Les Devoirs enjoints aux Maçons libres

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Morceaux de textes choisis

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 Travail 

Les Devoirs enjoints aux Maçons libres

 Thème 

Honte à ceux qui acceptent une charge qu'ils ne peuvent porter  

 Auteur

Elisabeth Mutel ……

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Deux mots-clés du vocabulaire maçonnique sont annoncés au Récipiendaire dès son Initiation. Deux mots-clés qui constituent une partie de l’armature de l’Idéal maçonnique : Travail et Devoir. Dans la suite de la démarche maçonnique, ces deux mots prennent un sens réellement exégétique, soit l’interprétation philologique et doctrinal d’un texte, en l’occurrence pour l’Initié, les Rituels dont le sens peut lui paraître obscur, puis par la suite plus limpide. En effet, le Rituel deviendra son guide, voire un support indispensable à l’Idéal maçonnique, sans lequel l’éthique enseignée par l’Ordre serait incomplète et inconsistante. Toutefois ce guide ne peut être accompagné qu’avec le secours des Surveillants qui se placent en éclaireurs.

Au préalable, le profane appelé à être admis au sein de la Fraternité est interpellé avant son entrée dans le Temple par trois questions d’Ordre (désignées en d’autres Rites sous l’appellation de Testament philosophique) qui ont en commun des Devoirs, pris au pluriel :

  • Quels sont les devoirs de l’homme à l’égard de Dieu ?
  • Quels sont les devoirs de l’homme envers l’Univers, les êtres ?
  • Quels sont les devoirs de l’homme envers lui-même et l’Humanité ?

L'Initié est mis sur la voie des Devoirs dès son entrée dans l'Ordre, ne serait-ce que par l'Instruction du Grade d'Apprenti par la question ''Quels sont les Devoirs du Maçon ?'', à laquelle la réponse à donner est ''Fuir le vice et pratiquer la Vertu''.

Dès le deuxième Grade, la glorification au Travail est brandie avec constance, parce que le Travail est le propre de l’homme lui permettant d’occuper la place d’un être bien présent et actif dans la Création, un être devinant sa parcelle divine et intime, un être persuadé de son utilité d’homme dans la société, par l’apport de ce qu’il a de meilleur pour les autres. Ainsi, dans pareil cheminement, le Maçon saisit sa place d’Initié au sein de la Fraternité à laquelle il apportera sa contribution à l’œuvre commune.

L’occultation du Devoir serait impensable dans l’Idéal maçonnique, et celui-ci insaisissable sans le Travail qui en soit n’est que l’un des aboutissements moraux du Devoir : le devoir de respecter l’Autre, le devoir de se bâtir lui-même par son travail intérieur, le devoir de bâtir par sa modeste contribution, puis ensuite par des apports avertis, un monde meilleur pour ses semblables et ses Frères. Le premier objectif du Franc-Maçon consistera donc pour lui à prendre en main sa propre destinée initiatique au sein de la Loge maçonnique.

Suivant les fameuses Constitutions d’Anderson, en 1735, un texte maçonnique complémentaire fixe les Devoirs enjoints aux Maçons libres. Le Devoir est une notion aux définitions multiples. La conception du Devoir s’applique en première instance aux devoirs de l’homme au sein de la cité ; et à l’identique il se projette en acteur au sein de la Loge, où il s’engage, devant l'assemblée, au respect des promesses dictées par les Obligations d’Ordre qu’il est librement appelé à prononcer. Ce sont les Devoirs, Charges et Obligations auxquels il souscrira progressivement à chacun des Passages qu’il franchira tout au long de son parcours maçonnique. La connaissance et la pratique réelles de ces nombreux devoirs envers la Société restent une charge naturelle pour une élite morale et non seulement cérébrale, dont l’action civilisatrice et humaniste se traduit de manière visible dans la recherche constante de l’amélioration matérielle et morale pour l’homme-citoyen. Cette recherche est un moteur, telle une ligne de conduite, invariable pour l’homme Initié aux Mystères de la Franche Maçonnerie primordiale, qui s’appuie non pas seulement sur des lois citoyennes, mais des lois morales et humaines qui entrent dans la vocation de l’Institution maçonnique. Ainsi, notre rituélie suggère de poursuivre dans le monde profane l’œuvre commencée dans le Temple. Il y a donc bien lieu d’appliquer toutes les bonnes résolutions, si touchantes et éveillées dans l’égrégore de la Chaîne fraternelle (dite Chaîne d’Union en d’autres Rites que le REP), pour que celles-ci ne tombent pas dans une vacuité purement théorique ou même rhétorique. La Franc-Maçonnerie est réellement un Ordre de bâtisseurs dans le sens concret du terme, au sein duquel le simple intellect oiseux n’a pas sa place, dès lors qu’il serait susceptible d’appauvrir tout Idéal de la considération humaine et ses valeurs, dans une confusion entre humain, humaniste et humanitaire, le tout dans un phénomène d’emphase populaire.

