La FM en France

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               Les chroniques écossoises du REP         

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 Titre La Franc-Maçonnerie en France
 Auteur Paul Naudon
 Source

…..Extraits d'ouvrage Histoire Générale de la Franc-Maçonnerie

…..Editions Charles Moreau, 2004- Extrait : Les débuts (page 64)

lafmenfrance1Des auteurs français, appuyés sur la tradition et sur des indices sérieux, pensent que la première Franc-Maçonnerie moderne implantée en France a été la Maçonnerie écossaise stuartiste et que cette introduction serait bien antérieure à la création, en 1717, de la Grande Loge de Londres. Elle serait concomitante à l’arrivée des Stuarts, réfugiés à Saint-Germain-en-Laye, et des régiments formés par des émigrés écossais et irlandais, qui suivirent leur fortune et tentèrent de leur rendre le trône de Grande-Bretagne contre les Orange et les Hanovre jusqu’au désastre de Culloden en 1746, en passant par la capitulation de Limerick en 1689. Selon la coutume, ces régiments auraient eu des loges maçonniques, dont on peut observer les traces, et en 1777, le Grand Orient de France admit que la construction de la loge attachée au régiment des Gardes Royal Irlandais datait de 1688. Cette loge subsista ; devenue civile, elle prit en 1752, le nom de Parfaite Egalité.

Après la création de la Grande Loge de Londres, les deux sortes de Maçonnerie se développent en France : loges ‘‘écossaises’’, d’esprit traditionnel et d’affirmation politique prononcée, les plus nombreuses et les plus florissantes, constituées selon les anciennes règles sans avoir à répondre de leurs actes à une autorité obédientielle supérieure ; loges ‘‘anglaises’’ ou modernes, se heurtant à davantage de difficultés dans les milieux français, les seules pourtant sur lesquelles on ait possédé pendant longtemps des renseignements précis en raison de leur immatriculation à Londres. Mais, dès lors qu’il fut spécifiquement français, le recrutement des deux sortes de loges fut identique et on ne relève guère entre elles d’opposition. Les Radclyffe étaient une très vieille famille qui resta toujours fidèle à la maison des Stuarts et au catholicisme. Charles Radclyffe, dont la mère était une fille naturelle de Charles II Stuart, prendra en 1731 à la mort du fils de son frère aîné le titre de comte de Derwentwater. La première loge de source anglaise serait l’Amitié et Fraternité fondée par lafmenfrance2Charles Radclyffe en 1721 à Dunkerque. En 1726, est installée à Paris, la loge écossaise de Saint-Thomas. Cette loge Saint-Thomas avait son local chez le traiteur Hure, Au Louis d’Argent, rue des Boucheries Saint-Germain. En 1729, une scission politique de Saint-Thomas amena la création d’une loge ‘‘anglaise’’ qui prit le nom de l’auberge ; mais elle ne reçut ses patentes de Londres qu’en 1732. […]

En 1735, une nouvelle loge se détache à Paris du Louis d’Argent. C’est la Loge de Buci, qui prendra le nom d’Aumont, lorsque le duc de ce nom en deviendra vénérable. Une autre loge célèbre est celle qu’installa en 1735 lord Weymouth, Grand Maître de la Grande Loge de Londres, au château d’Aubigny, dans le Berry, propriété du duc de Richmond, de Lennox et d’Aubigny, qui venait d’en hériter de son aïeule Louise de Kéroualle, duchesse de Portsmouth. Celle-ci, pour servir dans sa jeunesse le roi Louis XIV avec la seule arme qu’elle possédait, la beauté, était partie à la cour de Londres, où elle deviendra la maîtresse de Charles II, qui la fît duchesse de Portsmouth.

Bien que demeurée fervente stuartiste, elle fréquentait aussi dans ses vieux jours l’autre parti, que négligeait encore moins son petit-fils, le duc de Richmond. Anglican après avoir été catholique, mais gardant ses amitiés anciennes, il avait été, en 1724, Grand Maître de la Grande Loge de Londres. Quant à la Loge d’Aubigny, avant d’être consacrée en 1735, elle fonctionnait déjà à Paris dans l’Hôtel des Kéroualle, ce qui montre combien la lafmenfrance3dualité entre les deux maçonneries doit être envisagée avec nuance. De nombreux ateliers se créèrent à partir de ces quelques loges et la Franc-Maçonnerie allait connaître en France un succès prodigieux. Elle y trouvait un terrain favorable : besoin de réagir contre l’atmosphère du règne despotique précédent, aspiration à la liberté, curiosité pour l’Angleterre et ses institutions qu’illustre Montesquieu, le premier en date des philosophes, le plus humain peut-être bien que dominant toujours ses passions. Il fut aussi un des premiers Francs-Maçons fréquentant la Loge d’Aubigny. Cet essor ne fut nullement entravé par la condamnation de la Franc-Maçonnerie prononcée par la bulle du pape de 1738, confirmée par celle de 1751.

