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La musique maçonnique

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   Kiosque littéraire Rite Ecossais Primitif   

Livres
 Ouvrage La musique maçonnique
 Auteur Roger Cotte
 Edition …..Editions du Borrego – juin 1987
 Extraits …..Morceaux du chapitre I et du chapitre II

musique1Chap. I – Musiciens témoins des débuts de l’histoire de la Maçonnerie française (page 13)

Depuis le XVIIIe siècle, […] des historiens … font remonter la fondation des premières loges sur le territoire français à l’installation au château de Saint-Germain de la cour des rois anglais catholiques Stuarts en exil, en 1649.  Autour d’Henriette de France, fille d’Henri IV et veuve de Charles Ier d’Angleterre, décapité à l’instigation de Cromwell, et de ses deux fils qui règneront successivement sous le nom de Charles II et Jacques II, les fidèles catholiques écossais et irlandais dissimulaient derrière le secret maçonnique leurs agissements politiques en vue du rétablissement de la monarchie catholique en Grande-Bretagne.

Des travaux récents d’un jeune docteur en musicologie et histoire de l’art ont révélé à ce sujet un document de taille : le grand orgue de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne. Cet extraordinaire instrument est sans doute l’un des témoins les plus éloquents et le moins discutable des idées maçonniques circulant dans l’entourage de la reine Henriette – la mystérieuse veuve du symbolisme maçonnique – suivant certains auteurs. Il est l’œuvre de l’organier même de la reine d’Angleterre, Robert Dallam, réfugié en France avec les plus fidèles stuartistes. La parenté de son architecture générale avec le Tableau de loge des FF\ Servants ne fait aucun doute. Le pavé mosaïque central a été décrit par les plus éminents historiens catholiques de l’orgue comme un « simple motif décoratif » ; mais qui a tant soi peu fréquenté les temples maçonniques ne peut s’y tromper : il s’agit bien du riche symbole disposé au milieu de chaque loge. […]

 

Après le retour de Charles II à Londres, et le rétablissement de la monarchie anglaise sur le trône, en 1660, Robert Dallam rentra en Angleterre, et c’en fut provisoirement fini, en France, des relations de la musique et de la franc-maçonnerie. Mais vingt-neuf ans plus tard, en raison principalement de l’impéritie du roi Jacques II, frère cadet de Charles II, une nouvelle révolution chassait encore les Stuarts au bénéfice du Prince d’Orange. Le jour de l’an 1689 la Cour d’Angleterre s’installait pour un exil définitif au château de Saint-Germain. Tout aussitôt de nouvelles loges – dites ‘‘jacobites’’ en raison de la fidélité qu’elles témoignaient, par leur existence même, à l’infortuné Jacques II – furent créées parmi les officiers ou les sympathisants du roi. Les documents concernant ces ateliers maçonniques ne sont pas nombreux, mais du moins connaît-on leur titre distinctif : ‘‘Saint-Thomas’’ à Saint-Germain, ‘‘La Constance’’ à Arras, ‘‘Amitié et Fraternité’’ à Dunkerque, ‘‘Les Ecossais Fidèles’’ à Toulouse, et deux loges militaires, ‘‘La Bonne Foi’’ et ‘‘La Parfaite Egalité’’. Ici encore il semble bien que les seuls témoignages palpables concernant cette franc-maçonnerie catholique et jacobite nous soient apportés par des musiciens.

