Quelle voie spirituelle pour le REP ?

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Morceaux de textes choisis

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Travail …..Morceau d’Architecture
Thème

Quelle voie spirituelle pour le Rite Ecossais Primitif ?    

Auteur

….par le Collectif des Jacobites

..

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Nous souhaitons, au travers de ce Morceau d’architecture, axer la réflexion sur trois points pour donner un aperçu de la perception de la voie spirituelle avancée par le Rite Ecossais Primitif :

  1. la notion de Grand Architecte de l’Univers,
  2. la voie initiatique,
  3. la recherche symbolique.

Nous tenterons également, tout au long de ces lignes, d’entrevoir comment ces questions peuvent être rapprochées de la Tradition maçonnique afin de dégager une esquisse de définition de la voie spirituelle au Rite Ecossais Primitif.

Le Rite Ecossais Primitif ne se réfère à aucune divinité révélée malgré la Bible ouverte au Prologue de l'évangile de Jean, lequel Livre, rappelons-le, reste la première des trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie, tandis que tous les morceaux d'Architecture et les Travaux sont dédiés, non pas à la Grande Loge, mais au Grand Architecte de l'Univers.

Pour entendre ce que recouvre l’expression ‘‘A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers’’ et sans se lancer dans d'ennuyeuses considérations philosophiques, il paraît utile de rappeler deux notions, celles de théisme et de déisme. Ces mots-clés essentiels sont en opposition dès le XVIIIe siècle : monothéisme et pensée déiste. Ils mettent en exergue des fondements très distincts, d'où découlent deux doctrines, dont uniquement l’une d’elles peut rejoindre une sensibilité personnelle dès lors que ces deux conceptions sont en contradiction, et sans condamner ceux de nos membres qui adopteront la seconde. Par la confrontation de ses propres pensées à celle de la démarche de l'Ecole de Spiritualité que constitue la Franc-Maçonnerie de Tradition, seule une étude attentive est en mesure de dégager les convergences et les divergences fondamentales entre les divers concepts que sous-tendent la position du théisme et celle du déisme.

Le théisme est la "Doctrine qui admet l'existence de Dieu et son action providentielle dans le monde". Il confirme la révélation de ‘‘Dieu, l'autre en soi et de Dieu le Tout Autre’’. Le théisme implique la Transcendance et l'Immanence, la Révélation par les Ecritures et par la Nature, l'Alliance de Dieu avec les Hommes, la relation personnelle et intime de l'Homme avec son Créateur, l'Amour de Dieu pour l'Homme et l’Amour de l'Homme envers Dieu. Le théisme suppose le désir d’accomplir librement la Volonté de Dieu en réalisant son Plan divin sur Terre, car l'Homme a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Enfin, le théisme soutient que l'Homme n'a pas de fin en lui-même, mais par la Révélation divine et l'usage de sa Raison, l'Homme reconnaît Dieu à partir de ses Créatures et de la Création. Si le théisme donne une légitimité à sa doctrine, il reste insuffisant pour l’accomplissement de l’Homme en quête de Lumière.

S’agissant du déisme, son fondement désigne le principe du rejet de toute révélation et appelle seulement une croyance en l'existence de Dieu et à la religion naturelle. Dans le Déisme, Dieu est un concept qui répond à des formes académiques, dont on se contente de reconnaître l'existence en tant qu'être suprême, mais sans la révélation. Le déisme retient la neutralité de Dieu. Dieu est un Etre pur ou une Pensée pure. Il est Eternel et Immuable, excluant tout rapport avec le changement et le devenir. Dans la notion de déisme, il y a continuité d'essence entre Dieu et l'Univers. C'est un Dieu ordonné à lui-même et qui n'intervient pas dans le Monde. Le déisme préconise une forme d’abstraction et de système philosophique, tout en revendiquant le statut de "Religion Naturelle dans les limites de la Raison".

Ce dernier enseignement et ce recours à la Divinité conduisent les Hommes du XVIIIe siècle à se focaliser sur une nouvelle Philosophie qui connaîtra un large succès dans une époque identifiée sous l’appellation du Siècle des Lumières.