Ces bulles ne s’appliquaient pas en France en vertu des lois fondamentales du royaume : les libertés de l’église gallicane, la nécessité pour rendre les bulles exécutoires qu’elles fussent enregistrées par le Parlement de Paris, ce qui en l’espèce ne fut jamais fait. […]  Vers 1728-1731, les loges écossaises de France reconnurent comme : Grand Maître Philippe, duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres, demeuré du côté des Stuarts. Il eut comme successeurs : James Hector MacLeane, baronnet d’Ecosse et Charles Radclyffe, lord Derwentwater. […]

lafmenfrance4D’un second ouvrage de Paul Naudon ‘‘La Franc-Maçonnerie’’ (PUF), nous avons retenu des extraits des chapitres III et IV :

L’admission des maçons acceptés est très ancienne. Des clercs en firent toujours partie en raison du fondement religieux des maîtrises et confréries. Bien d’autres personnages avaient aussi accès dans la maçonnerie, soit que celle-ci recherchât leur appui, soit qu’ils fussent attirés par l’institution. […]  Les loges écossaises ont précédé dans cette transformation les loges d’Angleterre. Depuis 1439, en vertu d’un privilège accordé par Jacques II, elles avaient comme grands maîtres héréditaires les seigneurs Saint-Clair de Rosslyn. Sous le règne de Jacques V (1513-1542), époux de Marie de Lorraine et père de Marie Stuart, humaniste fervent, le seigneur Saint-Clair d’alors se rendit en Italie. Il en revint enthousiasmé, fit venir des maçons italiens, les unit aux maçons écossais, puis les organisa en une confrérie qui, sous la protection du roi, prit un très grand essor.

En 1598-1599, un officier royal, William Schaw, réorganise en Ecosse le métier des maçons, par les ‘‘Statuts Schaw’’, sur des bases totalement neuves. La loge acquiert statut juridique. Deux gardes apparaissent. Aucun spéculatif n’en fait partie.

En Angleterre, la situation se modifia surtout à partir de 1607, année où Jacques Ier se déclara protecteur de la maçonnerie. […]

Selon des indices sérieux, la première franc-maçonnerie de forme moderne implantée en France fut la maçonnerie écossaise, stuartiste, et cette introduction est bien antérieure à la création en 1717 de la Grande Loge de Londres.

En 1649, après la décapitation de Charles Ier, sa veuve, Henriette de France, fille de Henri IV et de Marie de Médicis, accepte de Louis XIV le royal refuge de Saint-Germain. Elle y est bientôt rejointe par de nombreux membres de la noblesse écossaise. ‘‘Sans tarder, ces derniers organisent une action anticromwellienne. Mais pour se garder des Anglais étrangers ou hostiles à leur parti…, ils agissent sous le couvert des loges maçonniques, dont ils sont membres honoraires. A l’abri de leur secret, dit professionnel ils peuvent ainsi, sans trop de périls d’indiscrétion, communiquer avec ceux de leurs frères restés en Grande-Bretagne, et de concert avec eux, comploter le renversement du dictateur’’.

En 1661, Charles II, à la veille de monter sur le trône, forme à Saint-Germain un régiment sous le titre de Royal Irlandais, puis Gardes Irlandaises. Ce régiment suivit la fortune des Stuarts. Compris dans la capitulation de Limerick, il débarqua à Brest le 9 octobre 1689, sous les ordres du Colonel Dorrington. Jusqu’en 1698, il tint garnison à Saint-Germain, en dehors des cadres français. A cette date il fut incorporé dans l’armée française. Ce régiment des Gardes Irlandaises avait une loge maçonnique, dont les noms des membres nous sont parvenus. Le 13 mars 1777, le Grand Orient admit que sa constitution datait du 25 mars 1688. Il est probable que cette loge n’avait pas à l’origine de titre distinctif ; à partir de 1752, on relève le nom de Parfaite Egalité. C’est la seule loge du XVIIe siècle dont la trace nous soit connue ; mais il est à penser que les stuartistes avaient fondé d’autres ateliers en France, notamment au sein d’un second régiment formé à Saint-Germain avec des émigrés irlandais et écossais.

