se convertira au catholicisme qu’à Poblet, en 1731, à la veille de sa mort. Quatre éditions successives des Constitutions qui se voulaient définitives et immuables vont être publiées en 1738, 1756, 1767 et 1784, accentuant chaque fois le caractère puritain des obligations. […] Les choses s’éclairent dès lors d’un jour singulier. Dès 1738, l’évolution de la Grande Loge de Londres, noyautée par les orangistes avides de restituer à la Franc-Maçonnerie anglaise la place très officielle qu’elle occupait dans la vie de la nation quand le roi en était le Grand Maître, est amorcée. Pour être Franc-Maçon anglais, il faut obéir à une loi morale intangible et inflexible. Il faut être pur, aussi pur que Noé qui seul trouva grâce aux yeux de l’Eternel courroucé. En un mot, il faut être puritain. La suite des événements, les modifications successivement apportées à la Constitution de 1723, les exigences de plus en plus dogmatiques manifestées par la Grande Loge de Londres, puis par la Grande Loge d’Angleterre, confirment bien notre point de vue. D’ailleurs, Clément XII ne s’y trompa point qui, le 4 mai 1738, percevant la démarche de la Grande Loge de Londres vers un conformisme anglican impérieux, et un antipapisme agissant, fulmina l’excommunication contre les Francs-Maçons qui se réunissent dans le secret pour comploter contre l’Eglise et contre l’Etat. De quelle Eglise, grands Dieux, pouvait bien se préoccuper le pape, sinon de l’Eglise romaine ? Dans quel pays l’Eglise romaine avait-elle été mise hors la loi sinon en Angleterre ? A quel Etat le pape pouvait-il accorder sa sollicitude sinon à un Etat catholique combattu comme tel ? Quel état catholique avait-il été dépossédé de son royaume sinon l’Etat stuartiste ?

N’oublions pas, à ce propos, que nombreux étaient à la cour de Rome les partisans des Stuarts, dont beaucoup d’ailleurs étaient Francs-Maçons écossais, et qui multipliaient démarches et intrigues afin que justice leur soit rendue et que le pape prît parti en leur faveur. Les choses sont claires, très claires. La jeune Grande Loge de Londres se veut, dès 1738, spécifiquement anglaise et puritaine. C’est un acte d’allégeance à la couronne d’Angleterre et à l’Eglise anglaise qu’elle accomplit. C’est du même un coup une déclaration de guerre à Rome. La confirmation que cette vision des événements est la bonne se découvre dans le fait suivant : lorsque la bulle in eminenti de Clément XII est soumise pour enregistrement au Parlement de Paris, celui-ci refuse sa sanction au motif que l’excommunication ne vise pas les Francs-Maçons français. Et en vertu de la règle lex non promulgata non obligat, de nombreux prêtres catholiques continueront à fréquenter les loges françaises jusqu’à leur mise en sommeil par la Révolution de 1789.

[…] La Grande Loge Unie d’Angleterre ne cessera pas d’accentuer depuis lors son caractère dogmatique incompatible avec l’universalisme maçonnique. C’est ainsi que, le 18 octobre 1950, elle motivera la rupture de ses relations avec la Grande Loge d’Uruguay dans les termes suivants : « Tout homme sollicitant son entrée dans la Maçonnerie doit professer la croyance en l’existence d’un être suprême : Dieu invisible, spirituel et tout-puissant… Aucune tolérance n’est permise à l’égard de cette croyance, même au niveau le plus bas… La Maçonnerie n’est pas un mouvement philosophique, admettant toute orientation et opinion. La vraie Maçonnerie est un système de morale, un culte pour conserver et répandre la croyance en l’existence de Dieu pour aider (les Maçons) à régler leur vie et leur conduite sur leur propre religion quelle qu’elle soit mais ce doit être une religion monothéiste qui exige la croyance en Dieu comme être suprême, et ce doit être une religion ayant un livre sacré sur lequel l’initié puisse prêter serment à l’Ordre maçonnique. Aucun livre de la Loi morale ne peut être substitué au Livre de la religion… Le Credo est strict, étroit et absolument rigide. »

Nous apercevons ainsi combien la  Franc-Maçonnerie anglaise a évolué depuis 1717, ce qui n’empêche la Grande Loge Unie d’Angleterre de se prévaloir de sa filiation avec la Grande Loge de Londres pour se prétendre la Grande Loge Mère de la Franc-Maçonnerie mondiale.

 

Développement de la Franc-Maçonnerie spéculative en France (page 69)

[…] L’exil des Stuarts va restituer à la France, sous les espèces de la Franc-Maçonnerie écossaise, ce que la Grande-Bretagne avait hérité d’elle à la dissolution de l’Ordre du Temple. Ce n’est pas la seule tradition que nos amis britanniques nous aient empruntée pour nous la restituer transformée. […]