Le déisme met en évidence l’inutilité et l’impossibilité du dialogue entre Dieu et l'Homme, pas davantage entre l'Homme et Dieu, parce que Dieu est un Principe et que l'on ne dialogue pas avec un principe abstrait, d'où l'individualisme de l'Homme par rapport à Dieu et son Créateur.

Aussi, le déisme va servir de ‘‘référentiel’’ à des Ecoles de Pensée. Celles-ci se prononcent à la faveur d’une Pensée prise comme unique source divine d’entendement. Ce n’est qu’à partir de la Pensée et au moyen de la seule Raison humaine, que l’Homme parviendra à son perfectionnement et son parfait accomplissement.

Et dans cette dernière résolution, il y a un rapprochement évident avec la conclusion donnée en fin de notre chapitre sur le théisme. De la sorte, nous sommes conduits à considérer une dualité déisme/théisme dans les Rituels du Rite Ecossais Primitif, ses adeptes travaillant « A La Gloire du Grand Architecte de l'Univers ». C’est pourquoi face au déisme, il convient de ne pas exclure une certaine ambivalence et une coexistence qui rapprocheraient le Rite du théisme puisque ses Rituels d’une part, invoquent la Suprématie de Dieu à l’origine de la Création de l’Univers, et d’autre part font foi dans le progrès humain au travers des Œuvres accomplies par tous les hommes (dont ceux créés par Dieu Tout-Puissant à son image), lesquelles Œuvres se placent dans le prolongement de celles commencées par Dieu. En fait, nous pouvons considérer que le Rite Ecossais Primitif s’inscrit dans une conception adogmatique et pratique la plus large tolérance sans privilégier une thèse au profit d’une autre. Chaque Maçon du Rite Ecossais Primitif est alors libre de se forger ses propres convictions, de les garder ou d’en changer.

Le Rite Ecossais Primitif se veut être plus généralement spiritualiste.

….Mais qu'est-ce que la spiritualité ?

C'est une doctrine affirmant l’individualité de l'âme, c'est-à-dire l'existence d'un principe spirituel, distinct et indépendant du corps ; une doctrine qui proclame la supériorité de l'esprit sur la matière, même si l’activité et la pensée de l’Homme en sont dissociées.  Elle affirme, outre la spiritualité de l'âme, la croyance en l'existence de Dieu et la reconnaissance de valeurs spirituelles ou morales, de vertus auxquelles l’Homme adhère dans ses actes, y compris ceux les plus rationnels. Chaque Maçon écossais primitif, avons-nous dit voici quelques lignes plus haut, est donc libre de ses croyances et de ses convictions sans les imposer à autrui, ni souscrire à aucune forme d’intolérance.

Notre Ordre maçonnique, qui se réclame du Rite Ecossais Primitif, pourrait qualifier le Grand Architecte de l'Univers à la manière des Rites Egyptiens alléguant un « Principe Ordonnateur que l’on peut évoquer sous cent noms divers » et que « la raison humaine est aussi impuissante à définir autant qu’à nier », ainsi que le propose Robert Ambelain. Dès lors, le Rite Ecossais Primitif est indissociable du G.·.A.·.D.·.l’U.·.

Son message spirituel doit donc s'en inspirer et mettre en œuvre son intransigeante définition. Ô paradoxe…

En fait, le G.·.A.·.D.·.l’U.·. se cache dans le cœur du cherchant, car Il sait bien que le Maçon finira par le trouver, pourvu que ce chercheur ne ménage ni son temps ni ses peines. Cette graine minuscule semée dans le cœur de l'homme peut devenir l'habitacle du G.·.A.·.D.·.l’U.·.  Pour le Maçon, la découverte de sa faculté d’abriter une force nouvelle est la base de sa reconstitution dans la régénération d’une personnalité d’une nature tout autre, voire véritable, et non celle artificiellement façonnée qu’il reçut sans vouloir la rejeter. Sa nature dite superficielle était uniquement occupée à la satisfaction de ses besoins matériels, de ses plaisirs personnels : soit une nature soucieuse de l’apaisement des malheurs individuels, sans se douter que ses joies et ses peines ne dépendaient pas du monde des hommes mais étaient la conséquence de circonstances et d’épreuves prises sous l’angle d’un signal d’alarme et d’un clignotant de perte de valeurs, destinés à l’interroger sur le pourquoi de sa place et de son accomplissement dans le microcosme, et de ce que le monde attend et espère de lui.

