Prologue de l’évangile de Jean

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Morceaux de textes choisis

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Travail …..Morceau d’Architecture – Etude des Rituels du REP
Thème

L’ouverture de la Bible au Prologue de l’évangile de Jean 

Auteur

.Le collectif des Jacobites et Alain Le Corre

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Sous l’inspiration des bâtisseurs de cathédrales du Moyen-âge, la Franc-Maçonnerie a emprunté à ces constructeurs leurs instruments d’opératifs pour les transformer en outils spéculatifs destinés à l’édification du Temple de la Concorde universelle et à un idéal de l’élévation de l’esprit. Nous connaissons parfaitement tous ces outils entrés dans la symbolique pour mieux sacraliser le lieu où se tiennent nos Travaux en Loge, et durant lesquels sont mis en mouvement l’esprit vers l’action, sans laquelle la Franc-Maçonnerie ne serait plus qu’un vain mot.

Nantie de cet héritage, la Franc-Maçonnerie a adopté un symbole majeur qui semble être un intrus parmi tous les outils nécessaires à l’acte de construire. Il s’agit bien évidemment de la Bible, livre saint par excellence et promu au premier rang des Grandes Lumières servant de piédestal ou de support aux deux autres Grandes Lumières, l’Equerre et le Compas. Réunis, ces trois emblèmes de la Franc-Maçonnerie en sont donc les trois Grandes Lumières et sanctifient l’Autel d’Orient pour une solennité des travaux qui vont se dérouler dans le Temple.

Pourquoi la Bible est-elle ouverte au Prologue de l’évangile de Jean pendant nos Travaux en Loges symboliques ?  Pourquoi le Rite Ecossais Primitif et d’autres Rites n’ont-ils pas retenu un autre texte sacré de la Bible susceptible d’accompagner avec la même solennité les Travaux maçonniques ?

La Franc-Maçonnerie, sans renoncer à ses Traditions et ses valeurs morales, perpétuant ainsi les règles originelles de la Spiritualité, aurait très bien pu ouvrir la Bible à sa première page, c’est-à-dire à la Genèse révélant la Création du monde par le Logos, ce souffle de Dieu. Egalement, le Livre de l’Exode, par l’évocation des bruits des chaînes brisées de la servitude, se conformerait volontiers à l’Idéal maçonnique si épris de liberté et de Lumière. Ou encore, le Cantique des Cantiques, cet incomparable hymne à l’amour, aurait très bien pu conduire avec bonheur nos Travaux qui ont l’ambition de réunir tous les Frères dans une parfaite harmonie fraternelle. Enfin, Le Livre des Rois, qui relate l’épopée de la construction du Temple de Salomon dédié au Divin, serait un éminent rappel de la construction spéculative du Temple universel et de notre Temple intérieur.

Pourtant, c’est le Prologue de l’évangile de Jean qui s’offre à nos yeux, un évangile aux accents ésotériques invitant au retour vers l’intériorité afin de sonder, par nos facultés de réflexion et de méditation, le grand Mystère de l’Homme resté attaché à sa spiritualité individuelle et propre.

Un bref aperçu historique de la vie de Jean – l’Apôtre devenu sur le tard de sa longue existence l’auteur de son évangile – nous paraît indispensable pour comprendre la mystique de son œuvre littéraire sacrée et pourtant peu féconde : son évangile proprement dit, trois épîtres johanniques avec leurs messages d’amour et de fraternité et cet Apocalypse aux visions dantesques.

Simple pêcheur inculte de Galilée, il a écouté d’abord l’enseignement de Jean le Baptiste avant de reporter sur le Christ l’admiration qu’il vouait à l’annonciateur du Messie. Quelques mois après le baptême de Jésus, celui-ci l’appela à le suivre avec son frère Jacques dit le Majeur, abandonnant leur père Zébédée à sa barque et ses filets. Les deux frères ainsi que Pierre devinrent les compagnons les plus proches et les plus assidus de Jésus.

Joignant sa fidélité jusqu’au dernier instant de l’apostolat du Maître, il était le seul disciple présent au pied de la Croix où le Christ lui a confié sa mère. Après la Résurrection, Jean et Jacques dit le Mineur, devinrent les ‘‘Piliers de la Nouvelle Eglise’’ à Jérusalem. Vers l’an 44, après la décapitation de son frère Jacques le Majeur, Jean semblait avoir quitté la Palestine. Entre son départ de Jérusalem et son arrivée en exil à Patmos, une des îles grecques de la mer Egée, l’Histoire ne donne pas de précisions sur cette période de sa vie. Vers l’an 66 environ, il s’installa définitivement à Ephèse, petite ville portuaire de la mer Egée sur le territoire de l’actuelle Turquie, où il devint patriarche des Eglises d’Asie mineure et où il meurt très âgé vers la fin du Ier siècle. Il consacra les dernières années de sa vie à rédiger son Evangile à la demande expresse de ses disciples. Le dernier des évangiles de la Bible est donc celui de saint Jean.