Les malheurs du roi d’Angleterre, puis ses tentatives pour reconquérir le pouvoir, la mélancolie enfin de la cour de Saint-Germain, ont inspiré successivement au moins deux musiciens : Nicolas Derosier, guitariste et compositeur dont la biographie est mal connue, puis le grand François Couperin. Sous le titre ‘‘La fuyte du Roy d’Angleterre’’, Nicolas Derosier a écrit une longue suite instrumentale décrivant successivement La fuyte du roy, La navigation du roy, L’arrivée du roy, La réception du roy (à Saint-Germain), Le voyage à Versailles, L’entrevue (avec Louis XIV), La plainte (Jacques II raconte ses malheurs, en bégayant, au roi de France), La consolation, La marche de Brest (pour tenter de reconquérir l’Irlande, il va, avec ses troupes bien rééquipées s’embarquer à Brest), La Dieu (les adieux du roi de France), et enfin La réjouissance et Les bourgeois, pièces décrivant des événements ainsi relatés par un chroniqueur : « … les routes d’Irlande étaient sillonnées de partisans, armés d’épieux, qui accouraient pour acclamer Jacques II, le sauveur de leur race… ; des cornemuseux venaient jouer devant le roi, cependant que les villageois se livraient, sous ses yeux, à des danses rustiques…  le 24 mars 1689, le roi fit son entrée solennelle à Dublin, où l’enthousiasme était au comble : les rues étaient jonchées de fleurs et de verdure… harpes et cornemuses rivalisaient d’ardeur ».

Malheureusement, ce magnifique succès militaire et politique allait bientôt être suivi de l’effroyable défaite de La Boyne, et Jacques II devait repartir précipitamment pour la France. Il mourrait pitoyablement au château de Saint-Germain en 1701. De cette tristesse, bien entendu, l’aimable suite de Derosier ne souffle… note ; mais avec l’avènement, en exil, de Jacques III, fils du feu roi, âgé de 12 ans, les espoirs et les complots des Stuartistes allaient reprendre force et vigueur. Malgré les difficultés d’argent considérables, la cour de Saint-Germain poursuivait ses activités mondaines et politiques, fortement soutenue par Louis XIV, pour lequel elle avait valeur exemplaire de fidélité à la Légitimité.

De cela, François Couperin témoignera avec bon nombre de ses pièces de clavecin, dont les titres mystérieux font les nuits blanches des musicologues. Bien sûr, il nous est facile de comprendre l’allusion de la pièce intitulée Les plaisirs de Saint-Germain-en-Laye (1er livre de pièces de clavecin, 1er ordre, 1713),… Il en va de même pour la gigue La Mylordine (1er livre, 1er ordre), dans la même tonalité mélancolique, mais bien gracieuse avec ses deux menuets conclusifs. Les culbutes Jxcxbxnxs (3e livre, 19e ordre, 1722), dont le titre ne mettra pas à rude épreuve la sagacité du lecteur, moque gentiment l’effervescence politique des émigrés. La Princesse Marie (4e livre, 20e ordre, 1730), suivie d’un Air Polonais, évoque tout simplement le mariage de Jacques III avec la princesse Marie Sobieska, fille du roi de Pologne Jean Sobiesky, en 1719.

Les titres d’autres pièces sont autrement hermétiques. […] Elles attirent d’autant mieux l’attention de l’historien franc-maçon que, suivant certains auteurs, à dire vrai peu sûrs, les premières loges féminines auraient été établies dès le premier exil, au milieu du XVIIe siècle autour de la reine Henriette. Mais il y a plus étonnant encore, et plus précis, avec Les Calotins et les Calotines ou La Pièce à tretous (3e livre, 19e ordre, 1722) qui voisine avec les Culbutes Jxcxbxnxs. Si le dernier terme du titre (La pièce à tretous) demeure un peu mystérieux, selon le vœu du compositeur, nous savons maintenant que ‘‘Calotins’’, curieusement au XVIIIe siècle est le terme employé par certains auteurs anti-maçonniques pour stigmatiser les membres de l’Ordre. Lorsque le musicien Travenol entend dévoiler quelque bon frère, il le fait sous la forme de ‘‘brevet de calotte’’, courtes pièces de vers, bien souvent injurieuses ou diffamatoires. Quant aux ‘‘Calotines’’, il est facile de comprendre que ce sont les Sœurs appartenant à une organisation comparable aux loges d’adoption, qui foisonneront quelques lustres plus tard. […]