En 1649 nous avons vu Henriette de France, sous ses voiles de deuil, venir demander asile à son cousin Louis XIV qui lui offre le royal refuge de Saint-Germain-en-Laye. De nombreux membres de la noblesse écossaise l’accompagnent ou la rejoignent. Beaucoup de ces gentilshommes sont Francs-Maçons acceptés de rite écossais. En 1661, Charles II, à la veille de monter sur le trône d’Angleterre, forme à Saint-Germain un régiment qui prend le nom de Royal Irlandais pour devenir plus tard les Gardes Irlandaises. Comme tout régiment qui se respecte à l’époque, celui-ci constitue dans son sein une Loge maçonnique le 25 mars 1688. Suivant la fortune ou l’infortune de la famille Stuart, après la capitulation de Jacques II à Limerick, les Gardes Irlandaises débarquent à Brest le 9 octobre 1689. Elles retourneront à Saint-Germain, leur garnison d’origine, où elles demeureront jusqu’au 27 février 1698, date de leur incorporation dans l’armée française. La Loge maçonnique du régiment l’a suivi dans ses déplacements. Elle porte le nom du colonel lord Dorrington, son fondateur. A partir de 1752, elle prend le nom de Parfaite Egalité. Avec la respectable Loge la Bonne foi, fondée également à Saint-Germain à la même époque, on assiste à la première implantation de la Franc-Maçonnerie écossaise en France. Il importe de ne pas perdre de vue les origines templières, catholiques, stuartistes de ce rite si l’on veut comprendre la suite des événements et l’antagonisme irréductible qu’il suscite auprès de la Franc-Maçonnerie anglaise moderne qui, avec une remarquable opiniâtreté, se refuse à connaître ce qui précéda la fondation en 1717 de la Grande Loge de Londres. Comme si une institution initiatique pouvait être créée à partir du néant ! Il est vrai que la conception initiatique et ésotérique de l’Ordre maçonnique n’est pratiquement cultivée que dans les pays latins d’Europe et d’Amérique.

Donc, nos gentilshommes écossais et irlandais en exil vont fonder en France de nombreuses Loges de Rite écossais. Notons que par métonymie on a insensiblement glissé de l’appellation Francs-Maçons écossais anciens et acceptés à celle de Rite écossais ancien et accepté, ce qui n’en déplaise à certains savants exégètes, ne veut pas dire grand chose. Ce n’est pas le Rite qui est ancien et accepté, ce sont les Francs-Maçons qui, dans les Loges du XIVe siècle, étaient soit des anciens (opératifs), soit des acceptés (spéculatifs). […]

Ainsi, au début du XVIIIe siècle, la France compte sur son territoire trois types de Loges d’origines différentes :

  • les Loges autochtones sorties des Loges opératives du Moyen-âge,
  • les Loges écossaises fondées par les partisans stuartistes,
  • les Loges anglaises fondées par la Grande Loge de Londres.

 

La première Grande Loge de France (page 72)

La première fédération maçonnique française va, bien entendu, se constituer sous l’impulsion des plus ardents parmi les Francs-Maçons de France, les Ecossais en exil. Il est admis que la première Grande Loge de France fut constituée en 1728. En tout cas, le premier Grand Maître français fut précisément… le duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres, destitué et chassé d’Angleterre dans les circonstances que l’on connaît. Il mourut en 1731 à Poblet auprès de la ravissante abbaye cistercienne récemment restaurée. Les documents de l’époque ne permettent de lui trouver un successeur qu’en 1735, le Frère MacLean, baronet écossais stuartiste lui aussi. Le 24 décembre 1736 c’est le comte Charles Radclyffe, que l’on désigne souvent sous son titre nobiliaire lord Derventwater ou Darvenwater qui est élu Grand Maître. Il connaîtra une fin tragique puisqu’en 1746 il sera arrêté en Angleterre et, impliqué dans un complot stuartiste, il va mourir décapité à la hache.

Les noms de ces trois premiers Grands Maîtres sont significatifs et nous permettent d’imaginer aisément l’action politique secrète que recouvrait la bannière bleue et rouge de la Grande Loge de France.

Louis XV, excédé de ces complots permanents, craignant de voir s’aigrir ses rapports avec la monarchie hanovrienne qui règne sur l’Angleterre, prévient nos conspirateurs qu’il va leur donner bientôt une Loge à la Bastille. Alors, en toute hâte, les Frères se mettent en quête d’un Grand Maître français. Le choix se porte sur le duc d’Antin, petit-fils de la Montespan, jeune homme de trente-huit ans. Maçon éclairé qui parviendra pendant cinq ans à faire régner l’ordre et la concorde parmi les Loges de toutes origines qui composent la Grande Loge. En 1743, le comte de Clermont succède au duc d’Antin.   […]

 Les Loges écossaises, qui ont oublié leur tumultueux passé stuartiste et qui s’en tiennent à une stricte pratique maçonnique, vont prendre leurs distances.  […]

 

(dernière page de couverture du livre en référence)

Richard Dupuy est né en décembre 1914, à Alger. Avocat à la cour d’Alger en 1937, il fut nommé sous-directeur du contentieux de la justice militaire au gouvernement provisoire de la République française, à Alger, en 1943, puis directeur de la justice de l’Air, à Paris, en 1944. Depuis 1946, il est avocat à la cour de Paris. De 1956 à ce jour* il a occupé treize fois les fonctions de Grand Maître de la Grande Loge de France.

 

* repère considéré pour situer ce calendrier : octobre 1988, date d’achèvement de l’impression du livre de Richard Dupuy.

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