Bon nombre de Francs-Maçons ont certainement planché sur le Devoir, sinon sur les Devoirs prescrits pour la bonne marche et paisible de la Loge dans laquelle ils prennent place ou Office. Le Devoir qui nous intéresse ici, se concrétise au-delà des trois Grades symboliques dans une finalité qui n’est autre qu’une prise de responsabilité par certains Membres. En fait, le Devoir revêt une autre dimension pour celui qui est appelé à monter sur le Trône (en d’autres Rites que le REP, il est dit Vénérable en chaire, voire installé dans la Chaire du roi Salomon !!). Au préalable, il est bon de rappeler que la Franc-Maçonnerie implique des Devoirs et elle crée des Charges morales que le premier Maillet accepte en toute connaissance, conformément à la logique de son engagement à présider les Travaux en Loge.

Le Maître installé, appelé à rendre son Office durant les Travaux aux trois Grades symboliques, est reçu au quatrième Grade du REP. A cet égard, nous croyons utile de rappeler le propos de Robert Ambelain qui évoque l’Exaltation d’un Maître de Loge :

‘’ Ce terme désignant la proclamation d’un Compagnon (comprendre Compagnon fini en voie de devenir Maître-Maçon) au rang de Maître de Loge, vient du latin exalto, signifiant ‘’élevé’’, ‘’glorifié’’ […], pour preuve, ce qu’en disent les Constitutions d’Anderson en leur première édition de 1723. Ce Rituel est associé à celui de la constitution d’une nouvelle Loge […]. Les candidats, c’est-à-dire le Maître de Loge élu et les Surveillants, se trouvant encore parmi les Compagnons, le Grand Maître demandera à son Député s’il les a examinés et s’il trouve le candidat au Grade de Maître parfaitement habile dans la noble Science et l’Art royal, dûment informé de nos Mystères, etc. […] ’’. 

Par ailleurs, les Règlements Généraux d’Avignon de 1714 précisent, en leur article XVI, le propos du Vénérable descendant de Charge qui s’adresse à son successeur dans les termes suivants : ‘’Je vous remets mon Frère la clef d’un Temple qui ne doit jamais être ouvert qu’aux hommes qui se dépouillent des vaines distinctions humaines et qui n’y viennent que pour pratiquer la vertu. Ce Maillet doit servir à faire exécuter vos ordres : faites qu’ils soient agréables à tous vos Frères ; et n’oubliez jamais que vous n’êtes que le premier entre vos égaux’’. Ensuite, il l’embrasse et son successeur prêtera serment de soumission. Enfin, par son Obligation d’Ordre au REP, le Vénérable promet et s’engage à faire observer très exactement et scrupuleusement le bon ordre dans l’Art royal de la Franche Maçonnerie, d’y faire suivre exactement les Statuts, Rites et Usages, promettant lui-même de s’y conformer, et de ne rien modifier ni innover.  Ainsi, le Vénérable qui préside les Travaux s’engage à respecter les Rituels A LA LETTRE, sans omission, ajouts ou altération, qui ne seraient alors que des fantaisies inadmissibles et contraires à son engagement, nonobstant bien sûr des débuts au cours desquels il n’aurait pas encore acquis la maîtrise d’une rituélie sans ‘’faute’’ ou presque.  Le Devoir révélé au Maître de Loge, titulaire du 4ème Grade de Maître de Saint Jean, dit Maître installé, est un Devoir de l’esprit qui touche individuellement chaque désigné ou élu au Vénéralat dans une dimension métaphysique, c’est-à-dire au-delà de sa condition d’homme responsable. L’instruction de ce quatrième Grade du REP est jalonnée de formules péremptoires ayant trait à la notion et à l’application de ce Devoir chez un Franc-Maçon engagé, faute de quoi sa quête initiatique ne serait qu’illusoire sinon ludique. A défaut du respect entier de la rituélie, comment peut-il assurer la Transmission s’il tronque inutilement une partie de la symbolique contenue dans les Rituels de chaque Réception à un Grade ?

Parallèlement à ce qui précède, une question demeure dans une des valeurs touchant à la Morale et l’Honneur qui font l’objet de l’intitulé du présent exposé : ‘Honte à ceux qui acceptent une charge qu’ils ne peuvent pas porter’.  Le Devoir relève d’une charge morale qui fait la grandeur de l’homme, où son engagement l’élève par son acceptation et sa promesse d’honorer les Charges que l’Ordre lui a conférées. Quelles sont ces Charges, parmi les plus essentielles, qui méritent d’être soulignées ?  Retenons-en seulement quatre dont l’irrespect appauvrirait la quête initiatique. Le Franc-Maçon, dès son Initiation, et a fortiori les Officiers s’engagent :

  • à pratiquer une réelle assiduité aux Tenues régulières,
  • à adopter avec sincérité de cœur un comportement fraternel mais sans complaisance superfétatoire envers les Membres de la Loge,
  • à destiner leur présente vie dans la taille de leur Pierre personnelle et assumer leurs responsabilités,
  • et, enfin dans leur impérieux Devoir de Transmission.