Ses contemporains notaient chez Jean une certaine horreur pour tous les hérétiques qui niaient la réalité terrestre et charnelle du Dieu-fait-homme. Il manifestait envers ces premiers félons ou traîtres un certain sentiment que la Franc-Maçonnerie, aujourd’hui, qualifierait d’intolérance. Mais saint Jean l’Evangéliste attire le commentaire par l’étrange dualité de son personnage. Comment un simple pêcheur totalement inculte était-il devenu un théologien mystique et poète du Prologue de son évangile, un contemplatif et un visionnaire de son Apocalypse ? Il est difficile de faire le partage dans ce que rapporte la tradition, entre l’Histoire et la légende.

Toutefois, son enseignement se résume en un seul mot : AMOUR.

Dès lors, nous pouvons aborder le véritable sujet de ce Morceau d’architecture dont le thème porte sur le Prologue de l’évangile de saint Jean (Jean 1 :1-18) puisé dans la Bible de Jérusalem. C’est un prélude assez court par rapport au reste du texte évangélique, mais ce prélude –à lui seul– contient toute l’exégèse ésotérique du message johannique.

Pourtant à la lecture entière du Prologue, nous constatons que saint Jean émettait manifestement un message messianique annonçant la venue du Messie tant attendu et saint Jean le Baptiste l’avait précédé, déjà en ce sens, lors du baptême de Jésus en le proclamant ‘‘l’Agneau de Dieu’’.

Par le choix du Prologue de cet évangile qu’elle considérait comme un texte sacré et ésotérique, la Franc-Maçonnerie se voulait-elle aussi affirmer la pérennité de l’annonce messianique ? A moins qu’elle ne désirait qu’exprimer une traduction exégétique différente du sens voulu par l’auteur de cet évangile, c’est-à-dire en occultant le message messianique et en privilégiant une interprétation sémantique distincte des notions métaphysiques stipulées en tête du Prologue. Ainsi, au risque de digression sur le texte évangélique et d’expurger son contenu messianique, je crois qu’il serait acceptable de ne commenter dans cet évangile que ses cinq premiers versets qui contiennent des concepts fondamentaux conformes à la démarche initiatique maçonnique, étant ainsi traduits :

1er verset  Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.

2e verset   Il était au commencement avec Dieu.

3e verset   Tout fut par lui et sans lui rien ne fut.

4e verset   Ce qui fut en lui était la Vie et la Vie était la Lumière des Hommes.

5e verset   Et la Lumière luit dans les Ténèbres et les Ténèbres ne l’ont pas saisie.

Dans ces cinq premiers versets, lesdits concepts fondamentaux ci-avant évoqués de l’idéal maçonnique peuvent être repérés avec suffisamment d’éléments pour gloser sur notre quête initiatique sans nécessité d’approfondir le message messianique, qui reste le but de saint Jean et non celui de la pensée de la Franc-Maçonnerie. Outre le message lancé par l’Apôtre quant à la croyance en l’incarnation du Fils de Dieu considéré comme le Messie venu en ce monde pour une mission particulière, son message peut être considéré comme un appel à former une communauté de foi et de fidélité en une nouvelle religion, alors que la Franc-Maçonnerie n’a pas reçu de mandat à pérenniser cet appel, même si elle fait souvent référence au sublime enseignement christique.

La Franc-Maçonnerie, dans la définition de son Idéal, invoque des notions sinon abstraites –au sens caché du terme– mais profondément ancrées aux valeurs morales et ésotériques semblables à celles contenues dans les cinq premiers versets du Prologue de l’évangile johannique, où nous trouvons les concepts de Verbe ou Parole, de Vie, de Lumière ou Connaissance ; Lumière et Connaissance étant naturellement évocatrices de leur antonyme ‘‘Obscurantisme’’ désigné par les Ténèbres.