Ne quittons pas la cour de Saint-Germain sans indiquer que les relations des prétendants catholiques à la couronne d’Angleterre avec la franc-maçonnerie allaient se poursuivre longtemps encore. En 1745, à la veille de s’embarquer pour tenter de reconquérir sa couronne avec l’appui des Ecossais le TTT\ III\ FFF\ prince Charles-Edouard Stuart, petit-fils de Jacques II, aurait fondé à Arras un atelier maçonnique supérieur, le ‘‘Souverain Chapitre’’ (Rose+Croix) ‘‘d’Hérédom’’ que certains historiens considèrent comme l’initiateur de la maçonnerie dite ‘‘Ecossaise’’ de hauts grades. Cet atelier devait essaimer à Paris où le Souverain Chapitre dit ‘‘d’Arras’’, se réclamant expressément de la patente délivrée par le Prétendant, était encore florissant au début du XIXe siècle… et comprenait de nombreux musiciens sur ses colonnes.

 

Chap. II – Cantiques, chansons et cantates maçonniques (page 19)

En dépit de l’immense activité des maçons jacobites, tant en France qu’en Angleterre, où ils fréquentaient sans difficulté les loges ‘‘orangistes’’ constituées en majeure partie de protestants, c’est à Londres, et sous l’impulsion de deux pasteurs, le français Jean Théophile Desaguliers et James Anderson, qu’eurent lieu les événements qui devaient décider de l’avenir de la franc-maçonnerie spéculative. Ce fut tout d’abord, en 1717, la création d’une Grande Loge, présidée par un Grand Maître, puis en 1723, la publication ne varietur des Constitutions de l’Ordre, rédigées par une commission d’érudits résidée par le pasteur Anderson. Ce texte, bien entendu des plus sérieux, était cependant accompagné de quatre chansons maçonniques, avec leur musique, respectivement : ‘‘The Master’s Song : or the History of Masonry’’ (‘‘Chanson du Vén. Maître : ou l’Histoire de la Maçonnerie’’), ‘‘The Warden’s Song’’ (‘‘Chant du Surveillant’’), ‘‘The Fellow-Craft’s Song’’ (‘‘Chanson des Compagnons’’) et enfin ‘‘The Enter’d’Prentices Song’’ (‘‘Chant de réception des Apprentis’’). […]

En fait, ce sont essentiellement les francs-maçons français qui allaient donner suite aux initiatives musicales de Desaguliers et Anderson, et fournir par milliers les compositions maçonniques dont – hormis l’Angleterre – s’inspirerait l’Europe entière. Une certaine anarchie avait tout d’abord régné dans les loges françaises, les unes d’origine stuartiste, les autres créées directement sous les auspices de la Grande Loge de Londres, la plupart ignorant tout lien obédientiel.

La création d’une Grande Loge à Paris allait peu à peu permettre d’organiser non sans difficulté, le corps maçonnique français… d’où la chanson ne serait pas absente.

[…]

1 comment

  1. Gérard Manvussat

    La musique maçonnique n'existe pas en tant que telle. Il n'y a aucune règle spécifique de composition pour une musique qui se voudrait maçonnique. Par contre les sujets traités dans les pièces musicales peuvent avoir un fondement maçonnique, la plus célèbre étant "die zauberflöte" de Mozart (la flûte enchantée). On peut citer aussi "la quête" de Jacques Brel, ou encore "quand les hommes vivront d'amour" de Vigneault, Leclerc et Charlebois. Dans le film "Jonathan Livingston le goéland", c'est le récit qui est initiatique, pas la musique. Dans tous ces cas ce sont les livrets, les paroles ou les scénarios qui sont d'inspiration maçonnique. Une musique n'est "maçonnique" que si elle s'appuie sur un sujet maçonnique. J'ai eu beaucoup de discussions sur ce sujet, et personne n'a encore pu me prouver le contraire.

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