Deux symboles du Tapis de Loge

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Morceaux de textes choisis

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Travail

…..Symbolisme :

réflexion d’Apprenti pour un Travail d’augmentation de Salaire

Thème

Deux symboles du Tapis au 1er Grade

Auteur …..Michel Chaussinand Resp:. L:. Robert Ambelain n° 14, Orient de Paris

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Lors des Travaux en Loge au Signe d’Apprenti, notre Tapis de Loge m’interpelle sur les Symboles qui y figurent.

….Quelle est la signification des trois fenêtres ?    Et pourquoi trois ?

Une pour Dieu, une pour le Ciel, une pour la Terre. Ou bien seraient-ce : une pour l’Homme, une pour la Femme, une pour l’Enfant ? A moins qu’il ne s’agisse d’une pour notre Corps, d’une deuxième pour nos Emotions, et d’une troisième pour notre Pensée ?

Réflexion d’apprenti, me suis-je dit. Insuffisant. Le mot ‘‘Lumière’’ s’est alors imposé à mon esprit et ‘‘la Lumière fût, surgissant d’une Fenêtre’’. Fenêtre et Lumière : une évidence de complémentarité. La fenêtre étant l’ouverture, elle permet à la lumière de cheminer pour devenir celle du Cosmos, celle de toutes les créatures, celle de toute vie créée par Dieu, celle qui perce le ciel et la Voûte étoilée pour illuminer la Terre, animer la Création et éclairer la Vie.

Pour connaître le monde, l’homme est doté de cinq sens qu’il sollicitera au fil du temps pour grandir et progresser, s’enrichir et jouir et plus généralement accomplir sa vie après avoir côtoyé les éléments qui désormais l’entourent : la Terre, l’Air, l’Eau et le Feu. Ainsi l’odorat lui permettra de saisir la diffusion des parfums, ainsi la vue lui offrira la découverte de l’Univers et la perception de la beauté de la Création, ainsi l’ouïe lui donnera la faculté de l’écoute pour une réception de la Parole et du Verbe, ainsi le goût lui procurera les saveurs de la nature, ainsi le toucher le rapprochera de ses Frères.

Un sixième sens parvient jusqu’à l’Apprenti : celui de l’intuition que développe la Lumière, dénominateur commun des cinq premiers. Un chemin s’imposait alors à ma réflexion : celui emprunté par la Lumière à travers ses trois fenêtres. Un nouveau Voyage m’appelait. Mais de quelle matière est cette Lumière : naturelle ou divine ? créée ou incréée ? De quelle composition sont ces fenêtres : ouverture réelle dans le Temple ou évocation d’un passage de la Lumière d’un état à un autre état ? Mais j’observe que le Tapis de Loge dispose de trois fenêtres grillagées à l’Orient, au Midi et à l’Occident.

Le dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-Maçonnerie de Jean Ferré donne une interprétation de la symbolique des Fenêtres par deux visions différentes de la source de la Lumière extérieure qui pénètre dans le Temple, malgré leur grillage qui protège les lieux de toute intrusion par les profanes, soit :

  • celle de la lumière qui éclaire le côté opposé à sa source. C’est pourquoi : les Apprentis situés sur la Colonne du Nord reçoivent la Lumière venant du Midi, les Compagnons placés sur la Colonne du Midi reçoivent la Lumière de l’Etoile flamboyante, et le Vénérable reçoit la Lumière venant du Couchant.
  • celle de la lumière qui éclaire le côté par où elle s’infiltre. Au Levant, le Soleil éclaire le Vénérable qui constate le Travail des Apprentis et des Compagnons appelés à l’Œuvre. Le Soleil atteint le Zénith à Midi plein où les Maîtres sont mis à l’Ouvrage et il termine la carrière du jour au Couchant. Au retour de l’obscurité à Minuit plein, il est l’heure de cesser les Travaux, les Surveillants paient les Ouvriers et les renvoient contents.

La seconde vision me paraît correspondre à ma stature de néophyte et de ma récente naissance à la Lumière. Ma vue doit s’accoutumer doucement à la Lumière qui ne doit pas m’éblouir. Cet état me rappelle une pensée de Bossuet : « Nous saluons tous en entrant au monde, la lumière du jour par nos pleurs ».

