Loges Saint Thomas

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      Les chroniques écossoises du REP      

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 Titre Les Loges Saint Thomas
 Source 

extrait Etude de Pierre-Yves Beaurepaire 

Maître de conférences en histoire moderne Université d’Artois

L’histoire des loges Saint Thomas remonte à l’origine – avérée – de l’Ordre maçonnique en France. Son étude éclaire le rôle des milieux jacobites dans l’acclimatation de l’Art royal à Paris, la fondation de la Grande Loge, les relations conflictuelles et ambiguës entre loges dites ‘‘jacobites’’ et loges prétendues ‘‘hanovriennes’’, ainsi que l’entrée en lice des aristocrates français dans les premiers temples maçonniques français.

Il convient de distinguer Saint-Thomas I, fondée par Charles Radclyffe, comte de Darwentwater en 1725 ou 1726, de Saint-Thomas II, dite encore Saint Thomas Le Breton-Le Louis d’Argent, par référence à son fondateur, le compagnon orfèvre Thomas Pierre Le Breton et à la taverne Au Louis d’argent, rue des Boucheries, faubourg Saint-Germain.

logesstthomas1Alors que Saint Thomas I affiche clairement son engagement jacobite et se place sous le patronage de saint Thomas Becket [1] qui avait dû fuir l’Angleterre de Henri II et les persécutions pour trouver asile en France, Saint-Thomas II est officiellement constituée le 3 avril 1732 par la Grande Loge d’Angleterre, qui saisit ainsi l’occasion de contrer l’influence jacobite dans la franc-maçonnerie parisienne.

L’installation a lieu le 20 novembre 1732, rue de Bussy, à proximité immédiate de la rue des Boucheries et du Louis d’argent, chez le traiteur Landelle – qui hébergea les tenues de la loge dite de Bussy-Aumont.

L’émergence de deux mouvances maçonniques rivales, voire antagonistes, paraît manifeste. Les deux cofondateurs de Saint Thomas I sont d’authentiques partisans Stuarts.

Il s’agit de Dominique O’Héguerty, comte de Magnières en Lorraine par le duc Stanislas, et du chevalier James Hector McLean, qui occupera la Grande Maîtrise de la Grande Loge de France entre le duc de Wharton, mort en 1731, et Darwentwater qui lui succèdera le 27 décembre 1736.

D’autre part, la loge recrute massivement parmi les officiers de la Maison du roi Jacques II à Saint-Germain-en-Laye : les Talbot, Douglas, Fitz-James et autres Middleton, ainsi que dans les cadres des régiments écossais et irlandais passés en France. De son côté, Saint-Thomas II cultive ses relations avec la Grande Loge de Londres. En septembre 1735, une tenue est présidée par le duc de Richmond et Desaguliers. Le comte de Saint-Florentin, secrétaire d’Etat de Louis XV, ainsi que le fils de lord Waldegrave, l’ambassadeur d’Angleterre, sont initiés à cette occasion. Assistent de surcroît à cette tenue, Montesquieu et M. de Gouffier, probablement François Louis marquis de Thois, tous deux initiés à la loge The Horn à Londres le 12 mai 1730 ; ainsi que le marquis de Locmaria. D’autre part, l’une des figures importantes de Saint-Thomas II est le duc de Picquigny, futur duc de Chaulnes, âgé de 23 ans en 1737.

Or son hôtel parisien, le fameux ‘‘Parnasse de Chaulnes’’, dont les amitiés hanovriennes sont attestées, accueille de nombreux membres de Saint-Thomas II. Les loges aux sympathies hanovriennes, Saint-Thomas II, mais aussi Bussy-Aumont ou Coustos-Villeroy, attirent beaucoup plus les aristocrates français que les ateliers qui affichent leur jacobitisme.

Pour autant, il ne faut pas opposer radicalement les deux loges et dresser le tableau de deux maçonneries d’obédiences hanovrienne et jacobite, prêtes à en découdre. Certes, un texte de 1737 conservé dans le fonds du procureur général près du Parlement de Paris, Joly de Fleury, et qui émane certainement des partisans du Grand Maître Darwentwater, critique de manière virulente  Saint-Thomas II, lui reprochant des débordements festifs et l’initiation de candidats rejetés par Saint-Thomas I, mais la loge de Thomas Pierre Le Breton reconnaît celle de Darwentwater comme étant la loge du Grand Maître. Le célèbre président du Présidial d’Epernay, Bertin du Rocheret* fait de même dans une lettre du 23 novembre 1737.

Le ‘‘Parnasse de Chaulnes’’ a, d’autre part, clairement servi de passerelle entre francs-maçons jacobites et hanovriens. Enfin Saint-Thomas le Breton-Le Louis d’argent émane de la première loge Saint-Thomas, plusieurs frères s’en étant séparés en 1729. Si Thomas Pierre le Breton a tenu loge dans le village de Passy pour échapper à la surveillance policière, sa loge s’est enracinée, comme la plupart des plus anciens ateliers parisiens attestés (la loge Bussy-Aumont, par exemple), dans un quartier cosmopolite de la rive gauche de la Seine, le faubourg Saint-Germain.

L’adhésion de nombreux aristocrates français a ensuite permis un développement rapide. Elle a également contribué à dépasser les antagonismes entre jacobites et hanovriens, dans lesquels les frères français se reconnaissaient mal. Les membres de la Grande Loge décident, lassés par le jacobitisme ‘‘outré’’ du Grand Maître Darwentwater, de lui donner un successeur français en la personne du duc d’Antin.

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* Bertin du Rocheret (1693-1762). Dictionnaire de la FM – Daniel Ligou

Pour Bertin, la maçonnerie était : «… une société ancienne d’Angleterre établie sous Guillaume le Bâtard ou le Conquérant Roy d’Angleterre… introduite en France à la suite du Roy Jacques II en 1689, y devint fameuse sous milord comte de Derwentwater, élu Grand Maître catholique en 1737. J’y fus reçu cette année le 9 septembre 1737 à la loge du vénérable frère duc d’Aumont… ».

D’avantage d’informations sont regroupées sur le Frère Bertin du Rocheret dans un feuillet qui lui est spécialement dédié dans notre volet ‘‘Boulevard des Jacobites’’.

(document déposé sur le site du Rite Ecossais Primitif en décembre 2013)

 


[1]   Thomas Becket, dit saint Thomas de Canterbury, fut archevêque de Canterbury de 1162 à 1170. Il engagea un conflit avec le roi Henri II d'Angleterre sur les droits et privilèges de l'Église. Il sera finalement assassiné par les partisans du roi.

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