C'est après avoir reçu la Lumière, que le Maçon soupçonne derrière toutes les apparences de la vie fallacieuse une vie différente de celle vécue jusqu’alors. C'est seulement en sortant de lui-même pour se retrouver dans une voie intérieure, que se dessine le processus des questionnements. Cela prend du temps, beaucoup de temps.  Pendant une longue période, c'est une donnée bien vague, une petite flamme à peine perceptible, jusqu'au moment où, dans une direction, par suite d'une lecture, ou par n'importe quel autre appel, l'Homme distingue plus clairement cette voie ; il devient alors un Cherchant-Explorateur et il ne tâtonne plus.  Sa quête de recherche a enfin pris un sens.

Quand cette perception lui parvient, l’Initié ne connaît plus d'obstacles, et sa délivrance devient une nécessité dont il prend conscience. Il cesse de se fier aux apparences comme il l’a fait sans cesse jusque là, car ses propres expériences lui ont appris que ses sens pouvaient le tromper ou l'aveugler et que toutes les méprises de son esprit provenaient d’une foi bienveillante abusée par de mauvais Compagnons aux faux témoignages.

Les choses visibles ne sont rien de plus en elles-mêmes que des apparences et nous devons, pour les connaître, les pénétrer en leur essence. Mais, quand l'homme est arrivé à ce stade, la possession d’objets, auxquels il était sensible, a bien diminué de valeur à ses yeux ; il n'aspire plus qu'à la Lumière éternellement lumineuse, à ce qui ne peut ni mourir ni changer et c'est alors qu'il devient d'un cherchant, un persévérant, un souffrant, un homme en quête de Connaissance. Partir en quête du G.·.A.·.D.·.l’U.·. se conçoit dans une volonté déterminée à vouloir approcher l'inaccessible Etoile, telle que l'a chantée Jacques Brel.  Que de frustrations mais aussi que de découvertes sur ce chemin… Et quel chemin plus adapté, mais plus exigeant aussi, que celui de la voie initiatique et symbolique proposée par le Rite Ecossais Primitif ?

Mais tout d'abord, qu'entend on par voie initiatique ?

Au risque de vous surprendre permettez-nous de commencer cette tentative de définition en mettant en exergue quelques versets du Livre de la Genèse :  « Yahvé dit à Abram : Va-t’en de ton pays, de ta parenté et de la maison de ton père vers le pays que je te montrerai. » Je poursuivrai avec des versets de l’évangile de Jean « Et les deux disciples l’entendirent et les voyant qu’ils le suivaient, Jésus leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui dirent : Rabbi (qui veut dire Maître) où demeures-tu ? Il leur dit : Venez et vous verrez. » Ces lignes sont à prendre non pas en tant que parole révélée, mais à lire comme le symbole d’un préambule en lien étroit avec notre sujet.

Le vocable ‘‘initiation’’, selon le dictionnaire Littré, s’articule autour de deux axes :

  1. Chez les Anciens c’est l’action d’initier aux Mystères. C’est aussi la cérémonie qui accompagne l’Initiation.
  2. C'est la première introduction à certaines Instructions secrètes ou élevées.

Le but de l’Initiation, chez les Anciens, consistait à permettre à l’individu son passage aux étapes successives de la vie, notamment l’une d’elles importante entre toutes : le passage de l’enfance à l’adolescence qui, bien souvent, s’accompagnait de la sortie du groupe Mater pour aller vers le groupe Pater. Ce passage particulier se déroulait en une cérémonie collective, sous la conduite et l’autorité des Anciens de la tribu. Elle était signe à la fois de nouveauté pour l’individu et de continuité pour le groupe.

