Les Rites d’épées

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Morceaux de textes choisis

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Travail

…. Le REP, un Rite d'épée

     Le symbolisme de l'Epée

Thème

     Epées et Glaives au Rite Ecossais Primitif       

Auteur ….. Un Chevalier de Saint André de l'Ordre du REP    

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Connu depuis l’âge du bronze, au glaive lui sont substituées au cours des siècles, l’épée et la lance plus longues et adaptées au combat. Glaives et épées restent toutefois une pièce d’arme offensive et défensive, pour ensuite s’affirmer comme une arme de prestige. Le terme épée date du vieux français (l’an 880) espée, spede, du latin spatha ou épée longue, que les guerriers portaient au côté placée dans un fourreau, contrairement au poignard ou à la dague qui ont une lame courte.  Décrite comme une arme blanche formée d’une lame aigüe, l’épée large et droite avec une gouttière centrale, a été reprise en acier à double tranchant pour être moins lourde. Munie d’une poignée avec garde et pommeau, elle était tenue à deux mains par les combattants et conquérants. L’action de trancher prend sa racine du latin populaire, trinicare (couper en trois) pour mettre un terme définitif, par le tranchant de l’épée, à la vie de l’adversaire. De fait l’épée devient le symbole de la justice temporelle. Du Moyen-âge au XVIe siècle, outre les militaires, elle était portée par les gentilshommes issus de la noblesse ou anoblis et les bourgeois, flattés d’être dotés de cet accessoire d’apparat qui conférait égalité à tous.

Le glaive est un mot emprunté au gaulois cladio, du latin gladius qui a donné gladiateur, lequel portait à sa victime le coup fatal en frappant d’estoc, par la pointe d’une lame courte sans tranchant, afin qu’elle soit plus percutante contre toute armure ; tandis que frapper de taille permettait de porter le coup funeste avec le tranchant de la lame. Quant au sabre employé dans l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie, il est une arme blanche courbée et courte d’estoc plus dangereuse et plus mortelle que la taille. Il était préconisé par Napoléon ordonnant de frapper de l’estoc du sabre lors des combats. L’estoc a donné l’expression ‘’porter l’estocade’’ signifiant ‘’mettre à mort’’ ou achever.

Dès la première croisade (1095), des expéditions militaires accompagnant les chrétiens en Terre sainte forment un ‘’pèlerinage en armes’’ dont les volontaires sont appelés ‘’pèlerins armés’’, désignés ensuite sous le terme de croisés. Plus tard à partir de 1129, entrent dans la guerre sainte et les croisades suivantes les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon rassemblés par l’Ordre du Temple. Ce sont des Chevaliers directement appelés par Saint Urbain (1455-1460) qui prêche la croisade en appelant aux armes toute la chrétienté et les Chevaliers formés à la guerre. Ceux-ci ayant préalablement prêté le Serment du Chevalier, revêtus de la cotte de maille, cuirasse, brassards et éperons dorés, et après avoir ceint leur glaive sur leur flanc, ils recevaient trois coups du plat de l’épée sur la tête et les épaules, puis le dernier affront par la collée. En présence du Seigneur, le prêtre leur disait alors ‘’Au nom de Dieu, je te fais Chevalier. Sois pacifique, vaillant, fidèle et dévoué à Dieu’’. S’ils venaient à faillir à leur honneur et à leur devoir, la lame de leur glaive était brisée. Ils deviendront les Templiers qui manieront épée et glaive. Ce sont les Chevaliers du Temple que nous retrouvons dans la rituélie du Rite Ecossais Primitif au septième Degré.

Parallèlement à la justice des hommes, l’Eglise s’empare du glaive pour incarner la justice divine, pris en tant qu’arme spirituelle pour punir les infidèles et les apostats. L’iconographie chrétienne en fait un attribut de Saint Michel et de Saint Paul.

On découvre l’Epée dans la Bible, où il est écrit : ‘’Le Seigneur mit des Chérubins dans le jardin de délices qui faisaient étinceler une épée de feu pour garder le chemin qui conduit à l’Arbre de Vie’’ (Genèse, III, 24).  Nous rappelons ici la place de l’or dans la Bible. Associé à la Sagesse, la foi et la connaissance, l’or métal noble, précieux et brillant, incarne la sagesse céleste dans toute sa splendeur. D’un métal inaltérable, il est associé à l’éternité, à la lumière et à la puissance divine. D’une pureté incomparable à celle d’autres métaux, il est la couleur de l’éclat religieux, que Moïse a reprise pour le culte de Jéhovah dans la fabrication de l’arche de l’alliance, coffre en bois d’acacia recouvert d’or pur, comme la table des offrandes, l’autel des parfums, et le chandelier à sept branches.

