Les arcanes de l’Initiation

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         Morceaux de textes choisis       

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Travail

….Morceau de symbolisme

     appliqué aux trois Grades symboliques   

Thème

     les Arcanes de l'Initiation

Auteur …..Fabrice O'Driscoll, PGM de la Grande Loge Française REP      

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Tout Rituel maçonnique peut être considéré comme un système composé de deux sous-systèmes distincts : le premier qui relève de la tradition, concerne l’enseignement initiatique, alors que le second, qui relève des usages et du milieu culturel ambiant, concerne la manière de conférer ce même enseignement.  Le premier sous-système du Rituel comprend les arcanes du premier Grade, tels qu’ils sont communiqués au cours de la cérémonie d’Initiation et commentés ensuite par l’instruction dialoguée.  Ces arcanes sont partiellement repris par l’échange verbal intervenant entre le Maître de Loge et les Surveillants lors de l’Ouverture et de la Fermeture des Travaux.

Les arcanes, qui constituent l’enseignement initiatique de ce Grade, peuvent être groupés à leur tour en systèmes symboliques multiples :

  • Symbolique verbale :             mot de passe, mot sacré
  • Symbolique gestuelle :           mise à l’ordre, signe, attouchement, marche
  • Symbolique numérique :        nombre de lumières, de marches de l’escalier, années (âge), batterie
  • Symbolique temporelle :         heures d’ouverture et de fermeture des Travaux
  • Symbolique des couleurs :      tentures, cordons, sautoirs, tabliers, bijoux
  • Symbolique de la vêture :        tabliers, gants

Parmi ces systèmes, la symbolique numérique est peut-être celle qui exprime de manière la plus fondamentale les arcanes du Grade et, à ce titre, occupe une place importante dans notre Instruction par le nombre de :

  • Lumières éclairant la Loge
  • Colonnes, piliers et flambeaux
  • astres représentés
  • orientations spatiales
  • orientations temporelles
  • les pas de la Marche à chaque Grade
  • années (âge)
  • batteries
  • outils et instruments
  • concepts (Sagesse-Beauté-Force)

A ces nombres, peuvent correspondre des formes géométriques corrélatives : triangle (dont un exemple pourrait être pris dans la forme de la babette du Tablier), carré, hexagramme, etc.  Notons également que pour l’essentiel, les systèmes symboliques des trois premiers Grades sont communs à tous les Rites, avec quelques variantes qui n’entachent pas sensiblement l’unicité de l’enseignement dispensé.

Le second sous-système, qui relève plus de la coutume que de la tradition proprement dite, concerne donc le cérémonial et l’ordonnancement de la Tenue. Et il est peut-être intéressant de remarquer qu’à l’instar des principales religions, et bien que la Franc-Maçonnerie ne soit pas une religion et ni-même, à mon sens et quoi qu’on en dise ici ou là, religieuse, celle-ci a cherché des formes littéraires pouvant contribuer à la transmission de son enseignement initiatique.  Dans les pays situés au nord des continents européen et américain, la culture issue de la Réforme fait un appel fréquent aux textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, de sorte que toute citation des textes de ces Livres trouve une résonnance au sein du public de ces régions tant que soit peu averti.

Ainsi, compte tenu des origines historiques de la Franc-Maçonnerie, il n’est pas surprenant que la partie coutumière de nos Rituels ait été inspirée des textes testamentaires.  Mais la nature de cette inspiration ne doit pas prêter à confusion. Les références religieuses incluses dans nos Rituels, par exemple le Temple de Salomon, sont essentiellement symboliques. Avec ces références, qui voisinent avec des références cosmiques et compagnonniques, il n’est pas question d’entrer en concurrence avec des religions et, en particulier, dans la voie d’un syncrétisme hors de propos.  Dans le même ordre d’idées, il me semble que respecter les Rites est une chose, les sacraliser en est une autre.  Cela étant, dans les pays du sud des continents européen et américain, l’appel aux seuls textes testamentaires ne pouvait trouver le même impact que ceux du nord. C’est ainsi que se développèrent plutôt des récitatifs du théâtre classique puis du théâtre romantique avec la forme dialoguée des actions/tableaux transportés sur la scène, et autres.   Cela transpire dès le premier Grade symbolique (notamment durant les épreuves de l'Initiation) et devient pratiquement constant dans les Grades supérieurs de la plupart des Rites connus.

Le Rite Ecossais Primitif, dans sa simplicité, ne connaît pas cette théâtralisation et reste assez fidèle aux seules influences « nordiques ». Cette caractéristique, qui peut surprendre nos visiteurs habitués à une rituélie plus élaborée sur le plan visuel ou physique, constitue –à mon avis– notre richesse. Elle implique une grande rigueur dans sa forme et dans son exécution. L’erreur, excusable ou compréhensible dans la mise en œuvre de rituels longs et complexes, l’est moins au REP.

Au premier Grade du Rite Ecossais Primitif, deux modèles symboliques basés sur les nombres sont présents en Loge et proposés à la réflexion de l’Apprenti :

  • le modèle binaire (2)
  • le modèle ternaire (3)

Des exemples du modèle binaire sont :

  • Lune / Soleil                         dans le domaine cosmologique
  • Equerre / Compas                dans le domaine des instruments de conception
  • Perpendiculaire / Niveau      dans le domaine des instruments de contrôle
  • Maillet / Ciseau                     dans le domaine des outils
  • Pierre brute / Pierre taillée    dans le domaine du travail
  • Colonne J / Colonne B          dans le domaine de l’architecture.