Dans notre société moderne, la connaissance est trop souvent confondue avec le savoir et la seule préoccupation de l’homme est d’acquérir le maximum de savoir sans chercher les particularités et la globalité, en se heurtant aux frontières étriquées d’un rationalisme dogmatique. De plus tout lien avec le passé, désormais désuet, est souvent considéré comme un frein. Seule la nouveauté trouve grâce à nos yeux. La Tradition est ignorée, étant précisé qu'il s'agit bien de la tradition et non d'un folklore. Nous sommes aujourd’hui lancés dans une course haletante sans attache avec le passé. Tous les grands systèmes structurants ont implosé, qu’ils soient politiques ou religieux. Aussi, il y a lieu de chercher un point d’appui et de références.

Ne répète-t-on pas à l’envi que nous vivons une crise des valeurs, que nous souffrons d’une absence de sens ? C’est probablement vrai et c’est pourquoi la Voie initiatique est, peut-être, aujourd’hui la seule voie capable d’apporter des réponses. Non pas en les offrant, mais en permettant de les trouver.

L’homme éclate, morcèle, doute et souffre. Attaqué de toutes parts dans ses certitudes terrestres, ne posant ses pieds que sur les sables mouvants de la Pensée moderne et/ou encore de la Pensée unique, les yeux écarquillés d’incompréhension par la perception du fossé qui se creuse entre le progrès matériel et la réalité de la souffrance humaine, l’homme d’aujourd’hui, sans repère, se jette sur les premières bouées qui flottent et s’agitent : sectes, charlatans, violence, extrémismes politiques et religieux sont les recours amers du désarroi et non les secours qui vont le perdre davantage encore. Les questions sont nombreuses, les besoins sont énormes et des esprits peu scrupuleux s’empressent d’y répondre pour mieux profiter de l’errance de l’homme qui s’interroge. Parfois d’autres fournissent des réponses simples, quoique sans fondement, pour donner naissance à des best-sellers mondiaux qui apportent du rêve, à l’exemple de « l’Alchimiste » de Paulo Coelho, dont l’ouvrage est à la Connaissance ce que le Larousse de Poche est à l'Encyclopédie : un ersatz bon marché, facile d'accès, qui sans être un aboutissement présente une invitation à aller plus loin. Toutefois, encore faut-il préciser que tout ceci n’est que le reflet de notre humble avis.

Et la souffrance…, elle, … est toujours là, diffuse, sournoise. Nous pouvons certes la calmer par des remèdes, des addictions, des objets compensatoires, des illusions, de l'optimisme et du temps si possible dans la joie et la bonne humeur, mais au bout du compte ces moyens remplissent-ils une vie ? Peut-on passer notre vie à ne chercher que des réponses au « Comment ?» des scientifiques sans avoir trouvé les explications à nos attentes et nos interrogations ? Comme le disait Leibniz au XVIIIe siècle : « Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ? » et à ces quelques mots nous pourrions rajouter : « Suis-je dans ce quelque chose ? ».

Accepter la question et accueillir les doutes consistent à s’apprêter à emprunter la Voie Initiatique ou se préparer à se mettre en chemin. C’est là aussi le sens du mot initiation en tant que commencement.  Et l’on sent nettement surgir la dynamique nécessaire, l’élan vital qui pousse à la quête, la volonté d’entreprendre le voyage, la décision d’approcher sereinement l’inconnu et la traversée du désert, le déséquilibre qui est la genèse du mouvement. Ainsi nous pouvons nous référer à Vladimir Jankélévitch selon ses quelques mots : « L’homme retrouve son innocence quand il retrouve le sens de la marche, quand il obéit à la vocation naturelle du mouvement qui est d’aller et de progresser ».

Nous en revenons à notre introduction symbolique de l’appel entendu, de cette petite voix qui, au fond de nous, refuse de se laisser endormir et qui réclame. Qui réclame quoi ? Peu importe pour l’instant. L’essentiel est de l’entendre, de l’écouter, tout en acceptant de n’avoir pas les réponses immédiatement. Se mettre en mouvement c’est partir du postulat que la question n’est posée que parce que la réponse existe. Et c’est pourquoi la recherche s’impose et anime le cherchant.