Ainsi, bon nombre de Rites ont adopté la couleur de l’or pour les flambeaux, dont celui de l’autel d’Orient. Les Rituels du REP précisent dans leur instruction du deuxième Grade, que le Maître de Loge est vêtu d’or et de rouge, l’Or signifiant la Richesse et le Rouge la Sagesse, deux dons que le Grand Architecte de l’Univers accorda à Salomon.  Ainsi, les draps qui recouvrent les plateaux des Officiers et l’Autel d’Orient sont de couleur rouge, tout comme les bougies à plusieurs Grades du REP. Tant les Bijoux des Officiers que les symboles brodés (dont l’Etoile flamboyante à six pointes) sur nos Sautoirs entièrement rouge ponceau, sont de couleur or. Il en est de même pour l’Epée employée au REP, dont la garde, la poignée cruciforme et le pommeau sont de couleur or.  En occident, le glaive symbolise la justice prenant place à côté de la balance pour figurer la force et l’équité.  Nous n’abordons pas dans ce Travail, l’Epée dite flamboyante qui n’est pas de mise au REP, parce que la lame traditionnelle de l’épée est droite.

L’héraldique prend sa racine du mot héraut, lequel signifiait celui qui annonçait les chevaliers appelés au tournoi ou ceux porteurs de déclarations de guerre. La fonction du héraut est à rapprocher de l’office de l’Ecuyer qui avait le privilège de l’immunité diplomatique en terre ennemie.  Depuis le Moyen-âge, elle est l’étude des armoiries et de la science du blasonnement. Pour les Chevaliers, le langage héraldique reprend fréquemment l’Epée peinte sur un écu (écusson ou bouclier du chevalier), dont le pommeau de la poignée peut figurer à l’extrémité basse de l’écu et à la verticale la lame droite effilée en pointe vers le haut. En héraldique, outre le rouge (dit Gueules), deux couleurs (métaux or et argent, nobles par excellence) sont utilisées pour la représentation de l’épée. Elles peuvent être schématisées comme suit, à l’épée au naturel d’argent, à la garde, la fusée et le pommeau d’or, où :

  • le blanc (pour la couleur argent) appliqué à la lame de l’épée symbolise la pureté et la droiture. Au plan sacré, le blanc représente l’emblème de la Divinité, où le blanc marque son Unité indivisible ;
  • le jaune (pour la couleur or) réservé à la garde, la fusée et le pommeau, renvoie la couleur du soleil qui, depuis les cultes antiques, évoque l’union de l’Âme à Dieu, mais pour rappeler aussi la richesse, la puissance et la force du Chevalier.

Dans les Rituels maçonniques,

l’épée tient une large place dans un grand nombre de cérémonies initiatiques. Sous Louis XV, comme précisé ci-avant, elle était portée seulement par les gentilshommes et les militaires pour devenir une empreinte commune d’égalité appliquée aux Frères des Loges de la Maçonnerie spéculative, où tous ont droit à en faire un usage codifié. A partir du XVIIIe siècle, l’épée est maintenue dans les Usages maçonniques, telle un des symboles du feu, au même titre que la lance, la faux, le marteau, instruments qui peuvent produire une blessure.  Néanmoins, Epée et Gaive représentent des outils chargés d’un symbolisme profond au plan mystique, ésotérique et initiatique. Par son antériorité, l’emploi de l’Epée au sein du Temple maçonnique a gardé ses symboles séculaires, dont celui du commandement et de l’exécution des devoir avec honneur et probité. L’Epée conférait la force dans l’action protectrice servie par le Chevalier, défenseur de la foi, auprès de la veuve et de l’orphelin. Toutefois, elle constituait surtout une parure, pour figurer d’abord dans le cérémonial des prestations de Serment. Selon les Rituels, dont le REP, elle fut reprise dans le cadre du cérémoniaire de Réception, ou encore dans celui de l’accueil de Grands Dignitaires sous Voûte d’acier, laquelle offrait une manifestation honorifique qui leur est rendue en hommage. Il est à observer que son emploi était systématique lors des cérémonies chevaleresques.