Je transposerai ces larmes aux gouttes de pluie qui arrosent les cathédrales et ses vitraux pris comme une ouverture sur la parole divine. Car les larmes du corps s’identifient à l’élément vital de l’eau qui provient de différentes sources de l’univers, tel un prisme chargé de lumière transportée par l’air et divers courants dans un souffle divin, que recherche avec difficulté le nouveau-né pour communiquer avec le monde. La vie à la création de l’Univers est semblable au phénomène du ‘‘Big Bang’’, modèle cosmologique utilisé par les scientifiques, car la vie met en confrontation l’homme avec les éléments dès ses premiers instants sur terre. Ainsi, les auteurs maçonniques ne s’entendent pas sur le caractère plus ou moins obscur de la Colonne du Nord, comme s’ils prenaient les fenêtres pour un symbole d’ouverture réelle du Temple sur le monde extérieur. Or, la plupart des Temples sont dépourvus de réelles fenêtres. En outre, le Temple est un lieu clos à l’abri de la lumière du monde profane. Dans l’enseignement au Grade d’Apprenti, il est précisé que dans le Temple ‘‘naît d’elle-même la lumière par sa communion avec les symboles’’.

De plus, le Temple contient l’Univers. Dès lors, quelle est l’utilité de ces fenêtres ?

N’étant certainement pas des ouvertures réelles dans les murs d’enceinte du Temple, elles ne peuvent que figurer sur le Tapis de Loge, en tant que symbole qui n’a de signification que pour l’Initié. Une pensée de Pascal traduit bien cette vision : « Il y a en Dieu assez de Lumière pour ceux qui ne désirent que voir et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire ». Et ce questionnement du même Pascal « ô mon Père d’où Molina a-t-il pu être éclairé pour déterminer une chose de cette importance, sans aucun secours de l’écriture, des conciles ni des Pères ? Je vois bien qu’il y a des lumières bien particulières ». Nous pouvons en déduire que la Lumière n’est visible qu’en compagnie de l’ombre, et bien vraisemblablement de celle de la Colonne du Nord, qui trouve là son utilité vitale pour le Temple. Ces fenêtres suggèrent le lieu de communication entre le monde créé et le monde incréé, entre la lumière invisible et la lumière révélée que Montesquieu évoque ainsi : « on discutait dans l’Empire d’Orient si la lumière qui apparut autour de Jésus-Christ sur le Thabor était créée ou incréée ».

La lumière créée n’était-elle pas celle de Dieu envoyée sur le Thabor pour l’aveuglement des hommes ?

La lumière révélée étant celle qui naît dans le Temple, les trois fenêtres seraient-elles en rapport avec les quatre points cardinaux ? Selon Samuel Prichard, les trois fenêtres sont censées exister en tout lieu où se tiennent les Travaux, mais ce sont plutôt les quatre points cardinaux, selon les anciennes règles de la maçonnerie. Didier Michaud nous donne une autre interprétation, celle de ‘‘vouloir dire que le trois et le quatre sont, sous un certain aspect semblables et l’on pourrait alors penser que tous deux sont des prolongements ou des résolutions possibles de la dualité créatrice, ou bien si l’on considère que la Ternarité est première en tout, que le Quatre en est la première manifestation naturelle’’.

Nous constatons que les Trois Fenêtres donnent son orientation au Carré long, dont les quatre côtés correspondent aux quatre points cardinaux, le Nord semblant ne pas avoir besoin de fenêtre, dans la mesure où il demeure dans l’obscurité. Plus essentiellement, cette fenêtre du Nord ne symboliserait-elle pas la voix et la lumière de notre conscience, invisible puisqu’en lien direct entre notre moi et le créateur ? Mais sous quelle forme cette lumière apparaît-elle à nos sens ?  A cette question, Descartes apporte un sujet de réflexion essentiel qu’il traduit ainsi : « l’idée que nous avons de l’entendement divin ne me semble point différer de celle que nous avons de notre propre entendement, sinon, seulement comme l’idée d’un nombre infini qui diffère du nombre binaire ou ternaire ». Aussi, les plans de lumière perçus par notre entendement seraient-ils de nature ternaire, comme DIEU-CIEL-TERRE / HOMME-FEMME-ENFANT / CORPS-EMOTION-PENSEE ? ma réflexion d’apprenti en préambule serait-elle pertinente ?

La lumière de Dieu suggérant l’infini au profane, ne serait-elle pas transformée en lumière ternaire, à travers les trois fenêtres, pour devenir lumière révélée dans le Temple, d’autant plus que TROIS est la formulation de UN dans le monde créé.