Dans la Genèse, il était déjà question du Verbe, ce souffle divin, créant le monde encore informe et plongé dans les ténèbres et les eaux au-dessus desquelles planait l’esprit de Dieu. Le Verbe de Dieu s’unissait à sa volonté de création avec le don de Vie. La Connaissance, elle, s’inscrivit plus tard dans la désobéissance, épreuve inévitable qui coûta la perte de l’Eden mais qui permit l’accès à cette Lumière avec pour corollaires une prise en main de son propre arbitre et une nouvelle condition de souffrance. La Connaissance était à ce prix…

La Franc-Maçonnerie a retenu, pour l’architecture de son postulat, le terme de Parole qui est au cœur de toute recherche et d’enrichissement personnel. Le parcours initiatique n’est donc possible que par référence à l’existence du statut fondateur de la Parole qui reste le premier instrument d’apprentissage, de communication, enfin de la Transmission orale. Le Rituel ne serait qu’un texte aphone sans la Parole qui traduit avec clarté son exégèse initiatique. Il nous appartient donc de recevoir la plus juste et fine signification pour recueillir le sens de la Parole du Rite car les mots peuvent demeurer étrangers ou devenir dangereux sans l’Initiation. Ainsi, l’Homme de raison élucide d’abord les concepts qui se présentent à lui par la pensée avant toute construction de projet au moyen de la Parole qui est action en mouvement vers la Vie, au même titre que la volonté divine qui s’est manifestée dans le dessein de la Création par son Verbe.

La Parole occupe ainsi une place primordiale dans la démarche initiatique et le cheminement maçonnique. Le Franc-Maçon se construit par la Parole issue de sa pensée ressentie dans les profondeurs de son esprit et de son cœur, afin de conjuguer, avec sincérité, ses serments successifs et son action concrète envers lui-même et envers ses semblables. Ainsi, sur les cinq versets précités du Prologue de Jean, la Parole s’empare des trois premiers pour souligner la portée essentielle du Verbe et donc de la Parole, sans lesquels rien ne se produirait. Cette Parole fut d’essence divine et la Franc-Maçonnerie a adopté avec sagesse l'augure de saint Jean qui a su placer la primauté de la Parole dans l’origine de TOUT.  Quant au quatrième verset de l’évangile johannique : ‘‘Celui qui fut en lui (le Verbe) …’’, nous avons vu que c’est par la Parole ou le Verbe que Dieu a accompli sa Création et insuffla la Vie.

Le Franc-Maçon est un homme respectueux du don de la Vie et le cherchant qu’il est s’emploie à trouver le sens et l’utilité de son passage temporel parmi les vivants. Si bien qu’il est nécessaire de nous rappeler que toute démarche initiatique ne concerne essentiellement que notre vie intérieure en ce bas-monde et laissons aux religions le soin de considérer notre fin dans l’Au-delà. Le Franc-Maçon est fréquemment un homme empreint d’une spiritualité, prenant sa source dans la foi de sa religion ou conduit par ses convictions, aussi est-il susceptible de concevoir, sinon libre d’accepter, le Grand Maître de la Franc-Maçonnerie que les Maçons ont désigné sous le nom de : Grand Architecte de l’Univers, derrière lequel réside l’ultime Connaissance ou la suprême Vérité. Comme il nous est impossible de fournir l’image de Dieu Tout-Puissant, il est également vain de concevoir un cliché de l’Orient éternel.

La quête maçonnique ne se préoccupe en fait que des vertus, dans le sens moral du terme, que nous avons le devoir d’user dans notre existence terrestre. Tout notre Rituel nous invite à progresser dans cette direction et la puissance de notre quête est soutenue par un effort constant de perfectibilité humaine dans la prochaine réalisation du bien-être physique et moral de l’Humanité, et ceci sans espérance de récompense méritée d’un paradis quelconque. Le Franc-Maçon et ses compagnons de route s’attellent à un vaste chantier, dans lequel ils bâtissent individuellement leur ‘‘tranche de projet’’ sachant fort bien que l’action commune et fraternelle viendra parachever l’œuvre finale sans individualiser les apports et les capacités de chacun. Si le Franc-Maçon vit en honnête homme de bonnes mœurs au milieu des siens, s’il est en mesure de nourrir une certaine compassion envers les plus démunis sans se gargariser avec volubilité de mots d’amour (factices) et de fraternité à la consonance souvent creuse, il s’engage alors dans la poursuite sans interruption de l’œuvre commencée dans le Temple.