Revenons si vous le voulez bien à la Bible ouverte durant les Travaux en Loge, et qui est pour nous, non pas le livre de la Parole révélée de Dieu, encore que rien ne nous empêche à titre personnel de la considérer comme telle, mais plutôt comme le symbole incarné par son statut de première des trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie.

Ouverte au Prologue de l’évangile de Jean, la Bible également appelée au REP ‘‘Saint Livre et Livre sacré’’ est la source lointaine de nos symboles et constitue pour une large part notre fonds culturel.

Le Prologue de cet évangile dit : « Au commencement était le Verbe. Et le Verbe était auprès de Dieu. Et le Verbe était Dieu. » Pour nous Francs-maçons, seul le sens symbolique menant à une interprétation initiatique doit être retenu. Comme l’a écrit Henri Tort-Nouguès : « une partie de l’absolu est objet de connaissance par l’homme sous forme d’un logos, d’une Parole; cette Parole a créé le monde, l’ordre qu’elle lui a donné est lumière et vérité et pourtant des ténèbres résistent à cette lumière et à cette vérité. Le programme de l’initiation est là tout tracé. »

Nous citerons également Michel Barat : « La pratique initiatique est une découverte en soi d’une parcelle de lumière qui participe à la lumière du monde, et le progrès dans la voie initiatique consiste à développer cette étincelle et à rassembler les étincelles éparses dans la diversité des hommes pour faire de l’humanité le temple de la Vérité » (fin de citation). Ainsi, beaucoup d’entre les Frères démontrent la perception de la volonté, de la recherche active.

La voie initiatique

Elle réside dans le fait pour l’homme d’aller à la recherche de la lumière, sans se satisfaire de la Révélation qui lui donne la Lumière.

La Voie Initiatique est une quête qui repose sur un pari : l’existence d’un sens pour l’homme et par l’homme. C’est croire à un monde ordonné et chercher au fond de l’Univers la Loi sacrée. Cette Voie Initiatique ne peut pas être parcourue en solitaire. Et très vite confronté à ses propres limites, le Récipiendaire tâtonne, hésite et souffre en fait de « consanguinité intellectuelle ». La Voie Initiatique est une aventure individuelle et personnelle qui se vit collégialement en communauté.

C’est cette aventure commune et partagée qui fonde notre chaine d’union et scelle notre fraternité. Les limites ne sont plus siennes, elles deviennent NOS limites, et sans cesse en mouvement nous repoussons les limites de tous les membres de la chaîne. L’initiation est une ouverture sur soi et sur les autres.  Elle est un travail au sens où l’accouchement devient la première étape de l’Œuvre. Car c’est bien d’une naissance qu’il s’agit, d’une re-naissance individuelle et collective. C’est renaître à soi-même, c’est pressentir sa globalité et vouloir la construire.  L’initiation est un acte de création tel que l’a compris Edouard Schuré : « L’initiation c’est la création d’une âme par elle-même ».

Le travail appelle les outils et les symboles  

C’est là le rôle dévolu aux symboles, qui ne sont pas une fin mais un moyen : ce sont des instruments d’investigation.  « Le symbole est un objet du monde connu qui suggère quelque chose d’inconnu ; c’est le contenu exprimant la vie et l’inexprimable » selon la définition de Jung.  Le symbole est le signe qui montre le mystère. Jean Mourgues le définit ainsi : « le symbole est, au sens initiatique, le moyen technique d’analyser le réel, il en est donc non seulement la formule mais la représentation ; non seulement l’image mais le médiateur qui rend intelligible le domaine où il se situe. Ce n’est pas nous qui lui donnons un sens mais c’est lui qui nous permet de donner un sens aux choses dans la mesure où nous les situons par rapport à lui. » (fin de citation).