La première de ces obligations est une condition sine qua non pour avancer et faire progresser ses Frères dans la voie initiatique, vers le bénéfice de la Connaissance offert généreusement par la Sagesse de chacun d'eux. Nous ne sortons jamais bredouilles d’une Tenue, car le ‘’Salaire’’ nous attend toujours sur les deux Colonnes. L’assiduité est le premier exemple à donner. La Loge est un cercle différent de celui du monde profane. On y fait vivre un sentiment si rare, un sentiment qui donne cette dimension particulière à l’Idéal qui unit tous les Frères, du plus jeune au plus âgé, dans la Fraternité maçonnique. Il est vrai, la Loge et les Membres qui la composent, est un microcosme où règnent les affinités ; aussi est-il inutile de forcer et fausser la Fraternité qui se trouverait dissimulée. Un comportement de respect mutuel dans la tolérance impose rigueur en toutes circonstances. Voilà donc un deuxième exemple à donner et la vraie Fraternité viendra naturellement s’installer dans le cœur de chacun, sous le regard et l’animation vivifiante du Maître de Loge qui veillera à ce que l’Harmonie et à la Concorde règnent entre tous. Une qualité essentielle prend sa place dans cet apostolat qu’impose la direction d’une Loge : l’HUMILITE.

Quel est l’intérêt de notre engagement en Franc-Maçonnerie ?  Nous y recherchons un intérêt majeur autant que fondamental : celui de notre possible perfectibilité par la taille de notre Pierre personnelle, c’est-à-dire un Travail intérieur sur nous-mêmes afin de tuer le vieil homme avec ses scories d’a priori et le mauvais Compagnon susceptible de sommeiller encore en nous. Et là, les Trois Maillets ont leurs acquis pour piliers, leur influence rectificative pour guide, leur patience à corriger les imperfections, et plus généralement la connaissance des Grades symboliques pour orienter les plus jeunes, y compris les nouveaux Maîtres.  Quel intérêt prendrait alors l’engagement maçonnique des Trois Maillets de la Loge, dans l’encadrement des Apprentis et des Compagnons, sans le recours aux outils symboliques pour construire le Temple Intérieur de chacun et le Grand-Œuvre ?  Voilà une mission bien lestée, mais que le Vénérable et les Surveillants ont juré de porter ; Charge certainement lourde car la construction est toujours plus ardue que la destruction.  En outre, et tous le savent parfaitement, le Maître de Loge est appelé à aller loin dans la voie initiatique. Son engagement devient alors une double-charge, dont celle complémentaire et supplémentaire de s’impliquer efficacement sur sa perfectibilité individuelle en qualité de Maître de Saint Jean. Il est en effet conduit, pour la parfaite Transmission qu’il doit à ses ‘’subordonnés’’, à travailler sur la Vérité que personne ne détient, car celle-ci n’est pas une. En effet, s’il peut y avoir de multiples vérités, les différences ne sont que nuances voire richesses. Selon le vœu que chacun se fait d’un Idéal initiatique, toutes les paroles restituées (et non les mots substitués qui ne sont que contre-sens), telles les Pierres taillées, doivent s’imbriquer harmonieusement pour donner une première assise à notre Temple universel tant attendu et espéré. Voilà ainsi résumé en quelques mots le plus beau et le plus difficile Devoir du Franc-Maçon et celui de nos Dignitaires. Ce n’est plus l’exemple à donner par chacun mais à influer à tous pour que l’image même de la Franc-Maçonnerie soit fidèle à sa pure vocation d’un enseignement initiatique.  Nous avons tous juré, lors de notre Initiation première, de porter ces charges morales à un sommet le plus élevé de la Dignité et de l’Honneur. Normalement, nous possédons tous les outils symboliques pour travailler à notre Grand-Œuvre. Malheur à notre conscience de Franc-Maçon si nous devions faillir à notre promesse, au renouvellement de nos engagements prononcés à chaque passage à un Grade supérieur, malheur à notre honneur si nous ne sommes pas capables d’assumer les Charges que nous avons acceptées.

Pour mémoire, est repris le premier des neuf commandements écrits par Constant Chevillon (1934), sous le titre ''Du gouvernement de l'Ordre'' :

Ô toi, qui tiens entre tes mains le gouvernement d'une partie de l'Ordre, inspire toi des leçons de nos Maîtres. Sache d'abord qu'après ton accession à une dignité de l'Ordre, alors seulement commencent les obstacles et les difficultés, car avoir la charge est une chose, mais la conserver avec utilité est une autre chose. Tu devras d'abord te rendre compte que seul ton mérite et seule la confiance de tes chefs légitimes t'ont par une lente succession confié des tâches de plus en plus ardues et que tu devras avoir à cœur d'augmenter le patrimoine spirituel qui t'aura été confié. Il faut qu'à ton départ pour l'Orient Eternel, le plus bel éloge que l'on puisse faire de toi soit : L'Ordre l'a élevé, il a élevé l'Ordre.

En conclusion, nombreux sont les Devoirs et Obligations et peu de droits pour nos Trois Maillets, mais qu’importe puisque Gloire est rendue au Travail.

J'ai dit.

(Travail déposé sur le site en octobre 2020)

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