Une parenthèse est ici ouverte, quant à la disparition au REP de la Canne (végétal) au profit de l’Epée et de sa lame (minéral), même si la Canne du Maître des Cérémonies en d’autres Rites se trouve être dans le prolongement naturel du Maillet commun à tous les Rites, tous deux émanant du règne végétal. En effet, il convient de souligner que l’Epée porte en elle une symbolique alchimique liée à l’aimant qui seul peut véhiculer le Mercure Philosophique. C’est la raison pour laquelle, lors de la Réception à un Grade ou à un Degré, une seule Epée est en action, en l’occurrence celle du Maître de Loge ou de celui qui préside aux Travaux, pour constituer le Récipiendaire et lui conférer un nouvel état en différentes séquences. La Voûte d’acier fait exception, et ce pour servir le cérémoniaire de Réception de Dignitaires à qui l’on veut rendre hommage. C’est pour cette raison que l’usage de l’Epée n’est pas strictement issu de la Chevalerie, ainsi que le rappelle Robert Ambelain qui prend soin de préciser que le port de l’Epée, appliqué aux usages maçonniques, était alors accordé aux ‘’bas-Officiers’’, et donc par voie de conséquence adopté par les Loges militaires.

Au REP, comme en certains Rites, Epée et Glaive sont destinés à former un écran protecteur qui abrite l’Impétrant de toute influence extérieure. Enfin, l’Epée est employée dans les Ordres chevaleresques et n’a guère d’importance dans la Maçonnerie anglaise où elle est seulement confiée au Tuileur et reprise pour la Voûte d’acier.  Ainsi, le REP n’entre pas dans le cadre des Rites de Canne (ou de Bâton proche du Compagnonnage et des Rites forestiers), qui concernent davantage la Franc-Maçonnerie moderne et non la Franc-Maçonnerie d’essence purement écossaise et irlandaise. Les Rites de Canne sont rattachés au règne végétal avec la Canne, comme la corde qui relie les Apprentis dans une Initiation, ou encore le Bâton du Compagnon et bien sûr la Canne du Maître des Cérémonies, alors que l’épée est à rapprocher du règne minéral, comme précisé ci-avant.   En outre, le REP est souché, d’une part sur les Loges régimentaires militaires composées des Jacobites qui ont suivi le roi Jacques II, et d’autre part c’est Jacques II, roi d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, qui a rouvert en 1689 la filiation chevaleresque en l’Ordre de Saint André du Chardon, berceau de la filiation des Loges de Saint Jean et des Loges de Saint André du Rite Ecossais Primitif.

Dans les Loges maçonniques au Rite Ecossais Primitif,

l’épée est une pièce simple et dépourvue de tout ornement, sa lame est droite et la garde est en forme de croix tréflée (couleur or). Dans le Temple, après avoir pris place sur les Colonnes et les Dignitaires siégeant à l’Orient, tous sont munis de l’Epée, y compris les Apprentis qui auront reçu l’instruction appropriée à son maniement. Celui-ci varie selon les positions des Membres présents à l’Orient ou sur les Colonnes, également pour les deux Officiers porteurs de l’Epée durant les Travaux.

L’épée du Vénérable est à l’identique des Epées portées par tous les Membres, au titre d’une arme symbolique, dont le double tranchant représentant d’une part la justice et d’autre part la défense au sein de la Loge et du Temple. Il déclare l’ouverture et la fermeture des Travaux, l’épée en main gauche, pointe haute, le pommeau appuyé sur l’Autel, et la redépose ensuite sur l’autel d’Orient (et non sur la Bible comme en d’autres Rites, dont le RER et la SOT), et en ce cas elle est dite ‘’dormante’’. Elle est disposée de telle façon à lui permettre de saisir directement la poignée de l’Epée, à partir de la main gauche, le pommeau dirigé vers l’Orient et la pointe vers l’Occident, parallèlement aux Colonnes du Nord et du Sud, et sans couper l’Orient de l’Occident.

Arme de commandement, l’épée du Vénérable joue un rôle essentiel dans la Transmission des Grades et Degrés.

Elle est portée par le Frère Terrible (l’Expert ou l’Introducteur en d’autres Rites), pour être une arme protectrice qui écarte les profanes et vérifier la qualité maçonnique des Visiteurs avant leur entrée dans le Temple. Les fonctions du Frère Terrible, placé à la porte d’Occident, vont dans le sens de l’intérêt collectif des Membres de la Loge. Il est donc armé d’un Glaive ou Epée, comme l’Ange exterminateur pour mettre à l’épreuve la sensibilité des Maçons invités aux Travaux. Muni de l’Epée, il procède à l’inspection des abords du Temple, afin de s’assurer qu’aucun Profane ne puisse troubler les Travaux. A cet effet, son bijou d’Office représente un Glaive, lame verticale pointe basse, symbole de sa vigilance et de sa détermination à protéger le Temple. Au plan cosmique, il est associé à Pluton, gardien des lieux sombres où sont forgés les métaux.