Dieu créateur est à l’origine de toute lumière ; celle-ci naissant à l’Orient, le Temple étant orienté vers l’Orient, il reçoit la lumière originelle par le ternaire des trois fenêtres. Les trois fenêtres sont-elles le lieu de passage de la seule lumière, en triangle, tel que leur emplacement sur le Tapis de Loge l’envisage ? Non, elles dessinent le parcours du passage de l’air et du son :

  • de l’AIR, transporteur de la lumière, des odeurs et du son, nous savons qu’il est substance essentielle à la vie sur terre, car cet élément est un don Dieu, un trait d’union entre lui et la terre. L’air est le souffle de vie du créateur de l’univers ;
  • du SON qui génère l’ouïe, pour comprendre le Verbe du Créateur, et le vocal pour transmettre la Parole perçue. Les anciens partis à l’Orient éternel, source de la création, nous insufflent la transmission de la Tradition afin de nous aider à percevoir le Mystère de la Création, à l’exemple des vitraux des cathédrales où sont reprises les saintes Ecritures offertes au regard du fidèle venu prier. Depuis les trois fenêtres transpire cette parole qui suggère une signification aux choses.

Enfin, les trois fenêtres du Tapis de Loge sont grillagées. Quelle en est la signification ? Ne pas laisser entrer l’intrus ainsi que nous l’évoquions plus haut ?

Interprétation difficile à soutenir dans la mesure où le Temple contient l’univers dans son entier. Il semble donc que ces grilles ont l’utilité de nous rappeler, lors des Travaux en loge, que le Temple est hermétique et protégé du regard des profanes. Aussi, ces grilles pourraient fort bien symboliser le passage hermétique du souffle divin et lumineux sur nos travaux.

Cette réflexion sur les trois Fenêtres, essentiellement nourrie de mon introspection et par l’analyse de quelques pensées de grands observateurs de la création, m’amène à davantage d’humilité, de tolérance et d’amour vis à vis de mes Frères. Et mon intuition d’apprenti m’incite à prétendre que les trois Fenêtres symbolisent la solidarité, faisant cheminer de trois en une le même souffle lumineux du créateur sur nos travaux et sur l’union que nous formons au sein de notre Loge.

Je crois avoir appris dans ce cheminement que la vanité et l’accessoire sont les ennemis de leur charge et que nous ne pouvons préserver notre identité d’initié que sur la voie de l’essentiel, de l’unicité, dans un passage bordé des piliers qui entourent le Carré long et des trois fenêtres figurant sur le Tapis de Loge. Ce voyage d’apprenti, dans le sillon de la Lumière divine, je l’ai parcouru à tâtons, mu par la foi autant que par le toucher de chacun de mes Frères, et je ressens toujours un sentiment de solidarité, attaché au souvenir des trois fenêtres du Tapis de Loge, témoin de mon initiation au Rite Ecossais Primitif.

 

    Quel est le sens de la Corde à noeuds ?

Il s’agit d’une corde sur laquelle sont placés des nœuds également espacés en forme de 8 allongé et étiré, et dont les deux extrémités se terminent par ce que l’on appelle une Houppe dentelée, ornement de la loge et qui n’entre donc pas dans l’étude de la Corde à nœuds. Cette corde, malgré une disposition dans le Temple généralement admise, n’en demeure pas moins un symbole méconnu à bien des égards. Cependant elle est, pour de nombreuses traditions, le principe organisateur du ciel et de ses constellations.

Bien que ne figurant pas dans la panoplie des Outils du Maçon, la Corde à nœuds  entre dans la symbolique de la construction, car elle ouvre le chemin de la connaissance des métiers et celui de la magie par la confection de ses nœuds : éléments qui allient les concepts les plus avancés de la science moderne aux perceptions les plus anciennes de la tradition. La Corde à nœuds baptisée aussi ‘‘Corde aux Lacs d’amour’’, figurée en périphérie de la Voûte étoilée jusqu’à ses extrémités de part et d’autre des deux colonnes, tant dans le Temple que sur le Tapis de Loge, nous interroge. Quelles sont l’origine et la fonction de chacune de ces Cordes selon leur appellation ? N’y aurait-il pas une règle de la corde à respecter pour découvrir l’amour sincère et véritable ?  Dans le Temple et sur le Tapis rouge, on les retrouve délimitant un espace dans lequel Rituels et symboles des deux premiers Grades prennent place.