Notre Rite et ses Rituels, nos cérémonies de Réception et nos Instructions dialoguées rappellent ce Devoir de l’Initié qui doit considérer le monde comme une vaste loge dans laquelle le Mot d’Ordre reste celui de l’Amour. Le rôle du Franc-Maçon ne se cantonne pas dans le verbalisme touffu, au devenir confus, mais dans celui de guide de ses semblables pour une prise de conscience manifestée par sa seule exemplarité. Nos agissements hors du Temple prennent forme, force et vigueur, non en paroles mais en actes concrets. Et notre Rite, véritable Bible de la méthode éthique, énonce clairement les valeurs essentielles qui définissent le sens et l’utilité que nous entendons donner à notre vie. L’Apôtre saint Jean n’exprimait rien d’autre dans son message évangélique, qui sublime une vie d’homme tournée vers l’intériorité spirituelle et surtout orientée vers l’extériorité tangible du monde. La Vie est la Lumière des Hommes, disait saint Jean et cette Lumière ou cette Connaissance se trouve au bout de la pensée et de l’action.

Nous voici arrivés au cinquième verset ‘‘Et la Lumière luit dans les Ténèbres…’’. Une profondeur ésotérique, voire hermétique, se dégage de cette phrase sibylline pour révéler un symbolisme très fort, celui d’une Lumière qui luit dans l’immensité des Ténèbres procurant une faible lueur dans l’obscurité enveloppante, et ce sans interprétation aucune, puisque le terme ‘‘lueur’’ signifie ‘‘éclat faible et éphémère’’ et vient du latin ‘‘lucere’’ qui en revanche évoque l’astre du jour, lequel répand sa Lumière. Le message messianique de saint Jean parle sans détour du Christ venu délivrer l’Amour aux hommes, mais les hommes ne l’ont pas compris et ils l’ont crucifié, car faiblement éclairés d’une lueur qu’ils n’ont saisie qu’éphémèrement, telle un embryon de Lumière naissante vite étouffée par les hommes préférant rester dans l’ignorance et les Ténèbres. Ceci n’est qu’une interprétation de ce verset.

La Franc-Maçonnerie peut extraire une autre exégèse symbolique de ce verset qui s’inscrit fort bien dans notre quête maçonnique. Traduisons par nécessité sémantique ‘‘Lumière en Connaissance’’ et ‘‘Ténèbres en obscurantisme ou ignorance’’, et nous évoluerons plus aisément dans le vocabulaire maçonnique. Le thème de la Lumière est constant en Franc-Maçonnerie : les Colonnes sont progressivement baignées de Lumière dès l’ouverture des Travaux, par le Chandelier à trois branches du Vénérable, le Soleil et la Lune de part et d’autre des Officiers placés à l’Orient, au Nadir par les Lumières d’Ordre des trois piliers qui entourent le Carré long, la voûte étoilée qui abrite le Temple. Enfin, les trois grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie dont la première est la Bible, et les trois grandes Lumières de la Loge incarnées par ses trois Maillets. Dans le sens figuré, avec toutes ces sources de lumières, nous devrions sortir du Temple aveuglés. Pris dans le sens symbolique, on dispose à satiété de tous les moyens de mise en éveil de la prise de conscience pour parvenir à la Connaissance, à la condition de vaincre l’obscurité qui masque l’ignorance dans laquelle on peut être installé sans souci de l’éliminer. La Franc-Maçonnerie, certes, est une méthode construite sur le symbolisme des outils ouverts à la saisie de la Connaissance sans prétendre offrir l’assurance de son entière acquisition et bien entendu fournir la Vérité.

La Lumière perçue par le nouvel Initié, quand le bandeau lui est ôté, n’est que promesse d’un droit de passage pour un itinéraire ouvert sur les étapes qui conduisent à la Connaissance, tel le Compas dont les branches s’écarteront au fur et à mesure de sa progression. Il appartient désormais au Néophyte d’avancer sur le chemin de l’Initiation parsemé d’embuches et de zones d’ombre, la Franc-Maçonnerie constituant une porte d’accès à la Connaissance par la méditation du sens caché des outils qu’elle propose.

Ne voulons-nous pas chercher la Parole constructive et percer le sens de notre Vie d’homme ? En persévérant chaque jour dans la compréhension de cette interrogation métaphysique venant de l’aube de l’Humanité ‘‘Qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ?’’ et par l’observation de nos Rituels, nous pouvons trouver bien des réponses à nos questions et apercevoir la dimension verticale de la Connaissance, c’est-à-dire la Transcendance vers laquelle tourner notre regard.

L’Apôtre Jean, par les cinq premiers versets de son Prologue, nous invite à suivre une Lumière. Que cette Lumière soit pour les Maçons le phare placé sur le chemin de notre quête personnelle et collective.

J’ai dit, Vénérable.

(Travail déposé sur le site en janvier 2014)

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