Le modèle binaire, tout comme le modèle ternaire d’ailleurs, doit être compris comme un modèle dynamique et non statique :

  1. selon une première approche, on oppose l’un à l’autre chacun des termes du modèle : c’est la phase de différenciation ou d’opposition ;
  2. selon une seconde approche, on passe à la complémentarité : les termes du modèle binaire cessent d’être opposés l’un à l’autre et se complètent pour former un « tout » qui contient plus que la somme des parties.

Plusieurs exemples de modèles complémentaires : Masculin/Féminin – Mère-Terre / Père-Ciel  rendent compte de ce principe par la réplique suivante :

                            Q.   Quelle est la propriété du nombre Deux ?

                            R.    Celle de la dualité ou opposition apparente des choses.

On comprend toute la signification que prend ici le mot ‘’apparente’’.

Le modèle ternaire se retrouve en Loge d’Apprenti avec :

  • les trois piliers ou flambeaux
  • les trois marches de l’escalier
  • les trois fenêtres
  • les trois maillets
  • les trois pas glissés de la Marche
  • les trois ans d’âge.

La mutation de l’opposition à la complémentarité s’applique aux modèles ternaires comme aux modèles binaires. A titre d’exemple, considérant les trois couples Sagesse/Beauté, Beauté/Force et Force/Sagesse, comme complémentaires, on crée un modèle ternaire complet : Sagesse-Beauté-Force, notamment par cette question dont la réplique pourrait être :

                            Q.   Quelle est la propriété du nombre Trois ?

                            R.    Celle de l’intelligible qui, au-delà du multiple, ramène à l’Unité.

Ainsi en est-il de l’Unité exprimée par notre signe d’Ordre avec le modèle Equerre-Niveau-Perpendiculaire qui peut être compris comme le modèle Equité-Egalité-Elévation :

                              Q.   Comment se font les signes de Maître-Maçon ?

R.    Par Equerre, Niveau et Perpendiculaire

Q.   Expliquez cette réponse.

R.    Le Franc-Maçon, dans ses actes, doit s’inspirer du sentiment d’équité, ceci pour l’Equerre. Il doit viser au nivellement des inégalités arbitraires, ceci pour le Niveau. Enfin, il doit contribuer à élever sans cesse son état moral et spirituel et, par la valeur de l’exemple, celui de l’humanité, ceci figurant la Perpendiculaire.

Enfin, une observation s’impose, selon laquelle il n’est jamais question de chiffres en Franc-Maçonnerie, mais de nombres.

Très Chers Frères, si je peux faire encore appel à votre attention pendant quelques instants, j’aimerais vous soumettre quelques lignes sur la symbolique de notre couleur emblématique : le rouge, ou plus exactement le rouge ponceau.

Couleur du Feu et du Sang, le rouge est considéré comme un symbole fondamental du principe de vie avec sa force, son éclat, sa puissance. Le rouge est matriciel : la Mer Rouge relève de ce symbole, représentant le ventre où mort et vie se transmettent l’une et l’autre. En Asie, d’une manière générale, le rouge est bénéfique ; donneur de vie, il éloigne les démons, d’où les portes des enceintes des temples shintoïstes et des portes d’entrée des maisons, ainsi que des palanquins transportant les jeunes mariés. Un ruban rouge autour du poignet porte chance et protège des mauvais esprits. De même pour la maladie au Moyen-âge, un ruban rouge autour du cou protégeait de la peste. Au Pays de Galles, la flammèche rouge protège de la fièvre et des rhumatismes. La ceinture des zouaves a la même explication.

Pour les chrétiens, le rouge est la couleur de l’Esprit, par référence aux « flammes de la Pentecôte ». Pour les alchimistes, la régénération, « l’œuvre au rouge », produit l’homme universel. C’est la couleur de la science, de la connaissance ésotérique. Notre Grand Maître Robert Ambelain a écrit des pages très intéressantes à ce sujet.

Attribut de Mars, dieu de la guerre, c’est une couleur masculine, donc brûlante et puissante. Ainsi, à Rome les généraux, les patriciens et les empereurs étaient vêtus de rouge. Le manteau des centurions, comme celui de Saint Martin, était rouge. De même, à Constantinople, le code de Justinien condamnait tout vendeur ou acheteur de tissu pourpre, réservé aux empereurs. Pour leur couronnement, les rois portaient souvent le manteau rouge pourpre. Au Moyen-âge, le Christ fût parfois représenté vêtu de rouge, comme les prêtres, il en reste la soutane des cardinaux, la « capa magna ». En héraldique, rouge de « gueule » se rapporte au combat, au courage que la couleur de la Légion d’honneur, reprenant l’ancienne croix de Saint-Louis, officialise.

Mais le rouge est porteur de vertus plus féminines. En Egypte ancienne, le rouge est la couleur des robes de prêtresses d’Hathor, déesse de la musique, de l’amour et de la danse. En Grèce, il représente « l’amour sanctificateur », ainsi que l’innocence et la virginité. En Inde ancienne, Vishnu, qui représente l’amour divin, était habillé de pourpre.  C’est aussi la couleur de la fidélité. C’est la couleur des Apôtres et martyrs. Pour les chrétiens, il symbolise le témoignage du sang versé pour le Christ. Au Japon, les conscrits portent une ceinture rouge le jour de leur départ en signe de leur fidélité à la patrie.

Symbole de vie et protecteur, symbole de la connaissance, de la puissance, de l’amour et de la fidélité, le rouge est donc une couleur ambivalente (masculin / féminin) et on en revient, en quelque sorte, au modèle binaire.

Associé au blanc de nos tabliers et au noir de nos vêtements, il participe à un modèle ternaire qui pourrait faire l’objet d’un autre Travail.

J’ai dit.

(Travail déposé sur le site en septembre 2015)

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