La corde est un symbole tiré de la Maçonnerie opérative et du métier de Maçon qui faisait emploi de la chaîne d’arpenteur, dite corde nouée pour le traçage des plans d’un édifice sacré. Dans les opérations d’arpentage, la mesure était prise au moyen d’une corde dont les nœuds fournissaient des mesures en même temps que des rapports de proportion. L’ouvrage ‘‘la Franc-Maçonnerie pour les nuls’’ explique que la corde était adoptée comme étalon de mesure commune aux Apprentis qui ne savaient ni lire ni écrire. Jointe à la géométrie pythagoricienne, la corde faisait office d’équerre pour obtenir le tracé d’un angle droit. Ces manipulations de la corde dans l’obtention de l’angle droit et de la/ou des mesure(s) des côtés, entrent dans la géométrie et les compositions de toutes formes, dont celle du Triangle, bien connues des anciens Babyloniens 2000 ans avant J.-C.  Ainsi le Triangle de Pythagore, associant les nombres successifs (TROIS, QUATRE et CINQ), se trouve chargé d’une science fondamentale : il s’agit du seul triangle rectangle où les côtés s’expriment par des nombres entiers. Sur les rives du Nil, 2000 ans avant J.-C., la légende raconte que les Egyptiens, grands fabricants de cordes auxquelles ils accordaient une forte valeur, se servaient de la corde à treize nœuds soit de douze unités pour tracer des angles droits. Ainsi munis de cette bonne équerre, ils pouvaient reconstituer chaque année les limites des champs rectangulaires que les crues du Nil avaient modifiées par un apport de limon fertile.

A travers les siècles les plus reculés de l’antiquité et les continents les plus lointains, dont le pays des Incas où ceux-ci utilisaient le ‘‘Kippus’’, méthode d’assemblages de cordes à nœuds, dont ils ont éprouvé l’efficacité pour le codage et la conservation de toutes sortes de connaissances, depuis de simples comptes qui font les bons amis jusqu’aux rituels et aux recherches astrologiques. Ils usaient de la corde à nœuds conçue comme un instrument de calcul, un principe supérieur et créateur qui lie le monde physique au monde spirituel.

Certains auteurs, nous dit Raoul Berteaux, poussent l’étude jusqu’à y voir une intervention des dieux qui occupent alors une place très importante dans des rituels de magie. Dans la symbolique maçonnique qui nous devient familière, on peut déceler la représentation de l’infini formé de l’entrelacement des nœuds de la corde, offrant ainsi d’innombrables potentialités mythiques et allégoriques, à l’exemple du célèbre fil d’Ariane, le lien confié à Thésée. Le nœud est un symbole très particulier associé au lien. Appelé ‘‘Lacs d’amour’’, ce nœud est constitué d’une double boucle large que les deux extrémités du lien –qui la tresse– traversent en son centre, pour se croiser et ressortir sous la boucle basse. Le Lacs d’amour forme un gamma libre aux extrémités qui puisent les courants positifs et négatifs. Pour nous Maçons, le Lacs d’amour est constitué d’une boucle éthérée et non d’un nœud serré, car l’amour authentique ne saurait être la représentation d’une strangulation, d’un enfermement, d’un entourage sans ouverture sur l’extérieur, d’un enclos fermé ou d’un point d’arrêt. Le Lacs d’amour orne les Temples maçonniques comme il décore les clés papales.

La Corde à nœuds et ses Lacs d’amour sont corrélatifs d’un acte rituel : celui de la Chaîne d’Union appelée à se former par le Vénérable lors des Travaux en Loge. Dénommée au REP ‘‘Chaîne fraternelle’’, celle-ci identifiée à la Corde à nœuds est le lien symbolique de tous les Maçons régulièrement initiés. Les nœuds de la corde représentent tous les maillons de la Chaîne, dont chaque nœud pris individuellement est unique et égal, puisque chacun d’eux représente, un à un, les membres de l’Atelier ; et tous réunis, parce que les nœuds de la corde pris dans leur totalité, représentent le Maçon universel et les Maçons répartis sur la surface de la Terre. Ainsi, on peut affirmer que la Corde à nœuds incarne la Maçonnerie universelle dans ses fondations, dans la mesure où elle rassemble dans l’harmonie, la concorde et la tolérance les maillons qui composent la Loge et qui travaillent dans l’espace sacré du Temple, à l’union des cœurs et des esprits pour vivre ensemble leur appartenance au grand infini de la vie.

La Corde à nœuds nous invite à élaborer un système de relations interpersonnelles et d’organisation humaine centré sur l’idée que nous partageons le même destin.

Elle nous appelle à développer notre conscience de la réunion, à gérer collégialement ce qui relève de l’intérêt collectif, à exclure l’intérêt personnel et individuel et à abandonner la compétition pour la coopération. Tous les hommes sont frères. Ne pas le comprendre sert la disparition du genre humain et son autodestruction.

J’ai dit, Vénérable.

(travail déposé sur le site en janvier 2014)

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