Le symbole agit sur nous par sa capacité d’action globale tant sur le plan intellectuel que sur le plan sensible. C’est Khalil Gibran qui nous dit : « Arrivé au seuil de ce que tu dois savoir, tu seras au seuil de ce que tu dois ressentir ».  Mais ce travail et cette voie initiatique ont-ils un but ?  Et existe-t-il seulement un but ? Un terminus au voyage ? Une conclusion à la fin d'un travail émise sans confusion ? Nous n'avons pas évidemment à répondre à ces questions, mais finalement cheminer n’est-il pas plus important que d’arriver rapidement au point final, ou si plus précisément, à l’image d’une circumambulation, le point de départ n’est pas autant significatif que le point d’arrivée. C’est encore vers Khalil Gibran que nous pouvons trouver un symbole significatif dans les mots suivants : « Je suis voyageur et navigateur. Et tous les jours je découvre un nouveau continent dans les profondeurs de mon âme ».  Si la voie Initiatique n'a pas pour seule vocation de conduire vers une reconstruction de l'adepte aux valeurs morales éprouvées, elle reste une porte qui nous ouvre les voies de méthode à éprouver et de réflexion.

La Voie Initiatique est un chemin vers le sacré, vers une autre dimension, vers une globalité cosmique. Emprunter la Voie initiatique c’est tendre à une perception de l’universel, c’est sentir et viser ce qui va au delà de ce que l'on est dans le présent. C’est justement ne plus être de ce temps mais être du Temps, sans limite. C’est être Homme en Humanité. C’est ce « lève toi et marche ! » qui exprime et la volonté et le mouvement, ainsi que la verticalité, c’est-à-dire la transcendance : "Je ne suis pas ce que je suis, je suis ce que je deviens".

Nombreux sont ceux qui croient que la vraie Maçonnerie se vit dans les loges au sein desquelles se pratiquent les grades symboliques qui nous rassemblent, car c'est dans le Temple où le Rite est vécu que l'Initiation est ressentie pour mieux nous enrichirir, même s'il est loisible à tout un chacun, à force de travail, de poursuivre une réflexion dans le cursus des grades supérieurs, dits Hauts-Grades. Or, à peu de choses près, dans tous les grades et degrés (rites symboliques, initiatiques et spiritualistes s'entendent) le travail en loges symboliques est d’une richesse inépuisable.

In fine et à la lumière de cet exposé, qu'est-ce qui différencie et distingue encore le Rite Ecossais Primitif des innombrables autres rites qui parsèment l'univers maçonnique ?

Quel est enfin son message spirituel ?

D'emblée, nous pouvons affirmer que la Maçonnerie est avant tout présente pour améliorer l'homme afin que celui-ci améliore la société, et non pas pour améliorer la société pour que celle-ci améliore l'homme, et de rajouter le respect pour nos FF.·. et SS.·. qui ont emprunté une voie qui correspond à un idéal d’un autre « conformisme » ou plus « social », dans le sens de la communauté que nous constituons.

Donc, sans prétendre :

  • que le Rite Ecossais Primitif soit détenteur de la Vérité, a fortiori le seul nanti de la Vérité,
  • qu’il conduit à l’unique voie à suivre,

nous pouvons dire en substance que le Rite Ecossais Primitif, volontairement expurgé de tous les colifichets qu'une certaine Maçonnerie a adoptés après 1717, indubitablement épuré mais sans austérité, propose un chemin certes hors des sentiers battus de ceux de la Franc-Maçonnerie établie, une voie parfois appréhendée aussi chaotique qu'une autoroute, mais assurément la découverte de soi-même dans un Temple que l’on trouve sans carte d'état-major, sans GPS, en se fiant aux étoiles qui constellent le firmament intérieur de chaque Maçon … venu rejoindre ce Rite.

Il est plus que temps de conclure. Dans l'Antiquité, les Egyptiens distinguaient le vrai du réel.  Le réel est la nature perceptible.  Au-delà, le vrai est l'ordre universel géré par les dieux, l'ensemble des énergies cosmiques qui donnent du sens à la création et luttent en permanence contre le chaos originel.  Le rôle de l'initié est donc de dépasser le réel et d'atteindre, par la voie symbolique et initiatique, la Connaissance.  La boucle est bouclée…

Nous avons dit.

(Travail déposé sur le site en janvier 2014)

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