Le Maître des Cérémonies, gardien du bon déroulement des Travaux, siège sur la Colonne du Nord au plus près de l’Orient. Il représente Mercure, le messager, dont le principe est le mouvement. Il travaille avec le Frère Terrible. Si l’épée du Frère Terrible figure la protection des lieux, celle du Maître des Cérémonies représente le bon ordre des Travaux dans la force et l’action ; elle est une arme d’Honneur. Tous deux sont à la disposition du Vénérable dans les actes rituéliques, comme nous le verrons ci-après. Son bijou d’Office comprend deux épées entrecroisées à l’oblique, pointes dirigées vers la Terre (matière et temporel), la garde vers les Cieux (spirituel et intemporel), séparées d’une canne verticale qui relie ce qui est en-haut à ce qui est en-bas. On peut donner une autre signification aux deux épées entrecroisées du bijou, dont l'une appartiendrait au Vénérable (telle l'une des clefs du bijou du Trésorier) pour figurer le commandement, et la seconde au Maître des Cérémonies chargé de l'ordonnancement des Travaux en Loge.

Plus généralement, l’épée maçonnique reste une arme prête à défendre les causes justes, lame droite pointe haute, contrairement à une lame à l’oblique dirigée contre le Récipiendaire alors innocent de tous crimes, à l’exemple de la Réception d’un Apprenti (cf. Rituel du REP au 1er Grade).

Enfin, nous précisons que le REP, est bien un Rite d’Epée, dans lequel l’Epée n’a pas vocation à jouer le rôle de la Justice des Tribunaux, ni un Rite ténébreux ou un Rite noir de vengeance, sentence ou violence, mais un outil aux origines militaire et du combat chevaleresque.

Outre la Voûte d’acier qui se veut rendre un Honneur chevaleresque, comme précisé ci-avant, l’Epée est employée par tous les participants aux Travaux, debout, Glaive en main droite :

  • à l’occasion du cérémonial de Réception d’un Profane, pour conduire et diriger le futur Apprenti qui tient l’Epée des deux mains nues posées sur le plat de la lame, durant les épreuves de l'Initiation au Grade d'Apprenti. Cette position des deux mains sur l'Epée constitue le premier élément ''choc'' et contact physique de l’Apprenti lors de l'Initiation aux Mystères maçonniques d'un Rite de tradition écossaise,
  • lors des prestations de serment au Grade de Compagnon et au Grade de Maître-Maçon, le Vénérable pose respectivement sur la tête des Compagnons la lame de l’Epée qu’il frappe de cinq coups de Maillet. Pour, la réception au Grade de Maître, posée sur la tête de l’Impétrant, il frappe la lame de l’épée avec le Maillet à neuf reprises,

l’Epée accompagne également le Maître des Cérémonies et le Frère Terrible durant leur déplacement dans le Temple et les Cérémonies, notamment pour :

  • l’introduction dans le Temple de tous les participants aux travaux,
  • l’inspection des Parvis par le Frère Terrible qui sort du Temple muni de l’Epée pour reprendre sa place sans frapper à la porte du Temple,
  • produire un cliquetis lors des trois Voyages initiatiques au premier Grade, les épées de tous les Membres se rejoignant les unes contre les autres,
  • le transport des Questions d’Ordre présentées au Vénérable à la pointe de l’Epée, comme le transport des Sautoirs présentés au Vénérable dans le cas d’un renouvellement du Collège d’Officiers,
  • l’extinction des Lumières d’Ordre, par le Maître des Cérémonies, à l’aide de la pointe de l’Epée, …

Enfin, nous précisons que l’Epée est bien présente au cinquième Grade pour l’Adoubement du Maître Parfait Ecosais Chevalier de Saint André, et elle est naturellement utilisée aux sixième et septième Degrés en lieu et place du Maillet, ainsi qu’au Signe d’Obédience.

Plus qu’une arme, l’Epée est à considérer tel un des outils de la voie initiatique, dont la pureté rappelle la droiture et l’honneur à ceux et celles qui la manient.

(Travail déposé sur le site en janvier 2021)

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