A la suite de la création de la Grande Loge de Londres en 1717, les deux sortes de maçonnerie se développent en France, mais la franc-maçonnerie écossaise demeure la plus florissante. La maçonnerie ‘‘anglaise’’ se heurte évidemment à davantage de difficultés. Ses ateliers sont chez nous peu nombreux. C’est sur eux pourtant qu’on possède les renseignements les plus précis, en raison de leur immatriculation à la Grande Loge de Londres, dont ils étaient les émanations. Les loges ‘‘écossaises’’, au contraire, continuaient à vivre et à croître d’après les anciennes règles, celles selon lesquelles les francs-maçons pouvaient librement constituer des loges sans avoir à répondre de leurs actes à une autorité suprême.

La première loge spéculative de source anglaise aurait vu le jour à Dunkerque en 1721 sous le signe distinctif d’Amitié et Fraternité. Mais le fait demeure incertain.

En revanche, il paraît établi que le 12 juin 1726 était installée à Paris, par Charles Radclyffe, qui devait prendre en 1731 le titre de Derwentwater, une loge écossaise connue sous le nom de Saint-Thomas, par référence à saint Thomas Becket, vénéré par les fidèles des Stuarts. Dès lors, cette loge et son fondateur sont repris dans quelques lignes d’une chronique dédiée aux Loges Saint Thomas.

Charles Radclyffe essaya de rentrer en Angleterre en 1746. Fait prisonnier, il restera un fidèle des Stuarts jusqu’à la mort. Condamné à mort et exécuté le 8 décembre 1746, il mourra en martyr de la cause jacobite, sans jamais renier ni sa foi catholique, ni son monarque. […] Dès le début les loges écossaises de France reconnurent comme Grand Maître Philip, duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres, demeuré du côté des Stuarts. A sa mort, en 1731, la dignité aurait été conférée à Charles Radclyffe, lord Derwentwater, puis de 1733 à 1735 à James Hector Mac Lean, baronnet d’Ecosse, et de nouveau en 1736 à lord Derwentwater. Pendant longtemps, il fut admis que Derwentwater avait transmis ses pouvoirs vers 1737 à son ami lord Harnouester. Mais ce nom n’ayant pu être retrouvé dans le pearage britannique, la grande maîtrise de ce personnage ne fut plus invoquée. En 1934, le F\ W.E. Moss a avancé que ce nom d’Harnouester pourrait être la déformation de celui du comte Charles Arran ‘‘Wester’’, de la famille Butler d’Ormond, franc-maçon et stuartiste fervent.

De leur côté, les loges ‘‘anglaises’’ tentent à la même époque de se regrouper sous l’égide de la Grande Loge de Londres. Elles projettent en 1735 de former une Grande Loge Provinciale et adressent à Londres une demande de charte constitutive. Mais celle-ci n’est pas accueillie. En présence de ce refus, et en raison aussi des bonnes relations qu’elles entretiennent avec les loges ‘‘écossaises’’, elles décident de passer outre et, vers 1736-1737, elles fondent, toutes ensemble, et de leur propre autorité, une Grande Loge Provinciale. L’année d’après, le 24 juin 1738, une assemblée générale institue Louis de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin, pair de France, gouverneur de l’Orléanais, ‘‘grand maître général et perpétuel des maçons dans le royaume de France’’. La Grande Loge de France est ainsi constituée en fait. Selon la tradition, le duc d’Antin avait été initié en 1737 à la Loge d’Aubigny par le duc de Richmond (le fils de Louise de Kéroualle). Il n’y a donc pas rupture avec les attaches anglaises, mais cette création en France d’une Grande Loge sous l’autorité d’un pair de France n’en dissociait pas moins la maçonnerie française de la Grande Loge de Londres. Les Britanniques ne s’y trompèrent pas et s’en montrèrent très marris.  […]

 (document déposé sur le site du Rite Ecossais Primitif en décembre 2013)

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